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CHAKLOTTE DE VALOIS
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JACQUES DE BREZE.
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a . . . . Toiis ceux donl Dieu toucha le cœur, se pré-
« par(^reul pour rebâtir le tkxvle »u SsicnvA, et tout
«ceux qui denicuroieiit dans les entiron les atsiitèrcDt
« de vases d'argent ei d*or, de leurs biens, de leurs meu-
« bics, outre ce qu*ils avoierii oiïeri spontanément. »
— 1er Uv. d*£sDRAS, Cll. 1, V. » et 6. ^
Be vend au profit de l'égJKse de
PRIX : 6 FR. —
*)<:£AL:X. — IMPRIHEKIK b£ E. DÉi>l^£.
jiiiiiïïe n finis
ET
JACQUES DE BRÉZÉ,
CHBOHIQOE va XT* BitCLE
iB asTlcD rcntllh* ord" de la (Chambre 4
^02îiâ2j:
FiRIS
W. COQUEBERT, ÉDITEUK,
kS9 nypfar/o
ffnif
(oL ^Hcom^eéâe de a....... uée de c?.
Madame ,
Je ne puis autoriser la publication de cet
opuscule, que si vous avez Tindulgente bonté
de le prendre sous votre patronage, en me per-
mettant d'en destiner le produit à quelque em-
bellissement de réglise paroissiale de Rouvres ;
déjà elle vous doit une restauration et un ac-
— 2 —
croissement utile pour sa population, cette cha-
pelle de rancien prieuré du château, que l'in-
quiète jalousie de Louis XI fit détruire; ce
prince alors fit transporter le prieuré dans le
bourg, mais on n'y voit plus toutes les magaifi-
cences dont naguère vous avez entendu le détail
avec étonnement ; vous avez déjà fait beaucoup,
avec votre bon curé, pour reodre ce sanctuaire
digne de sa destination, et vous pouvez répéter
avec lui ce qu'il dit tous les joues ; Seigneur,
j'aime ta beauté de votre maison et le lieu où ré-
side votre gloire. Ps. 25. — Je serai largement
récompensé puisque vous jm permettez de
m'associer à vos intentions pieuses.
. Vous iiav«z, lladame^ <{ue cet épisode liistori-
4|U6 qt'a ^ ébwiché près de vous que pour ¥0«s
distraire quelqiM^s iostooite au salon et non pour
&V^le»cbwoçs ]Mtsardeu9e»deriuipression; jç
suis maintenant oUigé.de lui désira dusuccès*
Quel que sait le iort qui Tatteud^ il swa pour
— 3 —
moi un souvenir de cinq jours heureux passés à
La Ronce, bonheur fugitif comme tout ce qui
tient à ce monde, mais que je retrouverai toutes
les fois que vous me permettrez, Madame, de
vous exprimer la respectueuse vénération que
vous m'avez toujours inspirée.
Le B
CHARLOTTE M VALOIS
UT
r f
JACQUES DE BREZE.
6 CHARLOTTE DE VALOIS.
« J'accomplis donc ma promesse, et veux
vous obéir, car je sais que, lorsque je vous en-
nuierai ou vous fatiguerai, vous me jetterez
dans votre capharnaûm, sauf à me reprendre
quand vous voudrez changer d'ennui.
« Et d'abord, ce qui vous intéressera cer-
tainement, c'est de me savoir ici^ chez madame
la vicomtesse de Sourches , dont vous ne sau-
riez trop apprécier l'indulgente bonté, le carac-
tère doux et aimable, Tesprit gracieux et origi-
nal ; elle raconte les colloques de ses villageois
avec ce tour piquant et naturel qu'elle met d'au-
tres fois à rapporter un souvenir de famille, ou
un événement de cour dont elle a été témoin ,
soit en France, soit à l'étranger, pendant Fexil
de l'émigration.
« C'était hier la première communion du
village de Rouvres, dont dépend le hameau de
La Ronce ; vous vous doutez bien que notre
bonne châtelaine n'a pas été la dernière à y
venir en aide de sa bourse, de ses conseils et
X*
JIIIIIIIE DE IIIIIS
ET
JACQUES DE BRËZÉ,
CBBONIQDE SU XV* BlAcLE
Par ■■■ aarlcn rcnillh' Drd" de la rJMinbrc da Ri
^oa^SéiSa
PÀKIS
W. COQUEBERT, ÉDirEUIl,
8 CHARLOTTE DE VALOIS.
manière dont le pasteur s'est adressé à ses chers
en&nts ; rien de plus paternel, de {dus naturel ^
de plus saint, tous eussiez cm ne pouvoir parler
autrement, si vous aviez été chargé de cette
importante fonction; cependant nos larmes
coulaient , et c'étai^oit de douces larmes, je vous
assure, comme celles que vous savez répandre
aussi dans de semblables circonstances.
c Gela me rappelle un mot que nous dtait
madame de Sourches, qui Tavait entendu dire à
son beau-frèrè, M. de La Fare, frère du cardi*
nal : « Tout ce qui part du cœur y retourne. »
Et c'est bien ce que Ton ressentait.
c N'allez pas croire toutefois, que la simpli-
dté des exhortations ait exclu Tél^ance et
la dignité du langage? Non, c'était à la portée
de toutes les intelligences. Le soir, à la fin, une
invitation pressante aux parents des enfants,
pour qu'ils leur donnent de bons conseils , en«-
core plus de bons exemples, m'a surtout frap-
pé ; ridée seins doute n'en doit pas être neuve,
LUTES d'iNTEOMCTIOR.
Gq[)endant je ne Tavais jamais entendu faire de
eatte façon. H leur dit à peu près les paroles
suivantes , qui seront bien décolorées , privées
qu'elles seront de la ycnx émue du pasteur et
du concours des circonstances ; mais elles vous
en donneront Tidée, et tous y suppléerez par la
viradté de votre imagination pieuse , afin de
vous repodef au milieu de cet audit(rire attaoï-
tif..... c Et vous pères etmères, que puis*
je maintenant ajouter à mes {uressantes invi-
tations pour vous supplier de donner de bons
conseils et de bons exemples à nos chers en-
£mts? Mais, si descendant de cette chaire, je
montids les degrés de Tautel , j'ouvrais le
saint tabemade , j y prenais les vases sacrés
dans lesquds nous avons le bonheur de con*
server notre IMeu sauveur, et qu'ensuite je
vous les remisse entre les mains pour les
emporter et les conserver chez vous , purs de
tout contect inmionde ? Avec quel saint trem«
Uemeot vous miportmçz ces vases dé métalT
«avec tpsèl soin Y(^teheroberiez à évHet qWâs
t pwsent être attenté? avec qiielle atfentioi»
c fesj^ctueuse y^ûs.oodvepserîez en leur, p^iéf
wsmmt €€ial»eit> vo» p^bl« et y os ^^ikm
< serai^t inesurée»? Sh inén% ^» chera^ eod^
ji fants que je yous remets à )a fia de oe^ jour i
€ sont mainteliant ces tases sacrés « fiiéôs fei$i
x^pérï0(ir0^ j^uisqu'ils ^tà dé]k depi^ Imtf
itj^téfne^.lesi temples d^ i^:i|t-^pnt^ Qit^
il ï?es.,4t8pQiHr^ jSQieot ii;réprçjçlïaMiesv. %«*« to§
4» jiilf^tsJBe Y^el^ j^jèb ei^^ ^01^19 qi%%4)e ^uîsr
ji seni itniler ViVOtret yw dc»tjètr0.un Iji^n», oar
<■ yert devant Içurs^eui^où à K^faep instaiit
^ ils puissent lire tout ce qu'il y a de yiesk 5 tQut
:€ ee qull y a de chaste^ tout ce qrfS y a d*
f juste» tout ce qu'il y^ de saiat/ete.:^ étç. i ^
^ <c Je ne savais vous dire^ mon mm ^ eoiUr
l^a tout êeta était bon V cony^nabley paki'nel,
^eoumgeant^ pastoral et^^rnsolamt. j^nfin^ v^v^
âa«Mties revenus diner, pénétrés j(i' une jpijp
i)Î0âidoUQa^ que vous ^saiea; paita#^ V ^
LETTRE D'iIfTROMICne!!. 14
VOUS atiez eu le bonheur d'être avec nou».
€ Voilà quant aux impressions, quieiBiTitf^
lent bien d'autres, il est irai; mais quant âiix
faits historiques dont ce pays abonde , je setmt
fort embarrassé de vous dire quoique ce ftit
que vous ignoriez où ne sachiez mieux qiie
moi. . ' ' ' ■ '/" ■ -1^
« Vous parlerai-je d'Anet? Mais lëSaiûH-
tiedsès magnificences de la duchesse de Valen-
tinois sont énumérées partout ; peut-être sub-
sidiairement , tous en dirai*je deux mots à la
fin, parce que j'y serai naturellement an^né.
Encore moins , vous raconterai-je la bataille
dlyry , dont je vois le château et Ja pfanne de
ïna fenêtre ; je ne suis point historien. Le ébà*-
teau de Sorel ? Mais madame de Stâal ^ née et
Launai , nous a laissé, dans ses soitrenirs, dès
détails de Tintérieur de madame la ducbé^e
du Maine , , qui w permettent point <J'y ajoùtejp ,
quoi que ce soit d'intéressanJ|i; . nouSijae pouypns
plus qu admirer maintenaai la k)AgaAÛxûlé.d0
42 CHàRLOTTE DE VALOIS.
si puissants princes , qui croyaient ne pouvoir ,
où ne pouvaient réellement pas se rendre de
Paris à Sord en moins de trois jours, et qui,
pour faire dix-huit lieues, coudiaient deux
nuits en route. Ils étaient loin de la rapidité
des chemins de fer , comme vous voyez, puis-
que nous pouvons y aller aujourd'hui en quel-
ques heures.
€ Je préfère vous traduire avec commentai^
res, déchiffrer, compléter et développer avec
liberté, en faisant même des excursions dans
le domaine de Timagination , pour coordonner
les événements , une vieille chronique dont les
faits principaux sont malheureusement trop
constants ; ces faits, néanmoins , me paraissent
avoir besoin de nies développements , aujour-
d'hui que ]es cfarconstances et les usages sont
oubliés.
€ L'original de cette chronique m'est tombé
entre les mains ce malin , comme j'explorais une
vîeine aratoire , placée dans la sacristie de l'é-
LBTTBE n'iNTRomcTum. 45
glise de Rouvres; elte est écrite sur parchemiii
à nmxié pourri et tODgé des rats ; elie se (rou-
Taii au milieu de vieux antiphonaireset graduels,
provenant, sans doute, de l'ancien prieuré de
Saint-Martin; je la suppose. 'écrite à la fin du
quinzième siècle ou au commencement du sei«
zième , par un témoin oculaire , et peut«ètre
par le succe^ur immédiat du bon prieur , dont
il est question dans cette chronique.
€ Je me fonde , à cet égard , sur ce que :
€ \^ L'auteur rapporte la mort de Jacques de
Brézé, arrivée à Nogent-le-Roi, en 4494 ;
' t 2^ Il y dit peu de bien de Louis XI , qui
par conséquent ne devait plus exister ;
< 5^ n donne de justes et grands éloges iiu
bon prieur;
€ 4<^ Il ne fait nulle mention des guâres
dltalie, qui suivirent la majorité de Chair-
lesVIII;
a 59 II apprécie les feits suivaint les naïves ^
lumières et les coutumes sinqdes du temps ;
^
f
44 emkwi^WTf. de valois.:
V n€ (i^ Eiiifiii, il revient sans eesse et avec une
^firsévérance , qui. est peu dans le goût actuel ,
siir.des pensées ireligieuses , des réflexions , ou
des c(mseils de piété , qu'il cherche, suivant la
eianière de Tépoque, à tirer du sujet qu'il traite;
nous trouverons aujourd'hui qu'il va les cher-
<hGr un peu loin.
^ r c Ce récit, toutefois, nous rappellera une fois
de plus, qu'il £eiut comi^attre ses inclinations cou-
pables, dès l'origine et avec des arme» toujours
prêtes; car, sans cela, les mauvais penchjsoits
jBnissent par prendre sur nous un tyrannique
S^^cendçint., w véritable empire ; que surtout,
il faut fuir le danger, pe jamais s'y exposer;
fitenfim, qu'il faut répondre à la grâce , si on
ne veut pas risquer de la perdre entièrement.
.^ € Plus mQn^ainement , nou^ pourrions avec
IpManhQmmej répéter à cette occasion :
« Amour ! amour ! quand tu nous tiens ^
<( Ou peut bien dire : Adieu prudence ! »
LETTRE d'introduction. 45
hémistiches , je prendrais volontiers pour épi-
graphe :
« Âmoor , tu perdis Roufres!... »
« Mais je veux , cependant , respecter celle de
la chronique, qui est elle-même ornée d'une
épigraphe, çt que je vous donnerai telle quelle,
avec son titre.
« J'ai cru devoir conserver la division par
petits chapitres, avec sommaires , afin de laisser
par cette division , quelque chose de l'empreinte
du temps.
CHARLOTTE DE VUOIS
BASTAUB DK FBAIMX»
BT
les trois Jacpes infartonéH.
Troiz de même nom tous ameroot ; aine
se les troiz aussi tous âmes, toats troir et
TOUS malle-heure aurez : deux de maIle4iiort
et TOUS, occis serez; le tiers en pausvre
pausTreté passera de vie à trépaz.
- la Motehigê». -
LIVRE PREMIER
aumM nmiii,
Gommeiit à fou avènement |e rot Looii XI lit mettre en priton
Mnrre «e ■rCié.-Mnr «leto mnt*, flM#it §n» ail «éUttil
Mm alBeetton an |M>n rot fen Gnarlei leptlême. — Il était tel-
nn cpMMm wm HMivrcn* *** mi eonmi^*tHW ev ^^WMMNMMr
Pierre de Brézé, conte de Maulé vider ^
grandH^énédiald'Ài^cRi, de Peilou tt de Nôr-
Kmndie, était resté Ttt&deapliKi fidèle» sujet»
de Ciuo'le» YII ; ii avait entreteau àe»^ relah
fi<ma amicales aree la belle Agnèa Sorèè^
parce qu'il bd savait gré, suèvaiot Vopiimit
20 CHARLOTTE DE VALOIS
d'alors , d'avoir maintes fois relevé le courage
de soD royal maître. C'est elle, disait-on, qni
détermina ce prince, accusé d'être quelque-
fois indifTérent à sa gloire, à écouter et à rece-
voir la sainte fille de Domrémy. Elle lui dit
un jour : qu'elle se voyait obl^ée d'aller à la
cour du roi d'Angleterre , car une femme lui
avait pi-édit , dans sa jeunesse , qu'elle serait
aimée d'un roi puissant ; or, le roi d'Angle-
terre devait bientôt ajouter la couronne de
France à la sienne , tandis que le roi Charles
n'était plus appelé, par dérision, que le roide
Bourges. Hélas t il y était même bien peu roi
dans cette capitale du Berry, puisqu'après
avoir commandé une paire de bottes que le cor-
donnier lui apporta, Charles VII lui dit qu'il
ne savait pas quand il pourrait le payer, et que
le manant remporta ses bottes, comptant peu
sur le paiement royal.
Il parait qu'Agnès était véritablement une
aimable et douce personne , car la reine Marie
d'Anjou f pieuse et charitable princesse, en
qui on peut reconnaître un rare mérite, et qui
aimait son mxui sans trop de réciprocité, la
ET JACQUES DE BBÉZÉ. 21
voyait à la. cour et ne lui témoignait nulle co-
lère; elle avait Thabitude de dire : € Le- rai
c est mon maître, il a tout pouvoir sur moi, tan-
« dis que je n'en ai aucun sur lui. >
Les bonnes qualités d'Agnès ne pouvaient
pas sans doute excuser sa position et ses rela-
tions coupables avec Charles YH ; toutefois ,
elles auraient pu empêcher la haine de se faire
jour dans le coeur du dauphin , ou bien au
moins en affaiblir la manifestation ; il fut ac-
cusé d'avoir fait empoisonner la dame de
Beauté, en 4450. Le roi lui survécut onze an-
nées, et se laissa mourir de faim le 22 juil-
let \ À%\ , à Meheun-sur-Yèvres, dans la crainte
assez fondée, qu'il pourrait bien être empoi-
sonné par ordre de son fils, ambitieux et ré-
volté.
A peine Louis XI apprit-il, en Brabant où il
était retiré, la mort de son père, qu'il se rendit
à ReiflOLS; et s'y fit sacrer, le 45 août suivant,
par Jean Jouvenel des Ursins, archevêque de
cette ville.
Aussitôt qu'il fut monté sur le trône, il
donna ordre de faire enfermer Pierre de Brézé
22 CHARLOTTE DE VAL0I9
dans le château de Loches, pour se venger de
Vamitié que ce brave sénéchal avait eue pour
Agnès , et parce qu'il l'avait toujours trouvé
inébranlable lorsqu'il avait tenté de l'entraîner
dans son parti .
Pierre de Brézé était seigneur de la chàtelle^
pie de Rouvres; c'était autrefois une habita-*
tion royale de la secondé race de nos rois y où
Judith, fille de €harles-le-Ghauve, après avoir
été reine d'Angleterre, puis comtesse dé Flan-
dre, était venue passer «on dernier veuvage et
où elle était morte ; — plus anciennement en-
ëore^ x^*était une habitation druidique; mais à
l'époque que nous citons c'était un château*
fort, situé sur là Yèsgres, qui remplissait les
fossés de Tenceinte fortifiée (a). Au bas delà
forteresse, un bourg assez important par son
commerce et sa sitoatîan topographiqu^, sur
les confins d# l'Isle-d^rance et de la Norman*
die, relevait du château , qui , indôpenchm*
Bient de ses droits de haute et basse justice ,
avart un four à cuire , et un prieuré sous le
(oy Voir les note* à U fin.
vocable du grand saint Martin , lequel, par un
pririlége exceptionnel, conférait une juridio*
tion archidiaconalé à celui qui en était titOi*
Ghaiies VII , pour récompenser les bons et
loyaux services de Pierre de Brézé, lui avait
donné, pour être joints à son fief de Rouvres,
les seigneuries et donjaines^d'Anet , de No^
gent-le^Roi t de Elevai et de Montcbauvet^
avec U§, fêfme de ta Caurùnne, qui en effet ne
Mlevftit que de la couronne par un privil^
particulier; cette ferme touchait aux fossés du
efaftteau de Rouvres et communiquait, par des
souterrains, jusqu'à la double enceinte de for^
tift^on, 00 sorte que le cbèteau pouvait en»
eore être facilement approvisionné par la
ferme eu eai^ de mège , pat* suite de sa po*
sition.
Le^ cmhte de Maulévrier était donc par lui-
même, par see services distingués, par safov^
tune , par ses alliances brillantes, un haut et
puissant seignem, dont le dévouement elles
sMirvices n'étifient point à dédaigner ; le dou«*
veau roi avait manqué d'adresse dane cette
24 CHÀtlLOTTE DE VALOIS
circoiistance , et il devait s'estimer heureux
s'il venait à trouver une occasion de revenir
sur un acte de sévérité mal placée.
Aussitôt que le sénéchal fut arrêté,. il en
douua avis à la comtesse de Maulévrier, à qui
il confia la direction de ses biens , avec tous
les pouvoirs nécessaires h cet effet. Celte
femme excellente et pleine de courage était
alors à son château de Rouvres , de retour
d'un pèlerinage, et ce fut dans la chapelle du
prieuré qu'on lui apporta cette triste nouvelle. ,
Son afOiction fut plus grande que son étonne-
ment , car elle n'attendait rien de bon du roi
qui montait sur le trône , et si l'honneur le lui
avait permis , elle eût promptement rapp«)é
du service son fils auprès d'elle ; mais alors
elle eût eu l'apparence d'exercer une ven-
geance, et elle n'en fit rien.
Puisque nous voilà ramenés à la chapelle du
[vieuré, nousaJloQs la faire connaître ; c'était
nu chef-d'œuvre pour l'époquâ ; elle mérite
une description détaillée, tant à l'intérieur
qu'à l'extérieur , aujourd'hui que l'on s'oc-
cupe volontiers d'archéologie chrétienne ; l'on
ET JACQUeS DE BRÉZÉ. 25
sait d'ailleurs qu'on ne trouvait guère de ma-
gnificence alors que dans la maison de Dieu,
car on n'eût jamais pensé à cette époque de
foi, à faire de sa personne une idole, et à s'ha-
biller plus somptueusement que le maitre de
•
l'univers ; il ne voile ses splendeurs vénéra-
bles sous desimpies espèces, qu'afin que nous
puissions en approcher avec confiance et le
conserver au milieu de nous; mais il doit sou-
vent trouver que nos mépris ou notre indifTé-
rence à cet égard prouvent un afTaiblissement
de foi bien coupable de la part de nos ingra-
titudes multipliées.
CHAPITRE 11
O* Vaa Mcrlt ict tasitMft et les locMiiparaUcf HekcMct et la
ckapeue feastilMe, MUc pour le prieuré «e Kopvret» par u
aaeêlre 4» Pieihre et Br«iC , à son retanr et Terre-tainte.
« Moyse dH aux enfeaU iflsraèl : Le Sêigneoi*
« a appelé par uo choix particulier, Bésciéel ,
« fll8'(rury ; il Fa rempli de sagesse, diotefll-
« gence^de science, ei d'une parfaite oonnais-
(( sance, pour inventer et pour exécuter tout
« ce qui se peut faire eo or, en argent et eu
« airain ; pour tailler et graver les pierres , et
« pour tous les ouvrages de menuiserie, il lui a
« mis dans l'esprit tout ce que l'art peut inven-
« ter ; et il k)i a aiJVoiet Ooliab , fils d'Achisa-
a mecli , afin qu'ils sussent faire excellemment
« ce qui était nécessaire pour f usagé dn sanc-
« tuaire »
<- Em^dê, eh. ixxv, y. 90 et saiv. «#
La clMipelIe du prieuré était Toeuvre d'.on
Brésé, qui avait fait v<BU de la reconstruire»
s'il revenait sain et sauf de Terre-Sainte, oh il
avait courii de grands dangers ; ti y avait con-
aaoré des sommes considérables, et avait ob-
tenu pour elle de grands privilèges.
Elle était encaissée, pour ainsi dire, entre
deux bastions avaneés, et remplaçait une pe-
28 CHARLOTTE DE VALOIS
tite courtine qui jadis avait faibli. Cet encais-
sement avait permis d'élever sa nef unique
d'une manière étonnante sans contreforts, et
deux légers arcs-boutants suffisaient à main-
tenir les croisées de l'abside; dans l'intérieur,
le style ogival y avait gagné une hardiesse
extraordinaire et lui donnait un caractère
particulier de recueillement. Elle était peu
éclairée, n'ayant pour toute lumière que cinq
longues et hautes verrières, formant l'abside
allongée du chœur et une grande rosace au-
dessus de la porte d'entrée; sa situation entre
les deux bastions n'avait point permis que
l'on fit d'ouvertures latérales ; on n'y voyait
que deux longues galeries depuis la porte jus-
qu'à l'entrée du chœur. Ces galeries étaient
composées de trois travées en ogives et à claire-
voie, avec des meneaux et des ornements
flamboyants.
Des verres de couleurs répandaient une
teinte mystérieuse dans ce sanctuaire ; sur la
croisée du fond, au-dessus de Tautel, on voyait
le Christ en croix, entre les deux larroûs, et
la Sainte Vierge» avec ^^aiut Jean, au pied de
ET ÏACQtES DG fiRÉ2É. 29
la croix; sur la croisée à droite, la Fi&rge
tnèrâj comme on rappelait à Chartres ; à gau*
ehe, monseigneur Saint-Mwtin, à cheval, par-
tageant son manteau d'écarlate avec un pau-
vre ; au-dessous était écrit : Nudus eram et
corperuisti m^ * ; les deux autres représentaient
d'un côté monseigneur Saint-Louis, neuvième
du nom , roi des Français, portant la sainte Ck>u-
ronne d'épines sur un coussin de velours
pourpre, étant lui-même pieds nus; et enfin,
de l'autre côté , monseigneur Saint^Nicolas,
évêque de Myre , avec une troupe de petits
enfants qu'il bénissait. Les encadrements rap-
pelaient tous, par leurs bordures composées
de croisettes jaunes sur un fond d'azur, une
partie des armoiries de Brézé *\
La rosace du portail représentait d'abord,
au milieu, une feuille de trèfle avec les trois
personnes de la Sainte-Trinité ; les meneaux
en fines découpures de pierre qui l'entou*
* J'étais nu et vous m'avez couvert. Math. â5, v. S5.
** Elles sont aa frontispice du livre, réunies à celles de Char-
lotte de Valois; elles se l>las(mneiit ainsi : d*azur à huit croi^
settes d'or posées en orle, autour d'un écu aus^ d'or, com-
blé d'azur, et Tazur rempli d'argent.
30 Gp&BUHTTË ra VALOIS
riiieot, formwent trois divisions distinotos et
dÎTerBOB, qui elles-môme» se subdivieaieqt on
trois parties phdciuie; oo y voyait régner li^t
neuf chœurs des auges divisés eu trois ordr^St
Aux. rangs hu plus i%ssen*és, mv un foods
eoujËurde feu ardent et de flymmep.lMcA^n
ru^»f, puis |«a térttpMna et le» fr^nr^,- «vil
ra^ée» suivîtes, sur de« fouds nueueéa de
pourpre, d'abord lee dorniinatiom, puis les prùh
ciptuUéa et Ies;>uiu0fl«0«,- enfln, auTt trois IwP'
dures les plus ^oigqéea, aui' Un fond couleur
d'or, qui allait s'éclaircissant presque )a»^
qu'au ^WK : les verUa^ eatouréflsdes arcàtth
gei, et «m derniers des ç,nge* -, les divers attri-
buts et iflàtruments des neuf ^Keur», aïep Wa
ailes diaprées de ces habitants dtes eieost, rem*
I^iflaaieot d'admiration ; c'était quelque idiose
de merveilleux à oontempler.
Les colonnettes et les fuseaux s« irHiIM"
pliaient à f iafiui pour soutenir la voAte bardie»
qui était sillonnée de nervures vives et multi-
plias, &9 eroisaçt les unes les autres à l'ùisiar
d'dn réseau; elles finissaient par se f*uiiir, «
avaient l'air de tenir comvie suspendue? i»
ET iAeftVEft Dl BRfitC. $i
clafs de voûtes, deseendant tf èe bas, qui for-
m^vmt cttl-de-lampe ^ oompesé de gi*mipes
d'anges; ces groupes, au nombre de sept, avec
1^ 9ttrU)iits d^ dons du Saint-Esprit, aecrnn-
pagnaient un groupe principisil, représentant
le ^BÎQt-EsiHi^it en forme de colombe argentée,
avec de# flamiMs dorées et enopowprées ; aux
in^in* 49S 4Pges étaient appendus des enceti-
mr^ dof es (]uî servaient de lampes , et ces
lumpofkbràbientnuitet jour. La voAte, peinte
^ eoujeur das eieiiK, était parsemée d^étoiles
4'Qr. I^s rinceaux qui entouraient ]e fût élevé
d'uil^ l^rtie des co^nnettesy et toutes les cor^
niebes ainsi que les moulures délicates, com-
poaaiept ime râhesse d'ornements graeieux
PQS patois des murailles.
t^ j^bceur, àson entrée, s'élargissait à droite
^ ^ gtpobe en voussure, ce qui fwinait, avec
Jfl D^f {«pcÂpale et l'abside, la traverse de la
Hfi^ m tiaai»ept ; là aà trouvait d'un côté un
#u^, soûs k vocable de iNék/oni^ Sainte-Gene^
f4^/ de fauti'e o6té, un autel som Tinvoca-
ii^n^^ Nffr^Dm»$i'46ênupt^^utemSj entoù*-
fi^e df^ 1^ P%ssiot) de notre divin SauiretJi',
52 CHARLOTTE DE TALOIS
sculpté merveiUeuseinent en bois de poirier;
le tout entouré et orné suiraot les attributioiût
des mystères.
A cette époque des croisades, tout objet re-
ligieux était empreint des signes ou des sym-
boles qui se raltacbaîeiit à la &oix et à la Pas-
sion douloureuse de Notre-Seigneur Jésus*
Cbrist; ou ne croyait jamais pouvoir repro-
duire trop souvent le souvenir ies lieux vé-
nérés où s'était accompli le sacriBce infini de
uotre rédemption : lieux saints que J'on vou-
lait reconquérir sur les Musulmans, ou que
l'on avait vus, ou pour lesquels on avait corn-
battu.
La chapelle était convenaMement orientée;
l'autel était donc du cdté du soleil levant :
aussi, quand le matin, à la messe, la diffusion
de ses rayons ardents traversait les longues
verrières, combien l'on était disposé ft un
saint recneillement it la vue de tant de toÈgai^
flcences consacrées à Dieu ! On avait peine à
lever la vue sans éblouissements. C'était bien
le symbole de cet astre mystérieux qui allait
apparaître sur l'autel et s'y lever avec une iné-
ET JACQUES DE BBÉZÉ. 55
puisable magnificence de miséricordes. On
était porté à s'écrîer alors : O Orient! spten^
deur de la lumière éternelle, soleil de justice,
venez éclairer les hommes assis dans les ténèbres
delà mort*.
Le soir à vêpres, lorsque l'astre du jour al-
lait tourner vers son déclin, et pénétrait de ses
rayons à travers la rosace, il illuminait d'une
façon différente, mais encore éblouissante,
l'autel doré du fond., avec ses riches ciselures,
ainsi que les grands et somptueux reliquaires
de vermeil, enrichis de pierreries autour des
verrières, et qui, sur des consoles, entouraient
l'abside, appuyés qu'ils étaient sur les tru-
meaux ; quand alternativement le soleil dis-
sipait les ombres, ou cessait d'éclairer la masse
innombrable de grandes et petites statues de
saints sous leurs dais, leurs clochetons, leurs
dentelles de pierres, on pouvait suivre avec
soupirs ces paroles que l'Ëglise chante à corn-
plies : Hélàs ! quand brillera ce jour qui ne con-
naît pas de déclin? quand nous sera-t-îl donné
* Grande antienne pour le 19 décembre.
54
GHAllLOTlE DE VALOIS.
d'habùer cette heureuse patrie qui ne craint plUÈ
4' ennemis?
Les dalles du pavé étaient entaillées et in*
cîsées d'arabesques et de rinceaux dans les*
quels on aVait .coulé du plomb qni reluisait
îtier veilleusemen t .
CHAPITRE m
^luunt an porUU e^itérlenr.
La porte, élevée de huit marches au-^es^ae
du «panris, était au fond d'un large ébrasa-
ment ; elle était sculptée et représentait, dans
la partie dormante et supérieure, la Vierge
.^iote sur un trône et (jiaus les nues, ayant sop
divin enfant debout auprès d'elle; un nimbe
circulaire entourait la tète de Majric : il ét^it
formé de douze étoiles; le nimbe de l'enfant
Jésus était crucifère ; suf Je ba^ttapt ^ la 4Fûile
/
56 CHARLOTTE DE YATOIS
de ce groupe, une femme représentant la sy-
nagogue, dont la couronne glissait sur sa tête:
son sceptre était rompu; le rational, avec ses
douze pierres, et les autres emblèmes de la
grande prêtrise judaïque, se détachaient de sa
robe de lin; sa tête, baissée et inclinée, sem-
blait reconnaître la fin de son règne; à la gau-
che de l'enfant, sur le second battant, une
autre femme, la tête élevée, couronnée de
rayons, appuyée sur une croix qui devenait
son sceptre, et entourée d'altributs mysté-
rieux, représentait TÊglise. Marie signifiait
ainsi l'arche d'alliance qui unissait les juifs
aux chrétiens, la loi ancienne à la loi nouvelle,
que Jésus bénissait de sa petite main on lui
donnant la vie\ Au-dessous on voyait écrits,
en petits clous dorés, ces mots d'un hytnne de
* Cette allégorie est souvent représentée au moyen-âge dans
nos églises gothiques, soit en sculpture, soit en vitratix, et
les miniatures de cette époque, dans les livres d'heures , la
représentent également Ceux qui auraient le goût de Vlcono-
graphie Chrétienne^ et qui voud aient des descriptions plus
détaillées, plus savantes, ne peuvent mieux faire que de lire
Touvragé publié en ce moment par MM. Arthur Martin et
Charles Cahier sur les vitraux de St.-Éiienne de Bourges,
— « Chez Poussielgue-Ruzand.
IT jacqvës de brêzé. 57
saint Thomas d'Âquin : < A nttçuum document
tum navo cedat ritui. »
On voit celte même allégorie sur uu vitrail
de la cathédrale de Chartres.
Autour Be la voûte la plus resserrée, étaient
gravées en creux ces paroles du psalmiste :
Melior est dies una in atriis tuis, super milia.
(Ps. 85.)
L'ébrasement de la porte était orné de vous-
sures formant trois arceaux ; sur la première
clef de voûte, la statue à cheval de saint Martin
surplombait, et au-dessous était gravée cette
légende : Beatus qui intelligit super egenum et
pauperem (Ps. 40.). Les voussures graduées
eu i^ives formaient une espèce de porche ri«
chôment sculpté de guirlandes, de festons, et
encombrées des saints qui sont plus particu«
lièrement vénérés en France et dans le pays
chartrain; aussi les deux premiers, comme
des sentinelles . placées dans des guérites à
consoles, dais et clochetons, étaient, d'une
part, saint Ghéron, qui partage avec saint
Qenis rhonneur de porter sa tète sur sa main
droite ; et de l'autre, saint Piat; avec les clous
5^ CHARLOTTE DE TAtOIS
de Bon martyre, parce que lee corps de ces deux
saints sont dans la cathédrale de Chartres, bien
que le premier, seul, ait sotiffert son glorieux
martyre dans les «ivirons de cette ville, et que
l'autre l'ait souffert en Brabant. Dans les vieilles
églises ou chapelles, tous ces personnat^s
sculptés et peints devenaient rjnstriictiob da
peuple et l'édification des fidèles; il fallait qu'en
entrant dans lesanctuaire consacré 11 Dieu, tous
oeus même qui ne savaient pas lin vissent,
partout oùilsdirigeflieiit leur vue, l'image tott-
jnurs aimaUe du Christ et de ses saints. Ces
images provoquaient la méditation sur le bien-
ftiit de l'incarnation divin*, et ses suites dam
les abaissements du Christ, les miracles de la
sainte Vierge, les actions et les oombala de»
saints.
De chaque côté de l'entrée, deux tourelles
élevées, gracieuses et légères, communi-
quaient entre elles au-dessous et au-dessus
de la rosace par des galeries ; celle du bas était
couverte,et par sa structure, sesbasses colonnes
toutes ornées différemment , elles rappelsîeflt
l« style bysantin ; on passait entre la paroi As
ET JACQYJBS DB BHÉZÉ. 59
mur et les colonnes. Les tourelles se termi^
naient en balcon sculpté en feuilles de chai*don;
la rampe se prolongeait, et, en se réunissant,
fermait la galerie supérieure ; on voyait s'élè-
?er du milieu une flèche à jour de soixante^
douze pieds<4e-roi au - dessus des créneaux ;
elle était accompagnée de quatre pyramidioos
surmoutés d'anges aux ailes déployées; k
flèche dle-méme était surmontée d'un dragon
piTOtant, sur lequel l'archange Sainte-Michel
en bronze posait un pied, en lui enfonçant
dans la gueule son épée flamboyante. Lorsque
le vent le faisait tourner sur lui-^méme, ce
gtand vainqueur de Lucifer avait encore l'air
de lancer sa menaçante interrogation : Qui
ut semblable à Dieu "^1
A la chute des combles, aux deux côtés de
chaque tourelle, apparaissaient quatre mons-
tres formant gouttières, qui rappelaient les
bétes de rApocalypse.
Le ps'ieuré était à droite, ados^ m bastion;
\ê premier était occupé par le prieur ; Thabi-
* TradiMlioa du biM hébreu Michall.
40 CHARLOTTE DE VALOIS.
tation des trois frères de chœur était au ser^
cond, et les frères lais avaient leurs cellules au
troisième. A gauche, au premier, ou commu-
niquait par une longue galerie , également
adossée au bastion, jusqu'aux appartements
des châtelains. À la suite du parvis, était une
cour immense qui pouvait en faire partie, mais
qu'on appelait la place d'armes.
Aux jours solennels, il faisait beau voir
les maîtres descendre dans le chœur de leur
chapelle; car, habituellement, c'était dans
les travées qu'ils entendaient Toffice ; mais
aux grandes fêtes, les puissants seigneurs se
faisaient honneur de se déplacer de leurs
stalles ou de leur prie-dieu pour aller chan^
ter au lutrin. C'était, il est vrai, prouver aussi
qu'on savait lire. Alors, on leur présentait
l'encens comme aux prêtres et aux lévites,
pour leur rappeler qu'étant plus élevés en
dignité, leur prière devait être plus fervente,
plus vive, qu'elle devait s'élever comme la
fumée et embaumer par l'ardeur de l'inten-
tion. On portait aussi des flambeaux devant
eux, pour les faire souvenir qu'ils étaient
ET JACQUES DE BRÉZÉ. 41
la lumière des pelits, que leur conduite avait
derinfluence, et que leur vie devait être
pure comme la lumière qui éclairait; qu'ils
manquaient à leur mission lorsqu'ils trou-
blaient cette clarté par une vie coupable.
Quelles instructions fortes et sublimes la
religion a toujours données aux puissants par
ses symboles, pour leur rappeler leurs de-
voirs ! Et combien sont ignorants ceux qui
ont voulu abolir ce qu'ils ne regardaient que
comme des privilèges insolents !
aupimi n
Oft l'on voit toiif IM Bomkreiix enfuiU du feu roi Cluurlcs VU.
—La ren ^ Bt re éa Maphtii avec Gkarlaitc- — Lca ■MMelein
et tatanels pronostics d'une bobémienne.— Les causes prok%f
Mes des allures superstitieuses de Louis \I. — Le roi s* ap gr^
foit de llBcUnatton de GHarlotie pour laf«pes de irtié; et
de la réciprocité de celui-ci , qui s'en était conflé à son fttre
de lait.
Charles YII avait eu douze enfants légi-^
times de sa femme Marie d'Anjou, fille du rel
de Naples, et trois filles naturelles d'Agnès
Sorel, qu'il avait légitimées; ce qui leur don-
nait alors le titre de filles de France.
Louis 9 onzième du nom, Dieu 9éuitk apotp
sm âme, dit le chroniqueur, malgré cerîaUnm
miUm$qui y peuvent bien met t r e ikmbtej ttffA»
r S
44
CHARLOTTE DE VALOIS
un caractère dont la définition fait le déses-
poir des historiens, mais que nous laisserons
pour ce qu'il est, songea, par finesse, qui
dans ce cas devenait bonne conseillère, à ma-
rier ses sœurs légitimées, de façon à se faire
des partisans parmi ses anciens adversaires,
et à s'assurer de leur fidélité.
La seconde, du nom de Marguerite, fut
mariée à Olivier de Coëlivi, seigneur de Tail-
lebourg, sénéchal de Guyenne.
>
Jeanne, la troisième, épousa Antoine de
Bueil, comte de Sancerre.
L'aînée , Charlotte , dont nous parlons en
dernier, parce qu'elle fait le sujet de notre
récit, était l'objet d'une affection particulière
de Louis XL Élant encore très jeune, Char-
lotte se promenait dans les bois de Yinceanes,
près du château de Beauté qu'habitait Âgnès^
à qui Charles VII l'avait donné; elle vît le
Dauphin chevauchant tristement ; c'était une
époque de rares et courts raccommodements
entre le père et le fils , car le caractère ja-
loux et ambitieux du Dauphin Texcitait sans
ces$e à la révolte. La ravissante beauté de
ET JACQUES DE BRÉ^. 45
]a jeune fille le frappa, il descendit de che-
va], la prit sous le bras et continua sa pro-
menade avec elle* Cell&-ci, naïve et douce
comme on Test à son âge, lui témoigna de
rintérét ; le dauphin fut touché des expres-
sions de la jeune enfant; il en fut recon-
naissant, et lui promit bonne et fidèle amitié,
comme un bon frère doit à sa sœur. L'on ne
sait jusqu'où ]a promenade eût pu se prolon-
ger, sans la rencontre d'une troupe de bohé-
miens. Louis proposa à Charlotte de se faire
dire la bonne aventure, et elle accepta volon-
tiers. Louis demanda si la vieille Motchigaï
était dans la troupe; elle parut, puis ayant
considéré attentivement Charlotte, examiné
les plis de sa main, elle prit un air inspiré,
et commença à débiter son horoscope.
Comme à l'ordinaire, de grands succès lu-
rent promfs à Charlotte ; mais toutes les pro-
phéties furent modifiées par ces paroles :
< Troiz de même nom vous ameront ; ainz se
«les troiz aussi vous amez, touts trois et
< vous, malle-heure aurez; deux de.malle-
< mort et vous , occis serez ; le tiers an
46 CBASIiOTTE DB TALOl»
.< pausvné pausYreté passera de vie à trépaz. »
- Charlotte ea rit , et iie s'occupa que des
belles promesses de fortune, de grandeurs,
de richesses, de sueoès ; le Dauphin; plus
crédule, s'arrêta ; il se promit de veiller sur sa
sœur, et de la marier convenablement et dis
jMmne heure. En effet, ont vit qu'il conserva
plus d'affection à Charlotte qu'à ses autres
sœurs , et qu'il s'occupa avec plus d'intér^
de son établissement.
Ne nous étonnons point ^'un prince qui,
certes, ne manquait point d'esprit, même de
gmndes idées, qui avait puisé près de i^ digne
mère des principes religieux si contraires à
toute superstition, ait si souvent pendant sa
vie, allié l'exercice des pratiques extérieures
de la dévotion mal entendue et minutifOuse
avec des superstitions absurdes. Dans sa jeu-
nesse, exilé volontaire de ses relations de
famille, par son esprit l'emuant^ il s'était,
croit-on, par désoeuvrement, mis à lire et à
étudier des livres de chiromancie, de l'art
divinatoire , d'astrologie , d'alcbimie ; et il
'éhercha peut*étm; lui aussi, b pierre philo-
m lACQVES n hvttÉ. 47
sophaI«. Les ouvrages <}ui TocccipaiBiit le
j^los, étaient ceux de Raymon Lutle, juif, rab*
bin, surnommé le néophytes parce qu'il se fit
baptiser et qu'il retourna ensuite au judaïsme.
Il ne faut pat le confondre, comme on le fait
trop souvent, avec un autre Raymond Lulle
de Majorque, philosophe chrétien et prétre-
missionnaire, dont les écrits ont soulevé dans
son temps* des discussions animées, et qui â
été martyrisé en Mauvitanie.
Le néophyte était un adepte d'Arnaud di
Villeneuve, et comme lui, n'avait pas le sens
commun ; mais l'activité d'esprit du dauplûft
avait besoin d'aliment, il le trouva dans ces
folies qui occupaient quelques esprits. Mal<-
heureusemecrt son jugement en fut faussé pou*
le reste de sa vie , trop heureux encore <pi6
les prières de saint François de Paule lui aient
obtenu une fin chrétienne et repentante.
Louis XI était sur le trône à peine depuis
un an, qu'il crut s'apercevoir de l'inclination
de Charlotte pour Jacques de Brézé, jeune et
beau seigneur, que son service retenait sou^
vent à la ^^our, et dont le père était ûéan*' ^
48 CHARLOTTE D£ VALOIS
moins prisonnier; le roi entrevit la possibilité
dé s'altaeher une illustre famille, en favori-
sant cette inclination qui, d'ailleurs, lui pa-
rut vivement partagée.
En effet , Jacques de Brézé avait déjà confié
son amour à son frère de lait Jacques de La-
vergne. Celui-ci était bon gentilhomme, ori-
ginaire du Poitou, mais fils de cadet et peu
fortuné ; il était né à Rouvres, après que l'An-
glais eut cessé d'être maître de presque toute
la France, et vint au monde en même temps
que la comtesse de Maulévrier accoucliait d'un
fils. Les malheurs de l'époque avaient rappro-
ché les deux mères , et madame de Brézé ne
pouvant nourrir son fils, l'avait confié avec
bonheur à la dame de Lavergne. Celle-ci
l'adopta avec joie pour le nourrir avec son fils ,
et un parent de la comtesse de Maulévrier,
Jacques de Montberon, maréchal de France,
voulut être leparrain des deux garçons, avec la
mère de chacun d'eux, en sorte qu'ils avaient
pour marraine la mère l'un de l'autre. Le ma-
néchal leur donna son nom de Jacques j et prit
]!^ligag^m$nt de les armer chevaliers à la pre-
ET JACQUES DB BRÉZÉ. 49
mière occasion où ils se distingueraient à la
guerre, afin d'en faire aussi de bons fr^^es
d'armes.
n faut rapporter ici que le père de Lavergne
avait sauvé le comte de Maulévrier, au siège
de Pontoise , en 4 442, en parant de son corps
un coup de lance qui lui était destiné ; cette
année avait marqué dans les annales flnan-*
cières, car c'est de Pontoise et en 1442, que
Charles VII rendit Tordonnance qui réduisit
Fintéi^t au denier 42. Lavergne donc, périt
de sa blessure, et Pierre de Brézé s'occupa
aussitôt de faire venir sa veuve auprès de la
comtesse de Maulévrier , à qui elle tenait bonne
et fidèle compagnie dans son château de Rou-
vres.
Les deux garçons avaient été élevés sous les
yeux de leur mère et avec le secours du prieur
qui avait dirigé leurs premières études; ils
.étaient plus instruits que ne Tétaient alors
généralement des gentilshommes destinés à
défendre leur patrie et leur roi , ou à combat-
tre les infidèles plutôt qu'à manier les livres
et la plume. Les études sérieuses n'étaient.
8# cliÀRLorrË de valois
guère réservées qu'aux gens d'église, aux moi-
nés, aux parlementaires et à quelques femmes
renfermées dans leurs châteaux ; pour le reste,
c'était des exceptions.
La eause la plus probaMe et la plus puisH
sànte de rignoraiice générale de la noblesse
dans le moyen-âge, prenait sa source dans une
opinion généralement répandue qui favorisait
singulièrement la disposition de Thomme à ne
point s^oconper quand il peut s*en dispenser.
l)es gens incomplkement reli^eux et4nter^
prêtant mal certains passages de TApocalypse,
tîrojaient que la fin du monde arriverait à|!a flh
du onzième siècle « De là, on trouva générale-
ment qu*il était assez inutile de se donner la
peine d'acquérir des sciences dont on n'aurait
que faire dans les derniers jours du monde ;
plus tard le pli était pris, il devint de bon toh
et de mode chez les grands de fie savoir antre
chose que défendre sa vie dans les hasards des
'tombals. LTionnne, privé des lumières de Ta»-
tbrïté catholique, finit par tout fausser, et on
^ vint à se Mte gloire de son ignorance pour
• ^tlrcîr vanité d^un Sujet de honte.
ET JACQUES DE BRÉZÉ. ' 51
Voilà comme une simple erreur entraîna le
monde ; ear ayant ces temps ne voyons-nous
pas nos rois donner l'exemple de l'amour des
lettres , ne chantons-nous pas encore dans nos
oflQces liturgiques des proses et des hymnes
composées par notre bon roi Robert?
Au douzième siècle on commença à recon-
naître l'erreur et on reprit un peu lesétudes
sérieuses en dehors des couvents et du clergé,
qui avait toujours blâmé cette indolence et
qui avait conservé comme en dépôt, ce <)ue
Fintelligence humaine avait déjà découvert.
C'est de ces retraites solitaii^es et obscuires ,
de ces sanctuaires de la piété et de la science,
que sont sortis les ouvrages qui nous sont res-
tés de ces temps-là , et que nous admirons au-
jourd'hui; mais que de peines op a eujes dans la
suite à remettre en honneur ce que nos pères
ne pratiquaient pas ! aussi la marche et le
progrès en furent-ils lents.
CHAPiTII T
M l'on fait couMltre le prlmir» comni en rdlglMi mmi le bmi
et Fère INMUilieB* — Set tendres soins pour les deux flrerw
de lait, et le c«raelè>e de ceux-ci. -- Leurs occnpatlOBS mi
ckâtcaa de iMiTres. — Poésies de lacunes de Lavertne.
Le prieur était un homme de grand mérite^
d'uD rare savoir et d'une humilité profonde ;
on le disait d'un lignage illustre, on allait jns*
qu'à le croire de la puissante maison de la
Trémoille, mais à cet égard jamais il ne s'é-
panchait en paroles inutiles, on l'appelaitsim-
plement le P. Donatien ; tout ce qu'on savait
pertinemment, c'est qu'il avait été d'épée
84 CHARLOTTE DE VALOIS
danssa jeunesse; mais, les crimes et les désor-
dres qui suivent d'ordinaire cette profession ,
Ten avaient dégoûté, dans une expédition en
Terre-Sainte, pour laquelle il s'était croisé. A
son retour, il s'était retiré du monde pour prier
Dieu d'apaiser la colère qui menaçait la
France depuis longues années , et s'était fait
religieux de Saint-Benoist. Il avait été désigné
pour le prieure de Roùlrf di ^ malgré ses instan-
ces , et fut obligé d'obéir à l'ordre exprès de
l'évêque de Chartres, en acceptant celte charge
qji'U redoutait.
; II fit flaire la première corûmuniott à ses detrx
élève» qtf 11 traitait comme ées eiiftmts , et îîs
étaient bien les enfants de son cœur. Souvent,
l'homme de Dieu qui avait étudié leur carac-
tère, loB prâvenait^ih des dan^s qu-ils au-
raient b Gourïf 9 des piègei qui «eniient tendus
à leur Vertu el qu'iU tmuvei^aienfe liatilrdle^
ment dans lemoitde où ils deraient figurer* ' i^
chàcua^ ftiûyaat leur hluneàp^ ées ^vië par^lî^
oïdiei^; à iaccjfifes de Bréié y il Gont^ittAÎt île-
medérer soa ardeur^ ses emportemeirtftv ^i^
ool^^ il lui dMnlll des armée 8f^itu«lke
ET ^hlùQWB J>B BMW* tttt
pour se vaincre dans les circouatances où aoo
amour-propi'e et 8on orgueil pouvaieut m
trouver en jea, afin qu'il ne se laissât jamaif
aller au bouillonnement impétueux de soll
premier mouveipent. A Lavergne, des encbi^
ragements pour l'ei^citer à l'énergie mâle quî
convient à tout chrétien^ surtout à un bommOi
afin qu'il ne se laissât poiût aller à son apa^
thie» à sa douceur^ à ses habitudes trop faciles»
trop tendres peut-être dans ses affections.; il
lui disait souvent qu'il ne suffit pas de vouloir
le bien pour pratiquer la vertu, mais qu'il faut
de la foroç et du courage , ^omme le dit le mot
lui-même; que la bonne volonté sans énergîA
a perdu bien des âmes.
Du reste , c'étaient de bons amis quoi4ue
très différents de eal^ctère , et qui s'arraiH»
geaient parfaitement ensemble^ Il est vrai que
leur amitié » fondée Sur la vertu , était solide
et n'avait aucun rapport avec d'autres liaisons
que l'on décore du même nom ; dat* des jeiH
nés geips sans ver^u » peuvent avoir des cam»*
rades ^ d^s c<N9ipagtio0S , mômes des compli^
<^i mais ils n'ont point d'dnàis. Il étllit à
56 CHARLOTTE DE VALOIS
remarquer pour Jacques de Brézé, que malgré
son air impératif et la fermeté de son carac-
tère f c'était presque toujours Lavergne qui
finissait par l'emporter dans les contestations
qui pouvaient s'élever entr'eux ; le premierse
prononçait promptement, mais il finissait
presque toujours par céder à la rectitude du ju-
ment de son ami. YacoûbOj c'est ainsi que par
amitié et pour les distinguer, on appelait La-
vergne, le laissait toujours dire d'abord, puis
il le ramenait facilement par la douceur de son
esprit ; cependant on n'avait point remarqué
qu'il abusât jamais de sou ascendant sur sou
frère , ascendant dont il n'avait peut-être pas
la conscience lui-même.
Les deux amis atteignirent l'âge où il était
obligatoire à des gentilshommes de prendre le
parti des armes; les dames de Brézé et de La-
vergne retardèrent ce triste moment de sépa-
ration et de dangers pour leurs chers eufants
le plus qu'elles purent. Cependant, leur ten-
dresse devait avoir des bornes et elles ne pou-
vaient exposer leurs fils à recevoir une que-
MftiiEe en dérision de leur séjour prolongé
Et JACQUES DE BRÉZË. 57
dans le sein de leur famille. D'ailleurs , Jac-
ques de Brézé avait la té(e vive, de l'ardeur
dans le sang , et il lui tardait de prouver aussi
par ses actions personnelles , que les faveurs
méritées par ses ancêtres , seraient bien pla-
cées sur sa tête.
En attendant , il se dédommageait par de
fréquentes parties de chasses où l'impétuosité
de son caractère trouvait un aliment qui n'é-
tait pa& toujours sans danger.
Yacoûbo, lui , voulait aussi gagner ses épe-
rons, mais il avait besoin du stimulant de
l'exemple; il était plus calme que l'autre, -et
le suivait rarement à la chasse ; il aimait sin-
gulièi'ement le chant d'église et la musique
profane, il avait étudié avec ardeur l'harmo-
nie sur le luth, la trompe et la mandore. Avec
son imagination et son talent poétique, La-
vargne concourait amplement pour sa part à
faire passer de bonnes et agréables soirées aux
habitantes du château, car les deux vertueuses
mères, après leurs exercices de piété, la visite
des pauvres et le soin des malades à la ville et
aux environs, ce qui employait leurs journées
ë8 GBA&U)TXË De VÀJ[>0IS
en bonnes œuvres, n'avaient d'autres distrac-
tions et d'autre bonheur que dans la compa-
gnie de leurs chers enfants.
Quelquefois, avant le couvre-feu , on réu-
nissait les jeunes gens de la ville et des envi-
rons dans la grande salle, ou bien encore, lors
de la belle saison, sur un des glacis du châ-
teau ; là on jouait des instruments et l'on chan«
tait rondeaux, lais et romances; puis, lorsque
l'heure de la retraite approchait , la dame de
Brezé faisait un signe pour terminer. On
chantait en chœur ou le Dies irœ attribué au
cardinal de Malabi*anca, pu le i^tabat Mater àvk
pape Innocent III ; et bien que cette musique
eût près de deu'x cents ans alors, elle ravissait
d'aise toute la compagnie.
Les veilles ou les jours de certaines féted ,
on chantait aussi des proses ou des hymnes do
notre bon roi Robert , qui sont conservées en-
core dans notre bréviaire. On finissait enfin la
soirée par des odes de la façon de Lavergne j
ôîi a retrouvé la pièce suivante que l'on aiïec*'
• ■ -
tionpait particulièrement.
£Y JAGQtES DE Mtd. 09
- * , »
st Aîf CES EN roniiiÈ D'OA/uisoif '
■ k-':, ■■ • . ' .• • » *'
• ' ! I « ^ f
A (iOTREIANB BB L0RBTT8.
ji^Çr^^ a^ypir dii priaçe4^,eafçx;f ,^ ^
RoiQjpu , J[)risé la teste serpentine :
Viïj^G|E 1 du ciel niain|:e estoiles argentine ,
SurTotre chef, luit de raions cÈvers :
Et icy-bas , mainte noble couronne ,
De y^ds laueier^ toz temples envirpoiiÇh '
Aûi^ilb^tro^deâfinesdeSion, '
BîM^'éfetanfië ^pëàr sa fôrèe guerfièw , "
Jecte à vôi piédô le prîl dé lia caf^ère',
Par uh hotitièur pleifi de submisëlon :
Et vpid à gré les palmes étoffées ,
Du riche ^édat dé vpz almfeis trophées. ,
l i
Vxm^ ha la harpe ,'et fftult^e le bmli^bàte , '^
fi'une le jmi de âeustés ioégadtfès , . i
JL'auti^é titi clavier dé hruiantéS r^g'îdtes , . .
Et le cléron , secourahlé h la voit ^
Pour publier les louanges notoires ,
De voz combats et insignes victoires.
-r-
60 GKARLOTTE DE VALOIS
A Yoz côtés volent ces oisillons ,
Ces anges saincts , et bien-heùreux génies j
Qui rechantants vos vertus infimes ,
De l'air venteux, calment les tourbillons :
Et faisants hault sonner vostre puissance ,
Aux éléments donnent éjouïssance.
Mais par quel heur se maintient Tunivers,
Que soubs l'appui de vostre patronnage?
Qui ba manqué de vous en rendre hommage?
Qui , voz autels n'ha d'offrandes couverts?
Et çà et là , par prières exquises ,
Dévotement salué voz églises?
Qu'on gaigne terre au païs du Levant ,
Qu'on jecte l'œil, sur les rochers de Thrace,
Ou au Midy, vrai pôle de la grâce ,
Ou qu'on surgisse aux havres du ponant :
Hy ver, esté , automne ou prime-vère ,
On y saura que chacun vous révère.
Et moi surtout , zélé à vostre nom ,
Je vous présente , et l'archet et la lyre ,
Qu'il vous a pieu pour vostre gloire eslire
Affin qu'au loing en courre le renom :
Qu'il courre ô Yiebge ! et de mon cœur féable ,
Aiez toujours le service aggr(?able.
ET JACQUFS DE BRÉZÉ. 61
Il arrivait que des religieux mendiants ou
autres assistaient à ces réunions, lorsqu'ils
venaient pour faire la quête ou pour affaire;
ils eouehaient alors au château, et on les ren-
«
voyait avec leurs escarcelles ou leurs sacs rem-
plis, mais aussi avec grande admiration sur
la manière dont on y chantait les louanges de
Dieu.
t p
J ■ >
■ » ■ . t
CHAPITRE Tl
Cramieiit f nt Uea la •é|Mu*atlon et «es recommandatlont flUics
AYfciit le éépmrt. — Le portrait été «eux ami». — GomnMBt le
roi |«oalt XTproOta ée r loelInaUon «e Giiarlotie , pour CMre
«et propMlttont «'éiarrlMement à Pierre «e Bréié. — €te-
loi-ct Unit p«r le»«ccepcer, par amour patarnei.
Lorsqu'il fallut que les^jeunes gens partiflh
sent, ce forent des pleurs de part et d'avtre,
des recommandations maternelles répétées à
satiété, des embrassements sans cesse i^enour
Télés. On mit, bien entendu, le départ sous la
protection de la Vierge Marie, et les deux res-
pectables mèi*es firent vœu d'aller à cette in- *
fention en* pèlerinage à Noli-e-Dame de Char-
tres. '
64 CHARLOTTE DE VAIOIS
Le prieur ne fut pas le dernier à renou-
veler ses solides recommandations; il dit
encore à Jacques de Brézé qu'il craignait tou-'
jours l'impétuosité de son caractère, qu'il avait
vu avec peine la fréquence de ses chasses,
où, nécessairement, il ne s'habituait pas à ré-
primer ses yjremiers mouvements ; il cmignait
pour lui quelques affaires désagréables avec
des camarades à l'armée ; enfin, il lui demanda
de faire les efforts les plus sérieux pour ré-
primer toujours son premier mouvement.
Quant à Lavergne, il ajouta aussi, à ses ex-
hortations habituelles, des conseils sur son
goût trop exclusif pour la musique, et les trop
longues heures qu'il y consacrait. Cet art sé-
duisant, disait*il, enchante les sens, dissipe
l'esprit, et le rend incapable d'occupations
sérieuses ; pour les airs tendres, efféminés et
mous, il faut les fuir avec horreur, ils sont le
poison de la vertu et les corrupteurs de l'âme.
Il leur prescrivit positivement à tous deux
• de ne jamais oublier leurs prières du matin et
du soir, car la prière seule pouvait les empê-
cher de se perdre. Il les invitait à manquer le
fj jACftUEs D» ntat. 69
naoÏD» possible d'assister tous les jours au sa-
crifice du Calvaire, qui s'offrait et se renoa*
vêlait à la messe ; à ae pas oublier les pau-
vres, les iudigents malades, f Si vous arei
( beaucoup, leur disait-il, donoez beaucoup;
■ avez-Tous peu, donnez encore. > Il les en-
gageait à se souvenir que s'ils péchaient gra-
vement, ils étaient exclus de la comoiunion
des Saints, et qu'il fallait rentrer en grâce au
plus tdt, dans la crainte de la mort.
Il voulait encore qu'ils fissent tous les jours '
des études solides et sérieuses; car le plus
gi-and des maux que l'ignorance peut cauaw,
c'est le mépris des cboses qu'elle ignore.
ËnSu, il leur rappela qu'ils descendaient de
^eos élevés en dignité par leur gloire, leura
vertus, et qui leur avaient légué le priyilége
de la noblesse ; que ce privilège les obligeait à
.ne pas décbeoir; que s'ils manquaient à rbpq,-
nwr ou à la vertu, ils fausseraient les droits
dont ils profitaient^ car, suivant notre vieil
,ajlage, twbtesse oblige; ils devaient se rap-
,peler toujours qu'eu parlant de leui^ pareils,
on disait des gietu comme il faut, mais que
•6 eitAiâ.<yrtE Wi VALdi»
«'éMit paf nytKHdpe, et toblait âfrë Ma ffêm
^omm U faut mé. Àprèi leit âtôii* tettdréttiètit
«fflliraiftéSj il leuf âonna «a bénédiâtiôli ; pal^
nos denx jètines getis, éhfotircliattt lettrs ch«-
yanx, et 6û{¥i& dé tfoii» doméstiq[aë!i, s'élot-
gnèrebi» noti mx'A Mité de loinlbitis digUBtfx &
LânHjtt'ils parurent dâiis les camps et k là
«eui', il8 étaiéUi girabds et élàâcéâ; if$ àYàtittt
un tel rapport dani» letrr tdille et leur fdttt^
wiré, què dé loin du par derrière on poutàit
HiMleihdttt les prëbdre Tufi poUr l'autre. De
prè0« oA refattiri[Uâit un peu de brusquerie et
M raideur ôactâ, Jaeques de firéiiê ; plus de Sôtt-
]^eiMe et de ^ce dans la tailM, les meuve-
•ffifénts^ Itt tournure et les matiièrès de La-
'lrè}ettue de Bréxé avsft la figuré noAle et eo-
-iwèé, Jet» chevéuic, les souretls et la barbe
làMlMaflfe d'Utl beau ftOir d'ébèUe , lêS ^fëU^c
'MillatiM ttoirs aussi, mais un léger strabii^mè
•té veeii puehe lui doflmiÉ'unis^âfppareflèe de
•iHMttës qui diâfpai^fssait Msûïàt qiill Souriait
*< i «v^it <fa!Hem« bleu de fi^xm.
surtout de ^fil,:^ l'on m pouf Idt guèrQ )iii
pefNiodMiri aa prèiÉîer «bord^.^'uii {Mi.d#>
faniaqneiie.
Lfevergnd «epotilit a^ec flua de giAiMi : di
k foodèiir dam te mouvement des )>ras, U
tite l^gàcanient ^ peneJiée , de grands yem;
bleus habituellenient imbibés de eet humide^
mdkali «fui ddonede la langueur M d0 TApi-
mation an r^^d, suivant r.imprespîon d0
Time) daâofaeveux blonds châtains^ un dufet
inapetçu au ttinton ^( aux joues» un teint
pàle^ c^apparence souffreteuse, tout prévenait
«sa fatMT, bien qu'il ne fut pas ïë^uU^re^
flMutbeau.
A la eonfidenee que Jacques de Bréié fit lia
son pendiant poiu* Charlotte de ValoÂs» k se»
son YaèoAlMH leeliii-^i vofiriut eombftttre;eetlt
ÎBcliiiialioa» Il ne veu}ait pas» disait^il, vov
son frère Uen-aimé, le mari d'une fille dpi^it
llii»îk>e avait été légère; il enjini^ait de l!in-
fiiiétud6, et bien d'autres raisons encore j
nws Jacques de Bréaé assurait qu'avec sa,^
fu^ et ses yeu:i, Charlotte ne pouvait jw^
faire f i|u'ei»fin^ il e'était qitelquefoûi e^tf^r
68 CHARLOTTE DE TAIiOIS
tenu avec elle, et qu'elle lui inspirait tant de
confiance, que, s'il osait, il la demanderait au
roi. Ce qui l'arrêtait, c'était l'inconvenance
de solliciter une faveur dé Louis XI, dont l'in-
juste animosité retenait son père captif; puis
aussi, peut-^tre, la crainte d'un refus; e^, enfin,
comment pressentir la volonté royale?
Louis XI fut auHlevant : il était bien aise
de voir sa sœur dans une aussi illustre mai-
son, et fit proposer à Pierre de JBrézé de lui ac-
corder sa liberté et de le rétablir dans toutes
ses charges, avec la survivance pour son fils
Jacques, s'il voulait : A^ Promettre de le servir
loyalement, comme il avait servi feu son royal
père ; 2^ consentir au mariage de ce moine
fils Jacques, avec Charlotte, sa sœurl^ttmée,
fille du roi Charles YII et d'Agnès Sorel, ayant
remarqué, ajoulait-il, que les jeunes gens ne
se regardaient pas avec indifférence.
Pierre de Brézé eut d'abord quelque peine à
consentir aux propositions de Louis XI ; noû
qu*il eut de la répugnance à servir le roi, au-
jourd'hui son Intime souverain, il voulait
laémç bien oublier les torts du dauphin en-
ET JACQUES DE BRÉZÉ. 69
vers le roi son père; il considérait encore
assez volontiers Falliance proposée comme un
nouvel acte de dévouement envers Charles Vil
et sa belle amie ; mais il lui semblait dur de
céder, sans obtenir au préalable un jugement
qu'il réclamait, jugement qui Teut absout,
certainement, et encore, que Louis XI mit des
conditions à sa sortie d'une captivité qu'il
n'avait pas méritée.
Cependant, son fils ne lui avait point laissé
ignorer le bonheur qu'il se promettait, s'il
parvenait à obtenir la main de Charlotte ; il
lui faisait considérer aussi que ce serait un
moyen de consolider sa bonne conduite à
l'avenir. Ce que la puissance royale u'avait
pu vaincre, céda facilement à de respectueuses
et tendres sollicitations filiales; l'amour pa-
ternel fut plus fort que lamour-propre, et le
comte de Maulévrier, après avoir consulté son
ami Jean de Larochefoucauld, chambellan et
conseiller de Charles VII, consentit à tout ce
que le roi voulait.
msm M
ùtmmmiÊit îtr^âmtt MtltfUl.*-Be te dot «ail donne à cnarlottt.
— Un non^onn titre donné on roi. —De in brIllMite parure
dopl qiorMHIf MH r^^mt-^r^opii #9 ioiy ne 10 Mno ^imlh
rfère , et do lo dnelie§se de Sovoye, TOionde de Fronce.
Louis XI, satisfait de Tobéissance de Pierre
de Brézé, sur laquelle il ne comptait pas sitôt,
nofî-seuliment remplît ses promesses en le ré-
tablissant dans toutes ses charges et tous se^
ëntplois, mais il lui conféra, en faveur dé ce
mariage^ le gouvernement héréditaire de ?îpr-
inan^iQ^ dont U était ^k grand «éoécbaK H
donna aussi en dot à Ghaiplette les ttlles et
7* Ç»A|\tpTT|l m NAkOl»
h» h$nç)[\$» ; elle ^6 divisait aussi en oœup au
milieu de la poitrine et tournait gracieusement
au-dessoui$ du çqu par derrière* Cq çoraage
ani»errait 1^ taillQ de façon h dessiner le galbe
élancé du buste qui allait s'élargi^isant jui-
qu*au;]iL épaule» ; il était rattaché sur le devait
par de» fermoirs d'or et de pierre» pi'écieuseg,
que la rein^ douairière, Jtorie d'Anjou, lui
ayait donsés pour la circonstance ; les mancbo^
étaient longues, serrées jusqu'au poignet gai^
ni d'bermine, et laissaient passer des maor
ebett^s de Yalefioiepneaf
. Charlotte était eciffée d'une corm éleYée
•n »atin^ couTerte de bi^ea dentelles ila Flaii-
dre et de riches pierreries ; à sa pointa pan-
dait un ampla et long vi)ile de gaza de Gham-
béry, ce Ménin * tout entier, car c'est ainsi
* Çittit m$ cQiffijr^ pyrsiaùdale con^ervéa «p partjbç f^
nos Cauchoises et les artisannes Basses-Brettes. Les. Anglais
t*app4âleBt stmpUr head drêiSj emiffurê àelot^^i eU#s
.avalât jiiM{ii'à trpis qu^ d'avAe ^ M \, les nrédic^tews
ne se lassaient pa^ 4e faire tomber la foudre de .leur élo-
fpienee mir oes eoifftires impertlaeiitêselorgQellleuMs, fféc
très extraordinaires quand elles sont ju£^ |Hur le génie de
/nptre'ftlangage a^^ un peu ];uré(^^
■CJ: V
^'^ appelait q9 disgracieux boanat, était m
àfm da Y(Xla»de de Frauca, aceui* du roi, dn-
i^afaa ^ Savoya» maia aœur aj^wi de Cbarlotta*
at an preuve d'approbatioa de ca majriage ; sur
la frQi^t ou voyait aortir uue oùuce tressa df3
cbevaui^ qui foriuait une petite boucle» puit à
ps^if das taiopea les cbaveux toiubai^t gau^
ff/éa^ ai^uléa at réunis par derrière, «ù4^
étaient relevés en cbiguou sous la o^miura»;
atfx oreillest des giraudoles de diamants que
la n^are lui^vait laissés*
. Toute cette parura rebaussaitréclat éblouîs-
aaut de sou teint; ses jjQues étaient colorées
4'<^u Mger incariat» açs lèvres assez épaisses
fX d'ui> rouge de corail» se séparaient au plus
léger sourira, pour laisser apercevoir deux
rangées des plus belles dents^ et se rebausaant
un peu vei^ l^s coins de la beucbè^ronient
une £assirtta toute graaiauae ;, prèa du ua«^ à
gaj^KàOt une lentille foncée ait natwc^ don-
nait du piquant à sa pby sionamie { son oas,
idigné avec le £ron t, rappelait iaa statues grec-
qnesii. et ses grsvads yeux flftfl»bayao(fi».dittn
«oir de vilouns^ aux longa cib ^Jinx aotireîis
76 CHARLOTTE DE VALOIS
bien arqués, également noirs, pénétraient
d'admiration ; ils faisaient un contraste mer-
veilleux avec sa chevelure d'un blond cendré.
Le roi 9 pour la forme, se retourna vers
Charlotte, après la demande du comte de Mau-
lévrier, comme pour la consulter, et celle-ci
ayant répondu qu'elle se trouvait fort heu-
reuse d'obéir aux ordres de Sa Majesté^ te v6i
consentit au mariage.
Il fit approcher les deux futurs devant la
cour assemblée ; Charlotte, pour descendre de
l'estrade où les dames étaient assises, releva
par devant sa longue robe traînante, et avança
le pied le plus petit qu'on eût vu, malgré la
forme incommode et ridicule des souliers à la
poulaine , que l'on portait alors ; c'était une
pointe plus ou moins longue, mais qui avait
quelquefois jusqu'à un quait d'aune de long.
Barets dans son Trésor des antiquités gaulaiseê,
prétend que cette mode venait de Pologne,
comme l'indique le nom, et qu^originaire-
ment ce n'étaient que des souliers fourrés à
la pointe. Le roi mit la main de Charlotte dans
ealle dei Jacques de Brézé, et les déclara ilia-
ET JACQUES DE BRÉZC. 77
ces, en leur mettant à chacun une bague d'al-
liance au doigt annulaire ; de plus, il détacha
de sa toque royale un fil de perle du plus bel
orient, et d'une grosseur inouïe jusque-là. Ce
colher, fermé par un escarboucle en fermoir,
fut mis au cou de Charlotte. C'était un pré-
sent delà Sérénissime République de Venise,
envoyé par le doge Paschal Malipiero, lors de
Tayènement de Louis XI au trône, parce que
/a 5^t^n^nV croyait que le Dauphin, d'accord
avec Charles YII, concourait à assurer la neu-
tralité de Gènes, tandis qu'au contraire il en-
tretenait des relations avec François Sforce ,
pour l'encourager à réunir Gènes à son duché
de Milan.
/ *
».. • l • . . . y
CRAnilË M
Où l'on voit les rléliet iprésenti de noeet %mt flt Merre de Briié
à m MHtfe r^fn, en y éôM^Hiùitf t le èftàteta de RtfîîVNk wén»
Mm m» ; le costume de ee defdier poar la eirémevif. — Llio-
ddent àrrlTe à im coliBtare de l!^arlotte et pronostics fàcliesx
. «■'en lire teverfiie. ^h't^ÊH taiexpllcoMe de ye u» %? p f!#i
Gharlolte otcc lac%iies de LaTcrgne. -^ Les fêtes brUlantes de
V là neiéé» d?eèies|Mttde fliti«ict um ddàscs %di etrettiMli
à cette oecaïkm*
» ■ ■ •
Sûlvaût TtiBage, Pi6l*r6 de Brézé, âV6c Ift
péi*ittiàs!6A dti roi, et api*ès avoir baisé ïâ mâiii
dé â^ Majesté, s'approt^ha de sa ûiturébru; il là
baf1»a âilr ieâ detti jotiôs, et lui mit âu côté
droit titie brillante agrafe d^orfévrerie, enri-
chie de plerreâ prédeosès de couleur, k !!►•
quelle peMatetit diflféréirtëiâ dialnetteâ, et ôti
•Efr trouvait ttti èOôur d*ùr au* armes rêcrnlés
80 CHARLOTTE DE VALOIS.
de Brézé et de France brisées; il servait de
cassolette, et était rempli d'essences du Le-
vant; aux autres chaînettes pendaient un dé,
un étui, des ciseaux, un cachet armorié, et
enfin une clé d'or avec ces mots gravés dessus :
Chastel de Rouvres, en signifiance du don qu'il
faisait à son fils de cette châtellenie.
Jacques avec le même cérémonial, ainsi
qu'il convenait dans cette grave occurrence,
s'avança ensuite; il ne portait pas, comme
son père, le surcot à longues et larges man-
ches traînantes, doublées d'une couleur tran-
chante avec le dessus. On commençait à aban-
donner le costume eflPéminé et débraillé que
les mœurs dissolues d'Isabeau de Bavière
avaient introduites à la cour de France ; les
hommes adoptaient déjà de préférence les
couleurs sombres et le costume plus i^vère,
qui le devint encore davantage sous Louis XII
et Anne de Bretagne. Le futur avait un haut-
de-chausse en maillot collant depuis les pieds
jusqu'au cou et les poignets, il était en ratine
4e poils de chameaux rapportés des Croisades,
e( de couleur mordoré; son juste-au-corps,
ET lACQUbS DR BRÉZÉ. 84
en drap de soie couleur d'azur, était broché
de croisettes d'or et de petits boucliers d'ar-
gent, pour rappeler les armes de Brézé; la
jupe en descendait à trois pouces au-dessus
des genoux, elle était frangée d'or et d'argent^
et les doubles manches, fendues entièrement,
retombaient de l'épaule aux jarrets; on les ap-
pelait des manches à l'ange, parce que lors-
qu'on était à cheval, elles simulaient des ailes
d'ange si l'on galopait; un ceinturon ' d'or
soutenait l'épée ; le cou était entouré d'un col
de chemisette en dentelle, et d'une espèce
d'écharpe rattachée d'un bout à la ceinture et
dé l'autre au chaperon, qui pendait sur l'épaule
gauche* Outre cela, pendait à son cou une
lourde chaîne d'orfèvrerie en or, à laquelle
était attachée une image de saint Jacques, son
patron, aussi en ciselure d'or. Au côté droit
appendait l'escarcelle ; aux pieds des souliers
à la poulaine ; l'écharpe, le chaperon, l'escar-
celle et les poulaines étaient de velours noir
liseré et frangés d'or; ses cheveux étaient sé-
parés, sur le sommet de la tète, par une ligne
droite qui descendait jusqu'au front; ils se
e
êS citkàtij^iÈ ut Htm
ifm¥iiiém âiiMf^jefés saf les OrélHëé, pottt
âeéëfiM¥è en d'kiftdnâh^Atit jvtsqii'Àxi bars âtt
êèii, àfëé d«ùi dé etèiffèré .
imCi Afeé U pëtmmtm du m, hc^tlèÉ^
itm eux htâë âë Cfià^Mtë dëè bfàééleis âë
ïffSimiM éû tmiïè de éontotiHè dé toMèf
pàk, il là DiM ittssi âàr lés âeni IMéë (^
mi^é h'étaif ffomt entùte de hiode). MàH>hi
êlift^^taë dit ((dcf ce fut àtéc tfn vif ^ësHs»'
fètiieiii de pàtt et d'a^^e. Jlntesf, danâ c^tHo"
We^n^, ïa hfltrté coiffai'e èé détacha, ef cette
èHôfûte Côtriè tdmïi^nf à ietfè, laissa édfiaiN
^r tittë fbfét âé foflgs éf Èteatix chexétix.
VmîlaktiM délàcrcpies M ëitrêttie, et il «lâô-
di^aii fottt bas sa gsft<che brus<}oeHe; liut»
iF ftrt <>rdmptei*ienf *as(stfi*é par le rire gfàf^
ètêàx dé sa fbtùre, qui M ptssà êii hhnâoû-t
^éVer une éèbat^e ^tfeffë atafif Kfëdéet «tri
ëditléttrs de Bt>ézé, éttifi ûf et at^m. Mài«r
étiê lié pfttf jtÉHÉîà se fèMifffW, iMlgfé Cstidtf
<|M \ét ^ttiëê s'empmëmM êé M doâttef
5«fs^tdfi
VèptA^ te teiïtp», dit^îF,- é^ éttotmeê
eûrm» Mém Méêassiv^mtm têêaïm, et }é§
bonntefs de fëtttttiëëf .cmËëHêttt èïircoFe Itiii^
teAfipB 1er formé è6ttiq«të, fldire«ft paf i'kppûêf
cotnettëê p» dimifttrtif.
Reiftrér k nnOMt 06 Br«Éé,le fitftàr éè jétft m
eoû é»^ YâîeftîftlWf^ en hii dëftiiaiMa«t c*' ^'tt
pensait de C^ri*lé«e?Cel*i-cf Convint qtfëttë
était belle «fltre les belleg, th^û qtite Isf légè-
i-cté de àà taère aVaît loujttùps poiir lâf «M
feftt^i trèirblâit tfn ^tt k joie tfu'^l fff^
éMlk ]^rtager eiltièi^emént avec iàn frèM êë
Mt^Mt êèvàH Metf toi {fvètfër atrssl^ ^iM 18
eètite du tiéditi «rétdt p(9 i&m sighifl^iftsè';
({itrof qé'éff fût éite le P. DtAïiaf iëlA strf Uèl/iB
^tfè âag 6tJip6vi^\om,' et ceitt M- dé^iiiKIf
éaèore ^l<{ite« im^diétadés. Vn^ fèhiftié'/ «w
miittâlbœne èotf boHiMt à tenre,- i!t>sf-él}^ pli
é}s])liii6éë «iuelqvefois k le*j«ter {fth^-dë^âilMi
«MtalMtf?
À quet*^eft joors de lè(, Jacquêsf de* LflfVëf-
gife flirf chargé de pôHef à GH&rhitfê, à^l'hiikel
de Satii^Pol, le rest^ de» fitheé fté^tOé'êe
MHriage de la fart dit ftrtur. Oh ne ^rit pb«»^
quoi il s'émut à son approche, et Témotion
augmenta bien davantage pendant la eonvfir-
84 CHARLOTTE DE TALOIS
sation qu'elle eût convenablement avec Tami
de son futur mari. Était-ce séduction naturelle
de sa part? Mais, tous deux se regardèrent et
rougirent; tous deux s'embarrassèrent sans
en démêler la cause Tous deux étaient
jeunes... tous deux pouvaient plaire...
Les noces se firent avec un grand éclat et
grande liesse, au mois d'avril ^462, après
Pâques. On y remarqua pour la dernière fois
au jeu de Tarot, des cartes dorées et enlumi-
nées par Jacquemin Gringoneur, peintre de
la cour (6). Cet homme s'était pour ainsi dire
approprié l'invention,, rapportée des Arabes,
par la grande perfection des peintures qu'il
avait faites pour le roi Charles YI^. 11 en fut
ce jour-là payé par 36 livres, dont on a vu la
quittance. On peut juger par ce fait de la
grande abondance de divertissements qui;
eurent lieu à Foccasion de ce mariage.
On y dansa les caroUes^ et pour la pre»
mière fois, la pavane, danse noble et grave
des grands, qui ne pouvaient avec leurs pou-
{h) Voir les notes à U fin.
ET JACQUES Pë BRÉZÉ. 85
laines, quoique retroussées pour danser, et
Tampleur de leurs vêlements, faire autre-
ment que de marcher et poser avec gravité ;
on étalait ses grâces, apparemment et on se
considérait avec une certaine complaisance;
de là, le proverbe se pavaner^ quand on veut
parler d'un fat qui se montre avec ostenta-
tation.
Plus d'un hanap de vin de Chypre fut vidé
à la santé des deux époux. Tout ce qu'on put
trouver de ménestrels, de troubadours, fut
convié à venir chanter le futur bonheur con-
jugal ; mais on ne put obtenir de Yacoûbo le
moindre épithalame.
(flAminii
Oommciif 1« rql Louis XI tal pan^ftln Ma Mcon^ 0^ ilç Itj^ar-
Mie;,ll ckoMtpoiir MMvalM la vMune «• Ctartrai, tente
l^lemelle 4c )'enfi|iil. -r Garaetèrf 4e If Jei|j|f 4i|m^ ||^
SniBé.-Uait avale ie»flHifTee,<lèf ffeminet eCMMrcài mm avaieilt
écrit.
Les premières années ni passèrent ^féift
cenven^blanent ; les jeunes gens étaient sou-
vent eq eaas pagne el revenaient aus(|i à ta
eaui'. iya jpune ëame de Bréaé avait en sue-
eessiveme^t éeux, enâints ; ip sece^d #nl tenu
sur les fonts de tiapténae par le roi, qu) défi-
gqa pour mappaÎBe iea»qa de fréié, beHt-
sflsiu» de ËharlMle. Ë)le avait épouaé Imb 4p
V
88 CHARLOTTE DE VALOIS
Vendôme, vidame de Chartres. Louis XI était
aussi le cinquante-et-UDième comte de Char-
très, ce qui l'avait mis en rapports habituels
avec la dame de Vendôme, dont il appréciait
les qualités estimables. Aussi, lui envoya-t-il
un hanap d'or magnifiquement ciselé, et sur
lequel on voyait trois médaillons : sur l'un
était l'image de Notre-Dame de Chartres, sur
le second celle de saint Louis, et sur le troi-
sième celle de saint Jean. Le nom de Louis
fut donné à l'enfant.
Charlotte avait des succès réels à la cour
ainsi que dans le monde ; la distinction de
son esprit cultivé la faisait rechercher avec
empressement par tous . les hommes qui
avaient quelque mérite, et sa beauté remar-
quable avait déjà formé autour d'elle un es-
saim de tous les muguets du temps. Son
mari jouissait avec bonheur de la supériorité
non contestée de Charlotte sur la plupart des
femmes qui l'approchaient; il se glorifiait en
quelque sorte de la posséder, et se félicitait des
avantages qu'elle pouvait en retirer, sans que
|amaûi une ombre d'inquiétude vint traverser
ET JACQUKS DK BRÉZË. 89
son esprit sur les dangers que ces mêmes suc-
cès auraient pu faire naître.
Charlotte ce))endant n'avait pas de justesse
dans Tesprit; son jugement portait souvent à
faux, et lui faisait manquer de tact dans
maintes occasions à l'égard des autres, sur-
tout par ses paroles indiscrètes; aussi, les
femmes ne Taimaient-elles point, «t parmi les
hommes les plus assidus à Thdtel de Brézé,
en trouvait^on peu qui fissent profession de
Taimer sincèrement. Elle avait cela de com-
mun avec toutes les femmes coquettes et à la
mode; toujours entourées et louées devant
elles, toujours critiquées et déchirées hors de
leur présence. Encore*, ne parlc-t-on ici que
des femmes coquettes et légères, qui ne sont
peut-être pas tout-à*fait coupables. Combieh
cependant une femme perd de ses charmes
lorsqu'elle se fait craindre par ses paroles;
combien elle perd de son empire par ses hau-
teurs déplacées; combien elle se fait haïr pm*
son esprit mordant.
Toutefois, naalgré son peu de mesure sous
quelques rapports, qui tenait sm^ut à la MÎf
^ C04fil49fTË DE VALOIS
ardenta qu'elle ay^it de dominer partout, par
sa beauté ou par ^es connaissances peu ordi^
ii^ire^, sa finesse de femme ne lui avait jamais
fyiit défaut à l'égard de Jacques de Brézé . Il était
tout-àrfail; sous le oharmc; elle le domitiait
eptièrjeiuent. Un âimple désir devenait m
pi^dre; et quand il pouvait arriver que dé
^ges obsQi^vations du mari fussent en oppo-
çjtioA av^Q 1^8 projets de Gharlo|;te, elle savait
§^efi un a^t infini subjuguer cette même rai-
^Bj et; obtenir par séduction ou par une vo-
jpntp quelquefois impérieusement exprimée,
Hfi qui avait paru d'abord impossible à réa-
liser.
..Paos son intérieur et a v^c ses femmes^^le
ét%it d'une^erté bautaine qui ne leup permet-
tait jamais la nouândre obâerVatiop ; tout de^
vait obéir à un geste, et malheur à celle qui
§0 sem^t oublié^ en sa présence. Il est vrai
4U6 p^ d^rriaf^e S68 domestiques la ména-
gf^isni peu 9 et que les deyojri} des maîtres (t
l'égard de leurs serviteurs étaient k)ng|iemant
émmwé^f sans compter les petites ven-
imuM» H^Hm projetait e> qu^en qe savait plifs
jlisçoii^plir qii»o4 a^TJvait le inpinent 4^ l'^xé-
iurtiQfi; on ayait peur 4'a^acher le gffild^j
p^ aloFjS/SOfiveBf oij e$t repié pu tr^hi p^
36§ çolpplic^£î. ,
CJ^gr^pt^e g¥^|^ aufiîsi hp désip anleijt 4'ôfFp
^-^asjSriis 4^ ^tt|F^ ^t 4'avQir 4e )g c§léb^|f;f ;
plie savait 1^ |atin, et îiyait paf* la ]^t}xv^ ^c-
qpi^ (d^s ppx)Qai|$samees éteja4H6s; eljp fufifi-
qj^it fiéa])qiQip$ le b^l; de Hp^lrpetiop , par
pl{e ypulajt iiayojr pour savoir, at pop pom*
qv^ s^s fU)i)paiss^npe8 cqntribijasseQt ^ 1^
glpire de piey, ou ^ son avanpepient spirjtuel,
m pl^eQant le tiay^i) cop^me l'imp^ de )a
sp^pr j^v^c ^agpelljB nous deyons mgnger nof pp
pain, copune la peine attachée à nqb^p WW}'
ttye cppd^papajion. Piep qup }e^ n)app§çf^
fi|^/s&pt ^ar^ et cqu|;^uk, ^le ayait ppp)}>MP
d'ouvrages, ^urtQUt^ ceux 4^^ f^PV^§ 4$}^
ay^pt (è^|[^it : ainsi elle ayait |ps o^yv§p de
tit^odfim^ 4uchesse dp Septijpapfp, 4'4^*
4^^^ cop^tfi?§p df IJlif; Ipi fabliaijj 4p M^e
^flfr^fiçe^ paru§ spus lep^ dTl^M (p?f?t
92 CHARLOTTB DE TALOIS
de Justine de Levis; les Lettres d'Héloîse, qui
tirait plus de lustre de sa science en hé-
breu, en grec et en latin, que de son origine
qui la rattachait aux Montmorency; les poé-
sies de Laurette de Sade^ qui inspira Pétmrque ;
d'autres moins connues. Charlotte aurait voulu
elle-même devenir auteur, et les lauriers de
Christine de Pisan y encore assez récents, ne
laissaient pas que de la tenir en haleine, par-
ce qu'enfin c'était une femme qui était encore
glorifiée , célébrée par des contemporains
comme supérieure aux autres personnes de son
sexe. Hélas ! elle ne savait pas que les femmes
qu'on aime le plus, sont celles qui se mon-
trent rarement, dont on parle le moins, et
qu'elles sont heureuses, non parrenvie qu'elles
excitent, mais par l'attachement, le respect
et la vénération qu'elles inspirent.
Malgré cela, comme nous le disions tout à
rheure, elle savait attirer à elle, avec une
*
adroite séduction, toutes les personnes dont
elle voulait se faire un entourage remar-
quable; sa position, d'ailleurs, lui rendait
ce râle assez fficile ; mais des yeux pénétrants
ET JACQUES DE BRiZÉ. 95
fittissaienl par distinguer prornptement qu'il
y avait de la fausseté dans son caractère, et
les louanges quelquefois exagérées dont elle
se servait, ne cachaient qu'une arrière-pensée
de jalousie on d'intérêt personnel.
Enfin, elle cherchait h plaire, le voulait et y
réussissait souvent lorsqu'elle devait, ou pou-
vait en retirer quelques avantages, même d'à*
mour-propre satisfait ; tout se réduisant pour
elleàun calcul d'égoisme.Gependant,iI se trou-
vait encore assez de jeunes gens inexpérimen-
tés qui se seraient fait pourfendre en son hon-
neur, malgré la banalité de ses airs gracieux,
de ses doux regards et de ses obligeantes paro-
les, sans que l'exagération de ses expressions
laudatives les avertit que la bonté véritable n'a
rien d'excessif dans ses expressions, mais seu-
lement dans ses effets. C'est qu'ils ne savaient
pas que l'affectation, l'exagération et l'empres-
sement déplacés prouvent au moins un manque
de convenance, quand ce n'est pas du sar-
casme ou de l'impertinence. Avec des maniè-
res outrées et péniblement élaborées, on man-
que son effet à la longue , car elles prouvent.
94 CHAAK^TTE »E VidLOIS.
chez les personnes f[ui en fom vtssi^i èel
opinkyte fectiees ev spétifktii^eis.
La roée et hr flnedse qtie Olraf lotte déploysfi^
à l'égard de son mari, Itri féifs^ient décotrrrif
promptemeni les pointât ràc^iéÉ|»eis^ elle pètP
i^it iÉsister^ et ce qii^elhi devait farife pe#p ^i-
t^Ae blesiser la délicatesse et ht digâité de i^
sefftimeiQts, eaf elte sayait cpie ai laeqnei^d^
Bi^zé finlssUalt par pKer sèr des farts indi#sr
férents tni qui le cc^trariaierit setAenveirt; S
était ûïi roc pour towt ce qui totichirt k FhtWf^
nen* et à Ja religion } dans ce eafs» elle is'f ftfl
brisée eofiotne un verre, car S étàiî ^tatOWHM
le»x à eet égarée et W viotenee de soii earaw^
tère, réprimée habitueKraaent , fontait Mi
fiBfire jéur d'uûe maniée rèdmrtaMb et bémé
tevriblef
CMMHI X
«iTerMs mimions de eonflance. — Sa mon à lAloniltaéry. — La
ÉVMMUMiMilfoa #e ton flW à iban éte lÉroéttCiiliéitflM. —
Mon de la dame de Lavergne. — Gomment iac%neft d'Amia-
ittfe, ëâéêé NèliMterë, délH MCàtelans -Il Mli Mpik ivëë
le roi. — Joyeaselés de sa ¥le. *- Gtaanoile ne Inl est pas ta-
'Vmv^wie*
tout-à-f.iit les bonnes grâces du roi, qui Ml
p'dt^AiieftaM l^d fanHiiarîfés oi^^aii^es; fi élaît
éiffit^ile ctnssi de rien vdr de i^ù^ frshie et dtf
]^ Icfyal (Joé le câifti^é de Maiulêvrîeré Uri
jdw qu'fl ayait Ihoimeur tfftecoinpag«eif
hùtih Xi, H rc^afrqutf Ia^t^*isfè et farUe lâ^ôà-^
tim ài foi,* I» it^ s'éei^iâ (^ë éetfe liÀ#1cMa«
96 CHÀtlLOTTË DE VALOIS
était bien le cheval le plus fort qu'il eût vu*
c — Eh pourquoi donc? demanda le roi.
. € — Parce qu'elle porte Votre Majesté et
tout son conseil. »
L'observation plut à Louis XI, qui avait
l'habitude de dire qu'il portait tout son con-
seil dans sa tête. En effet, le roi consultait
son conseil pour la forme, mais ordinaire-
ment il n'ea suivait pas les avis. Il croyait
que la finesse, qui frisait la fausseté, valait
mieux, ce (jui n'était pas digne, mais lui réus-
sissait quelquefois. Il prétendait à la sagacité
et à la prudence, cependant il s'exposait sou-
vent aveo témérité ; mais il était plus habile à
se tirer d'un mauvais pas qu'à l'éviter; quel-
quefois sa finesse le trompait, et il allait lui-
même chercher le danger qu'il apercevait trop
tard.
Pierre de Brézé reçut la mission d'aller,
avec une trop faible escorte, au secours de la
reine d'Angleterre, Marguerite d'Anjou, qui
réclamait Taide et l'appui de son cousin, le
roi de France, et de lui porter vingt mille
écus d'or ; c'était tout ce que Louis XI Voulait
ET MCQlîfiS DE BR^Zt. ' d7
Êùre pour cette courageuse princesse, qu'un
historien désigne avec raison comme la femme,
t'épouse et la reine la plus malheureuse. Pierre
de Bi*ézé revint auprès du roi, et ce fut pour
livrer hataille à Tarmée des révoltés qui, sous
le prétexte du bien public, troublaient TË-
tat. Il prit le commandement, se battit avec
eourage dans la plaine de Montlhéry, et,
pour mieux tromper Tennemi,' prit la cui-
rasse du roi ; ce dévoùment fut cause de sa
oun-t; les coups se dirigèrent sur lui, et ily^
fut tué le 46 juillet >i465. La perte fut égale
dos deux côtés, mais le champ resta aux
Bourguignons; puis les traités de Conflans et
de Saint-Maur, semblèrent devoir mettre un
terme à cette ligue du bien public.
Par son testament, fait avant de partir pour
la dernière guerre, Pierre de Brézé, entre
autres choses, recommandait son fils à son
ancien ami Jean, baron de Larochefoncauld,
afin que s'il venait h périr, il lui tint lieu de
père dans les occasions où ce cher fils aurait
' besoin de conseils, le séjour des cours n'étant
pas sans danger pour la conduite loyale ; c'é-
9^ CQilRLOTTfi DE ViLdIS
V^it kmaiUeuve greuve d'affection, d'intérêt #1
d'j^itié qu'il put donner à son fils et à son ami.
. Le 7oi, dans cette oecasian , crut devoir accor«
^er ^ne faveur à la fille de ce serviteur si dé-
vçmé, et il dwna à la vidame de Chartres, sa
cgimmère, la seigneurie de Montargis.
^p même te^ps que Jacques de Br^zê, païF
lsi mprt de son père, devenait gouverneur et
gr^nd sénéchal de la Normandie, sénéchal de
VÂnjou et du Poitou, comte de Maulévrie»,
]i)aiK)n du Bec-Gvespin et de Mauri, seigneur
()e la' yarepn^„ de Brissac et de Nogent4e«
Poi, (l'Aqet, de i^réyal, de Montchauvet, de
Yi^içi'fi ^, autres lieuj^ j l^yergoe apprenait
)% uaoçti f(e âg gière. La comtesse de Manié*
vrier mère l'ay^it pvéoéd^ de quelques mois,
^ sorte que la maison ^e ^4zé vécut en
^^^vaiie, et meaa gr^pd de^il pendant tMtd
l'f^nnée. Cepends^nt Çt^lott# ^coucha dHw
trfi^îèflfti ^H&^Mt ; fe qm remp^ça en partie
ralim,ent que leurs ^fectioau^ avaient perdu*
; Ce f^ éiifileaiept ^p ^6^ ^e JacqiMf
^4w^g^^» duc de Nemoufs, fut envoyé wl
Bf lAGQUBS DE BlUtat. 9§
tenaient eette ville assiégée ; il la délivra avec
honneur.
Ce jeune prinee, si proche parent du roi
et par sa mère Ëléonore de Bourbon, et par sa
jeunp femme, Louise d'Anjou, s'était fait af-
filier avec les autres princes et les grands du
royaume dans cette ligue du bien public qui
pouvait renaître.
Le roi, à cause de sa jeunesse et de sa paren-
té, voulut bien lui pardonner ; puis pour l'atti-
rer plus sûrement à lui et le détacher entière-
ment de ses anciens rapports, il lui donna le
gouvernement de l'Ile-de-France, avec 2,000
livres de pension, qu'il ajouta aux 8,000 li-
vres , assurées par son contrat de mariage ;
toutefois ce fut à la condition très naturelle
de ne plus entrer dans aucun complot ; le duc
de Nemours promit de renoncer, par le fait
même, à sa pairie et à ses privilèges, s'il venait
à manquer à sa promesse.
Jacques d'Ârmagnac profita de sa position
nouvelle pour s'amuser joyeusement, et jeta
beaucoup d'éclat au milieu de la cour, par les
£&tes brillantes qu'il donna. Lorsqu'après le
i
400 CHARLOTTE DE VALOIS.
deuil passé, la jeune comtesse de Maulévrier
reparut dans le monde avec tous ses charmes,
le duc de Nemours en fut ébloui, et il ne put
la voir avec indifférence ; ce qui ajoutait pour
lui aux attraits de son esprit distingué^ c'é-
tait la sonorité de sa voix douce et harmo-
nieuse.
CHAPITRE XI
le iMur«etel lacqne» et Homberoii était parrain en
eue et Ifemoarf. -^ LIaiMm «et trois flllealt. — Dm eotên d^a'
mtmr. — Leort «aascrs. — La «uclieMc «e Nemoart. — Haie-
ment an milieu «es réunions nombreuses. — Gralnëre la
femme à la mode.
Nous devons rapporter ici que par une coïn-
cidence assez remarquable, c'était le maréchal
de Montberon qui avait été le pnrrain du duic
de Nemours et lui avait donné son nom de
Jacques. A ce sujet , Ton peut remarquer aussi
que, dans notre monarchie , tout ce qui tenait
à l'honneur de verser son sang pour la patrie;
avait une influence et une considération réelles.
402 CHARLOTTE DE VALOIS
lorsqu'on était parvenu à justifier les hautes
dignités dont nos rois revêtaient leurs sujets ;
qu'alors on tenait à honneur , les grands et
même les princes , de leur être allié ou affilié
par des rapports d'affinités quelconques.
La fraternité qui résultait du parrainage du
maréchal , lia étroitement les trois filleuls de
Jacques de Montberon , aussitôt qu'ils se con-
nurent.
La duchesse de Nemours et la jeune com-
tesse de Maulévrier, se lièrent également. Des
rapports d'esprit et d'instruction leur Breïlt
prendre à tâche de rétablir les Mûrs é'ammët ,
dont Texistence à peu près oubliée «ilore,
avait jeté beaucoup d'éclat dans leur temps.
L'institution des cours d'amour dans le
moyen-âge , était fondée sur le respect et la
déférence des hommes pour le beau. sexe. Lei^r
juridiction était reconnue par la courtpisif;
dans toute la France , sur toutes les contestî^;^
tions que Famour peut faire naître. La sag^
cité des femmes sur les nuances du sentimet^
•
par raj^poi't a la galanterie, leur avait donné
un pouvoir d'opiniou qui fut aussi fort et aussii
JACQUES bE BRÉZÉ. 1^
redouté que si elles avaient eu des moyens coër-
citifs.
Ce pouvoir de domination était bien fait
pour tenter des femmes de la trempe de la
Jëtine dùchëëSe de Nemours, et surtout de la
comtesse de Maulévrîër. Elles remirent donc
IBH honneur le souvenir d'Eimangdfde, vlcom-
t€[s^e de Norbomie; d'Éléonore d'Aquitaine ,
d'abord reine de France, puis d' Atiglétêire ;
de la comtesse de Champagne, fille de Louis
Vtl^ de la comtesse de Randre , fille de FouIî-
qués d^Ajijou, etc., gui avaient présidé des
cours d^amour avec un certain éclat dans leur
tëiiips. Elles voulurent recueillir les senti-
meiits, jugements ou arrêts rendus alors,
afin d^en faire une espèce de code à leur usage :
il en était quelques-uns qui même à cette épo-
(fae faisaient jurisprtideiice, et' adx^uelS les
mtt^l COirt^ â'àliimit* l^ t'OhM*âi^lënt , ^ïëû
qB'èlleé y ftisfeént étt«ângèr6î*5.
11 y en avait que nous ne pourrions citer,
tant ik étonneraienl a«^urd'htii ; il ^n est
d'âùtrès qiië nmis âllbïis tà](i|)ottef , pôiir eu
mieux faire connaître l'esprit :
A04 CnAHtOTTE DE VALOIS
« Qui n*est pas discret , ne peut aimer.
« L'amour n'est jamais stationnaire ; il va
« en augmentant ou en diminuant.
€ L'amour a coutume de ne pas loger dans
« le domicile de l'avarice.
< Un véritable amant doit être plus occupé
c de son amour que des sentiments qu'il ins*
a pire, etc., etc.* »
Les sentences ou jugements rendus nouvel*
lement trouvaient bien des récalcitrants, ce
qui prouvait moins de galanterie qu'autrefois
de la part des hommes ; cependant il se tint
quelques séances solennelles où l'on fit assaut
d'esprit devant ce tribunal féminin , soit pour
plaider sa cause, soit pour la défendre.
On voit combien des occupations aussi
futiles , pour ne pas dire excessivement .dan-
gereuses, avec l'amour-propre excité de Gbar-
* On peut consulter, pour plus de détails, VHiitoire ddt
TYoubadours^ par Jean de Nostradamus, frère de Tastrolo-
gue , et encore mieux l^ouvrage de M. Raynouard siir la même
matière.
ET JACQUES Dt: BHÉZÉ. 4 OS
lotie, devaieiit avoir de fâcheuses conséquon--
ces. Des rapports habituels entre personnes
Alites pour s'apprécier, firent naître des occa^
rions funestes , dont la légèreté de la comtesse
de Maulévrier, qui n'avait que l'apparence
prétentieuse de la solidité, ne lui permit pas é$
s'apercevoir; peut-être l'entraînement fut-il
supérieur à sa volonté , mais elle ne résista
point à la brillante renommée et aux aimables
séductions d^un prince que l'on regardait
comme le phis accompli de son tenips. Elle
finit par oublier ses devoirs , sans que les ap-
parences fussent blessantes; au moins le
croyait-elle ainsi.
La duchesse de Nemours elle-même , et sans
le vouloir assurément , avait contribué à faire
naître cette passion doublement coupable , en
roidtipliant ses rapports avec Charlotte
à la longue des avertissements lui parvinrent
sans doute , car elle se brouilla avec la comr
tesse de Maulévrier ; mais comme elle passait,
dans sa jeunesse, pour être un peu fantas-
que , la rupture n'eut pas tout l'éclat qu'elle
aurait pu avoir ; peut-être aussi ne s'étaitHm
406 CHARLOTTE DE VALOIS
arrêté qu'aux propos soupçonneux , sans vott^
Joir en ccmstater la réalité.
On ajoutait aussi qu'il pourrait bien yavô4l
^e la part de Louise d'Anjou , un petit setfl^
ment d'BnVieuse avarice, fondé stli' la phfe
grande fortune ou pl&s brillante existéncfe tàh
la comtesse de Maulérrîer , ee qu'elle »e lui
pardonnait guère* Et lorsque nous poi^lOM
d'avarice ,.158 n'est pas avec le sens par leqùeî t*
monde l'explique , qui est d'amaisser ot su* t>r
«aa se privant du fetrict nécessaire ; tnais Û^^
frès les enseignemefiM de TÉglise^ tAs^ûëf^^
mour immodéré des richesses au-delà ^ iiéi'
cessaire, soit qu'on les possède, sbit îteule^
ment qu oa les désire. On sent bien que sui^ ce
chapitre beaucoup se fofft illùsien ; mais c'^eai
Ik aussi q}ie se t^buvë le contraire de la
pauvreté sipiriiuelle par le détacbeméot dei
bieaa decroflàonde^ la pauvreté par le 0461^*4
aans laquelle 06 :ir& pdut allél*'an cieL • i ^
, ^u»\t9Ltà , lors des malheurs (j[ue le éieina^
cumulb sur la tête de sou époux v la duehemb
éë N«nj9Éts {>ri)IURO atitf a route plus sàv(Bfi
0ir ?eUè était . tracée :pmr Ta^iotiofi v elle • ae
ET lACQUES DK BAtÊt. f4ft
tourna vers le seul consolateur qui lui fit aQ^
eepter ses poignantes douleurs , en esprit ^é
soumission et de satisfaction^
L'on sait combien les individus itont isolée
dads les réunions très nombreuses, et de
quelle véritable liberté on y jouit, sous cet*-
tains rappoi-ts; aussi est-il moins diftidile
à une f^ntne^ dans le tourbillon du grand
monde , de cacher des écarts ^ que les règles
primitives de la plus simple bienséance, Tobli^
géraient. à ne jaiùais enfreindre; mais qu^
qu'habile qu'elle puisse être à cet égard, il né
faut pas qu'elle se dissimule un fait cpnslant ^
irrévocable, c'est que sans parler de la présence
de Dieu, à laquelle nul ne peut se soustraire;
il est encore des yeux clairvoyants , qui bieri*-
tôl ne s'en tiennent plus au jugement tcsnéN
rairew Une confidence de cette nature à 4art
de diarmes pour celle qui la fait sdu^ leiseèret^
atec là conviction intime qu'elle sera réj^étéef
Gemment cela n'arriverait-il pas aux femnies
mo^ëaineâ et désœuvi^eisv ou {dulôtiifiMM
iàes ti'ès occupées » ibais de futilités vam«^
teuses^ lorsqu'elles tie sont paâ^fjgèreqsosç:
«
'à
108 GHAHLOTTE DE VALOIS
aussi n'en recueiileiil-eiles que du vide, de
l'ennui, peut-être du dégoût, et certainement
quelques tempêtes , car elles ne sèment que
du vent, et n'appliquent jamais leur esprit à la
méditation des grandes vérités de notre but
dans ce monde , qui sont nos fins dernières.
Les yeux qui ont vu, qui ont compris ce
que l'on croyait bien caché, sont peut-être
ceux d'une femme qui avait les mêmes pré^
tentions, qui s'est trouvée offensée d'une pré*
férence dont elle se croyait plus digne ; la ja-
lousie, l'exigence s'en mêle, ou ne devine pas
pourquoi, on ne se l'avoue pas h soi-même;
mais on crie tout bas au scandale , on ne con*<
çoit pas cette impudence, ce cynisme et bien
d'autres propos encore ; car une femme à là
mode, à proprement parler femme du monde
dans toute l'acception du mot, qu'est-elle au->
tre chose qu'une création de vanité, un nmne^
quin plus ou moins orné, qui se joue dans le
vide de ses idées, de ses conceptions, de ses
tendances et de ses projets?. . . et pour occuper.
sa nullité, compagne do son ennui, ne faut-ii
pas que le prochain soit le jouet de son lan-^
(T JACQUES DE UhÉZt. 409
gage, puisqu'il ne serait pas séant qu'elle par-
lât ou s^occupât toujours d'elle? Garez-vous
(le la femme coquette à la mode , quelque
nom qu'on ]ui donne, c'est la pire espèce de
toutes.
On ne cherche e.t on ne voit dans les joies
du monde, que des distractions à ses ennuis ;
mais sommes-nous donc ici-bas après la chute
originelle, pour ne rechercher que nossatis*
factions? Tout nous prouverait le contraire, si
nous y voulions réfléchir un peu; même au
milieu de nos joies les plus innocentes, de
nos plaisirs les plus purs, si Ton pouvait lire
au fond des cœurs, que d'apparences falla-
cieuses, que d'inanités au moins!... surtout
dans le tourbillon mondain que tant d'esprits
légers et insouciants recherchent et viennent
follement rejoindre pour en augmenter et
précipiter la vaine et dangereuse impul-
sion.
Malgré toute son adresse, Charlotte ne put
échapper aux censures de celles qui la voyaient
en apparence avec le plus d'empressement;
elle était devenue le sujet de mille petits ca-
4iê CHiRLOTTC DE VALOIS.
quels de coterie, au sujet du brillant Jacques
d'Ârmaguac , sans que Jacques de Bréié eAt
eiHiçu l'ombre d'un soupçon.
' •• 1
ÇBAPIIUS lU
le «ne «e Vtenonrt t'y »rlt ^ Fégârd au eomte «é
Maalévrler pour mieux eaclier Mn Jeu. — y*fl^mtn|ffBipfit
'4| «elr tfe ^^i inlélt revêtiu «e haiiu emplois. » le papt
«omie u pourpre aux eariltiuiux. — Le car4l|ifl Ifan B^VP*
.»
^. !
r 1^6 dueii^ Nemours multipliait ses visites à
Fikètel dç Qrézé, malgré les inquiétudes que
fï0»Tait eu épixmver sa femfne; mars il lui fal-
kk aiflpe ehose que les {riait^rs de TespHt
fmr motiver leur fréquence. La politique
SMimise ODCore une Ibis à Famour, en fut le
ff^étexte. n prit à tâche de soulever Tindigna-
tioQ de Jaccfuef ée Qrété^ontré teë éfctes (
442 CHAULOTTE DE VALOIS
roi, empreints de je iie sais quelle bassesse,
qui en effet devaient dégoûter des âmes hon-
nêtes. Ilréva, et fit le projet feint ou sérieux,
de ressusciter la ligue du bien publie , qut
était censée éteinte , et qui semblait néan-
moins, prendre alors un accroissement formi-
dable, sous son patronage occulte. Il en était
Tardent promoteur, malgré ses promesses $iu
roi, et il devait un jour, payer d'abord hoti-
teusement, puis trop chèrement, des complots
qui pouvaient n'avoir pas une portée aussi
haute qu'il le supposait, mais qui n'en étaient
pas moins en opposition flagrante avec sa pa-
role et ses promesses .
Il trouvait toujours le gouverneur de la
Normandie, oulré des actes injustes et criants
de Louis XI; les sujets ne manquaient pami et
semblaient se multiplier à cette époque; il iie
fut donc pas difficile en exaltant la loyauté du
caractère de Jacques de Brézé, et la générosité
de ses sentiments, de lui démontrer que tout
autre état de chose valait mieux. Il faut coih
venir aussi ^ que ces jeunes gens n'étaient
point encore de forts politiques, et ne mi*
ET JACQUES DR DRÉZÉ. 445
raient trop où ils auraient été, car il est plus
facile de critiquer et de détruire, que d'édi-
fier quelque chose de solide et de bon. On re-
grette quelquefois de petits abus , quand il
n'est plus temps. Toujours est-il , que le duc
de Nemours put l'entraîner dans son parti.
L'élévartion d'Olivier le Daim, celle de Tristan
l'Hermite, et de bien d'autres du plus bas
étage, révoltaient des âmes qui avaient hor-
reur des procédés ignobles. Une circonstance
en apparence étrangère aux événements qui
pouvaient entretenir en France la mauvaise
humeur des mécontents , fut celle qui déter-
mina le comte de Maulévrier à se lier étroite-
ment avec Jacques d'Ârmagnac; Jean Balue, fils
d' lin tailleur ou d'un meunier, après avoir été
secrétaire de Févéque d'Angers et son exécu-
teur testamentaire, circonstance dans laquelle
il né s'était pas oublié, parvint à force d'intri-
gues à se faire présenter à Louis XI , par le
comte de Melun. Le roi crut reconnaître eu
cet homme un caractère ambitieux et propre
à ses desseins, il en fît d'abord son trésorier,
et lui donna diverses abbayes, entr'autres celle
3
44 iî CitAnLOTTE DR VALOIS
de SainIrOaen de Rouen, puis il le fit érèqm
d'Ëvreux.
Paul H, en 4465, qui venait de conférer ia
]pourpre aux cardinaux , voulait obtenir Ta-
bdlition en Frftnee de ia pragmatique sémcUm^
é^Uie par Charles Vil contre le gré de$ sos*
verainis pontifès^ le* pape ayant trouvé qiwt-
Hfùie résistance à cet égard, Baloe se mit Ml
Ttvant, et prit Tengag^sment de la faire abolir;
en effet, à force d'intrigue et d'adresse, il y
parvint ; de plus , il fit écrire par Louis XI wa
pape, que son désir d'être soumis à la eoor
de Rome, lui avait fait abolir cette loi, malgré
l'avis de ses conseillers, et qu'il espérait bien
que sa ^intelé voudrait aussi lui être agréa-
ble, en créant cardinal Jean Balue, alcrïns
évéque d'Angers , car il avait changé de siège.
Paul II ne put refuser ce que demandait le
roi de France dans une circonstance si im-
portante à ses yeux , et l'indigne miuistoe
^des autels, ignoble dans -ses propos gabots
qui bleèsaient encore {dus dans la biiii^e d*«ii
homme de sa robe, devînt cardinal du titre de
dîiintoSuranne.
ET JAGQUKS DE BRÉZÉ. >I45
Cette haute dignité, cette faveur si rare,
tombée sur un être méprisé généralement,
inspira le dégoût à tous les gens de cœur, et
Ton s'en exprimait ouvertement. Jacques de
Brézé avec la rudesse de ses premiers mouve-
ments, ne fut pas le dernier à faire connaître
sa manière de voir, et le duc de Nemours pro-
fita adroitement de cette disposition pour le
faire entrer dans sa ligue, en lui confiant ses
projets de réforme pour le biep général.
L'amour de la patrie dominait chez le jeune
comte de Maulévrier tous ses autres senti-
ments, et il crut de son devoir de travailler à
la réforme de ce qu'il trouvait mal .
Une fois liés par leurs opinions et leur ac-
tion politique, leurs relations habituelles s'ex-
pliquaient naturellement aux yeux du séné-
chal, dont il fut facile au duc de Nemours de
tromper la bonne foi.
CHAPITRE Illl
CMaMcnt La? crgiM s'ayerçoit ûtê InlMéUtés de GlHirlottc. ^
L*a¥ertlMeiiicBl ta*li m le cooraffe de lui donner. — Il vent
fotticr Parte' paor retomer a ftoavres. — lacqnei «e Br<B«
l'en vent empêclier. — Établissement de la poste. — Adlenx
des «tn iMto. •-• Be l'InItatloB de lésiit-caulst. -- Ba l*taiprl«
■wrle*
Lftvergne, pour des causes ou par des mo-
tifs que nous n'avons pas d'intérêt à démêler
quant à présent, mais qui s'expliqueront plus
tard , et dont lui-même était loin de se rendre
un compte bien positif , fut plus clairvoyant ;
il ne put douter de l'infidélité de Charlotte ea-^
vers son époux. Sa douleur fui profonde, et
il fut quelque temps sans savoir à quoi il devait
us OHABLOTTE DE VALOIS
sedéterminer. Enfin, après bien des réflexions,
il se décida à voir la comtesse de Maulé-
vrier en particulier, et avec tous les ménage-
ments, toute la délicatesse que commande une
démarche aussi épineuse , il lui fait entendre
qu'il sait tout , il ose lui rappeler ses devoirs
et la sainteté du lien conjugal.
Charlotte surprise, étonnée, révoltée, vou-
lut nier d*abord , puis convaincue que Laver-
gne mm% de» pleures hi(mite9^Uaé emsfopê
elle 9 elle se répandit en meimces éelatairtw ,
mat» fien B'^wanlank k» eonviotioB» àemoa-
reuses de Lavergne, elle descendit aux prières,
et même avec cette adroite séduction qu'elle
savait employer à propos, elle osa faire des
promesses
A la fin, potip fie pas dettiéttrer pkâ MAg-
tètapi aaxxii lé dkâi*fit)e, pônr là rasâtifer, téa-
cMitagêf et tt«]9lttâ titttt souffrir :
H^ « Mâdattfé, lut dit-it, jettôCiniiis riéH
f&eft moi daits ces cruelles («IfcônstatKSeS;
flo^s tout pour Vous et pour mou àtui, s^He^
uàit & décotivrii' son iualheur. Vôiié ù'siVtHl
ET JACQUBS De l^Kt^* A 49
porterai jamais Tombre d'un doute dans l'es-
prit de mon frère; j'ai cru que mon devoir
Hft'obligeait à vous donner un salutaire avey-<
tlsaement^ je l'ai accompli avec un douloureux
serrement de cœur ; déswmais Dieu vous con«
duiae. »
La comtesse de Maulé vrier d'abord éUmnée^
émue, irrésdiue^ eût peu a{Nrès le malheur de
revoir Jacques d'Armagnac, et ses incertitudes
eessètent. Rassurée par ladédaration loyale et
cbaritable de Lavergne^ comptant sur sa di»»
erétion , elle ne garda phis de ménagemeût»
aree le duc de Nemours*
Cependant Lavergne viut trouver son ami,
lui dit que le séjour de la ville et de la eour ne
lui convenait pas; le repos et T inactivité
ne pouvaient lui aller; il avait besoin donooih
vement de la guerre , ou d'une occupation
quelconque qui pût l'empédher de se livrer aux
fantaisies dangereuses de^son imagination ; il
avait envie d'aller revoir les lieux de leur en^
iaoee , et surtout de consulter le P. Donatien
sur la conduite qu'il aurait à tenir dans ses
projets»
420 CHARLOTTE DE VALOIS.
— € Comment, frère, lui dit Jacques de Brézé,
tu voudrais nous quitter? nous qui t'aimons
tous depuis si longtemps!.... voudrais-tu te
faire ermite ou religieux ? aller peut-être à
Rhodes combattre les infidèles ?... mais pour-
quoi pas te marier au milieu de nous ? les gen-
tilles damoiselles ne te manqueront pas.
— € Non, mon cher frère et cher maître, je
ne puis rester ici ; cet air de cour ne me va
point , je ne sais moi-même encore à quoi je
suis destiné , mais j'ai Tâme triste et abattue^
le bon P. Donatien débrouillera cela ; je ne
veux pas encore me marier; je ne sais si je se-
rai d'église ou si je dois entrer dans la religion
de Saint-Jean-deJérusalem, mais avant tout
j'ai besoin de la solitude de Rouvres, où ce-
pendant je ne retrouverai plusni tendre mère,
ni bonne marraine ; il faut que je parte et sans
retard probablement. >
Un long débat s'établit entre les deux frères
de lait et d'armes, car ils avaient été armés
chevaliers ensemble après la bataille de Mont-
Ihéry , par le maréchal Rouault de Gamache,
qui avait été témoin de leur bravoure et d'une
ET IACQU£S DB BBÉZA. 424
action d'éclat où ils avaient figuré de la ma«
nière la plus remarquable ; ils ne purent re«-
cevoir Thonneur d'être chaussés de Téperon
d'or par le maréchal de Montberon, qui l'avait
promis à leur baptême, car la mort, peu sou-
cieuse des promesses humaines, l'avait enlevé
bien des années auparavant.
Tout ce que le comte de Maulévrier put ob-
tenir de Lavergne, ce fut qu'il lui accorderait
dix jours encore, et si alors il persistait dans sa
résolution, il lui rendrait sa liberté.
Les dix jours furent un long martyre pour
l'ami fidèle, car les prétextes du bien public ne
manquèrent pas au duc de Nemours pour le
ramener à l'hôtel de Brézé.
Enfin le départ fut arrêté. Ce furent de vé-
ritables sanglots qui suffoquèrent les deux
amis : cependant, comme il fallait se quitter,
Jacques de Brézé prit la parole et dit :
— € Tu le veux donc , mon cher Yacoûbo,
nous allons nous séparer ; mais je pense que
tu profiteras de l'établissement qu'a formé
le roi notre maître , pour transporter les
lettres d'un bout de la France à l'autre, et que
423 GHABLOTTE DE VALOIS
tu m'écriras souyent *. Quand ton cœur n'y se-
rait pas porté, tu y serais obligé par devoir, car
j'ai voulu pourvoir à ton avenir , je n'eusse ja-
mais songé à t'iuvestir de fonctions qui pou^
vaient t'éloigner de moi, mais tu l'exiges sana
que je puisse en démêler le motif; quel qu'il
soit je le respecte, oar tu as toujours été si
chrétien , si misonnable , que je ne puis te
supposer qu'un but honorable.Or tu sais, qu'iih>
vesti des charges de gouverneur et grand^aé*
néchal de Normandie, de celle de sénéchal 4u
Poitou et d'Anjou, ayee d'autres fonctions de
gueire ou de cour, je ne puis facilement ren^
drè bonne justice dans mes propres dotnainea
que je n'habite pas« Le commandement duv
château de Rouvres est vacant, et c'est toi
que j'y ai nommé, non*seulement comme
commandant de cette place, mais comme
bailly de fous nies domaines du pays chav-
train* Voici les brevets que j ai fait expédier
par mon chapelain ; Charlotte y a voulu joia-
dre les mêmes pouvoirs pour Houdan at Ver^
* têt m édit daté de tucheux (Somme), le* . . . iêU^
• » . ;
ET ntavM i>£ tîAii. 4iS
MDy qui dépendent d'elle. Notre seigneurie
rei a tout approuvé. Tiens mon thâteau de
Rouvres, avee sa forteresse et ses dépendant
ces, en bon état ; je n^aî pas besoin de te re-
commander spécialement notre belle chapelle;
mais n'oublie pas surtout de bien entretenir
la communication par les souterrains entre le
chAteau et ta ferme de la Cooronne ; ce point
peut devenir important dans les cii'constances
qni se préparent. Voici les clefs des portes
sonterraines que nous connaissons depuis nô-
tre jeune âge, mais que je n'avais pas cru de-
voir confier à ton prédécesseur. »
Après de longs adieux et de profonds sou-
pirs, les deux amis se séparèrent.
Jacques de Lavergne, à peine arrivé â Rou-
vres , alla ouvrir son âme au bon prieur , il
Idl confia les secrets de son cœur, et déjà ces
confidences amenèrent du calme dans son es-
prit; car le P. Donatien était, comme nous
• *
f Avons dit, un homme de Dieu, qui avait l'ex-
périeuce des choses de la terre, tl était versé^
dans la connaissance du cœur des faibles
créatures ; il nourrissait soia àm« de la médi-
]2A CHAELOTTE DE VALOIS.
tâtion habituelle d'un livre nouveau à celte
époque , intitulé de Imitatione J.-C : on l'at-
tribuait à Tbomas-à-Kempis, moine flamand,
mort en odeur de sainteté en 4 474 (c). La dé-
couverte de l'imprimerie, vers 4440, com-
mençait à multiplier les livres dont le prieur
avait une assez grande quantité; il avait bien
six-vingts ouvrages manuscrits , c'était beau-
coup pour l'époque.
Ce fut, en effet, pendant le règue de
Louis XI, que deux frèreis Allemands , Martin
et Michel Ulrich , attirés par le roi , établirent
à Paris, la première imprimerie, et le pre-
mier ouvrage qu'ils firent paraître , fut dédié
à ce prince ; il a pour titre : Spéculum viUe
Humanœ (d).
Le roi aimait les belles-lettres, on a con-
servé de lui , une correspondance pleine d'in-
térêt et d'événements curieux ; on lui attribue
aussi, un ouvrage intitulé : Le Rosier des guer^
res; et son bibliothécaire, Gaguin, a laissé
un souvenir parmi les savants.
(e) Voir la note à la fin du volume.
{d) Voir la note à la llu du volume.
mmi HT
Comment le Mron de LaroclieroacaaUl donna de bons «vis à
lac^noo de Bréié. — ^ojet de la conférence de Péronne, CMn-
iMttae par les membres influents du Conseil-Royal. — Louis
deLa Trémoullle, lean de Montmorency» Gantier de Fems«e.
sei^enr d'Escars, lean de Laroctaefoucanid, éloignés volon-
lalrement et par défoat de ce «ni se passait. ^ lacqnes de
Bréié accomiiaffne Louis XI à Péronne. — lean Balne mis en
eacc. — * MauTaise toomeur du comte de ManléTrier.
Bien que Charlotte fut rassurée par le dé-
paii; de Jacques de Lavergno, qu'elle avait favo-
risé de tout son pouvoir, puisqu'il le fixait loin
d'elle; sa position ne lui permettait pas de s'î-
Foler tellement de son entourage, qu'il ne
transpirât quelque chose de sa conduite; Jean
de Larochefoueauld , pour remplir dignement
la confiance de feu sônaraî, s'était impatro-
>i26 CHARLOTTE DE VALOIS
nisé dans l'intérieur du comte de Maulévrier,
et ne fut pas le dernier à s'apercevoir de
quelque chose de louche , et dans la conduite
de Charlotte et aussi dans les menées sourdes
de Jacques d'ÀriQ^LgBIie^ qui semblait y en-
traîner le comte de Maulévrier.
Le baron de Larochefoucauld , avec son ex-
périence des affaires , prit à tâche d'arracher
ces jeunes gens à des séductions qui , des
deux cdtés peument les entraîner tltns de
gmadS' »iaUi6uti»«
<— € Mon ami , dit-il un jour à Jacques de
Brézé y tu m'as l'air de n'être pas satiA&it
de cjd qui se passe? je ne dis pas que tu aies
tort absolument ; mais vois-tu , à ta place , je
garderais mon mécontentement pour moi seul.
— < Comment, sire Jeau, vous que j'honore
à r^al de mon père , pouvez-vous blâmer la
révolte de mon âme, sur tout ce que nous
voyons ?
►— € Non. . . Mais sais-tu que si le roi apprend
certaines choses , vous courez tous de grandie
dangers?
,-rj« Que m'importe l
ET JACQUES DE hnizt^ A1&
— cil m'importe, moi ; îl ne sera pas dit que
le fils de mon ami , aura fait une sottise jus-
qu'au bout , sans que je Taie averti.
— € Aurait-il été question de nous au con-
seil, messire?
— cNon , pas encore, IMeu merci, car je
ne pourrais plus t'en parler ; mais cela porn^
raît arriver; préviens la chose.
— € Comment?
— € Rien de plus simple, mon amî t N*es4ci
pas gouverneur de Noiniandie et grand-séné-
chal encore ? Demande au roi de te permettre
d^y résider ; dans ta capitale, de Rouen, où tu
as Tordre à rétablir. N'en dis rien à ta femrfte,
avant que la chose soit faite , car elle est ha-
bituée à ce séjour-ci, elle voudrait t'en détbttr-
'ner, et tu céderais; au lieu qiie quand ce
sera un ordre du roi, elle pleurera bien un
peu, mais il faudra obéir, vous vous en
trouverez bien tous les deux. D^aHIeurs,
votre désir à tous , jeunes têtes , de redresser
le monde , est aujourd'hui à peu près peine
perdue; mais si quelque chose se perd de plus,
ce sera vous, entends-tu bien?
428 CflAI\LOTTE DE VALOIS
— « Vous pourriez bien avoir rarsoil , mes-
sire... C'est une idée lumineuse , que je dois
h vôtre bonne amitié.
— € Pour moi , vraiment, aussitôt qu'il se
présentera une position convenable dans ma
province , je la demande et je m'y retire, pour
mettre la dernière main aux fortifications,
que le roi m'a permis de faire faire à Marcîllac,
et ne plus me mêler de tout ce qui se passe,
et me dégoûte infiniment, i»
La conversation se prolongea sur ce thème,
et il fut convenu que le baron de Laroche-
foucauld, à la première occasion favorable
qui se présenterait au conseil , proposerait
au roi d'exiger que les gouverneurs des pro*
vînces y allassent résider , et que si Sa Majesté
n'agréait pas la chose généralement , la de-
mande en serait faite spécialement pour le gou-
vernement de la Normandie; le long séjour
des Anglais dans cette riche province , avait
fait beaucoup de mal, en en modifiant l'esprit.
Les choses en étaient là , lorsqu'arriva Tan-
née ^ 468. Elle fut remarquable , par le danger
que le roi courut; et tqujours par la confiance
ET JACQUES DE BRÉZÉ. 429
qu'il avait danis sa finesse , qu'il préférait à
la droiture, et aussi parles insinuations du
cardinal Balue , qui peut-être le trahissait
alors. Nous voulons parler de la conférence
de Péronne, à laquelle Louis XI voulut dd
rendre , bien que son conseil, à l'unanimité,
fût d'un avis contraire. Il faut convenir , ce-
pendant, que parmi les conseillers de la cou*
ronne, s'en trouvait de capables, dont la
loyauté ne pouvait être mise en doute. Au
premier rang , on peut nommer Louis de la
Trémollle , conseiller et chambellan de Chai^
jes VII; Jean II, de Montmorency, ayant les
mêmes fonctions , qui tous deux dégoûtés , se
retirèrent dans leurs terres; Gautier de Pé-
russe seigneur d'Escars, allié par sa seconda
femme Andrée de Montberon, à Jacques de
Brézé , également conseiller et chambellan du
roi , se lotira de même. Jean baron de Laro-
^ehefoucauld; Tami de feu Pierre de Brézé ,
dont nous avons déjà parlé , avait été nommé
conime eux , conseiller et chambellan de Char-
les VII; il avait Texpérience des affaires et
fut un des plus opposés à ce voyage qu'il con-
I8# cmmimn. tm fMms
màév$k 4ii&nmm «i«i fôè^ teeda ^r te éum lip
Bom^goi^ , €t craabaittit ce projet fMqs'Mi
éer«Mr fiQOHient*
LewB M , 4ioi «n'Mmait g«èro ies ^naîtra ittu
tions , tPOuiTJL I« moye» d'élaiguer kKmBràAêf
ittest^ fièseigneiir^oppoMEit; peiH-étpelem
m6iu64i aoe fMiirtâe decette décisma ; tot^^mf
esWil , qu'il fallait un fcurremeiir à ChariM
dDidéaiis^ et le ibre¥et 1m tm fût iespéépé*
avee oehii de ^éiiécbal de Péri^rd ; de fdns»
ie mi fiemoKi «ob amt e^ jfS^o/ couiâii ^ eafl-
tSBiie 4e i4^ ianees et Ae lOO brigaditâers^
^ys 4e JSmjrtâSttgse et ^I'Ab^oheboîs. Si mK
Crêpées ioeeiîojiis téio^MaîeMt ie sei^pem^ée
Lamefaefoi]€ifl|ild eu toaseail pafdsra ide la<Mtt-
TeiMie^ ^le« {^laijrraieBl;^ au œoÎBs, 4|«^«i
aTsit lieu de l'appréeler.. On e^ ifs^ c'tttàé
tpjti fat k pare de Enaflfeîs ile ianoduefan^
eflwM^ Ifiqiad «ut d'ttsâgnetfaoniUBiir 4e
Ji»f*d6siMts4e baf^ténie^, le Mi Fmasaiê
'^4eluidkiaiiier ^aan neœ. Aiitsi^ liefons
iteaips , tous les maosiinûeiâe eej^ îHusAne
inMe, n'^nl fM6ieieesé4eiri^ppiler)û«tfé«râ
BT^ JACQUES VfR MtiÉ. 4tH
méirt , en donnant ee nom à leurs ffls , lors de
leiirfcttptéiiie.
Jm^osb 4e Sréeé , fut dé^gné p» le ret^
pewr faire partie de {^escorte qui devait Tae^
■ieempagnpr dans son expédition de Pérwne*;
Jmd qvm la partie tie !ui plût guère , et qif il
*eftt wé^jim dè&-k>rs être dans son gûuverneBieHt
de liormatiâie ^ il fallut obéir ; il laissa la eom-
tease îde Maaléyrier maîtresse de ses acâens^
sans se douter qu'elle pouvait en abuser , tant
sa4)eniiaoee était entière.
Tout le monde sait ee qui se passa dans la
Jpraieuse entrevue de Péronne , et le roi put, à
son retour , ee félic^ér d'avoir échappé an
daller , «n ee faisant ouvrir les fflets, que le
4ue de Boui^ogne avait fait tendre autour de
hÂ. Le <oaiidioal Qalue , paya l'expédition ; fl
4tft ims eu prison , malgré la pourpre dont il
4tait 4POv6tu , ee qui ne kissa pas que de fairà
«KaitM^^assez sérieuses difSeoltés avec laeour
de Rome.
Le comte de Maulévrier revint mécontent ;
il Tétait de plus en plus de tout ce qui se pas-
sait, et l'exprimait hautement avec sa brus-
452 CHARLOTTE DE VALOIS.
querie accoutumée ; toujours loyalement et
sans craindre ce qui pouvait en résulter^
pour un homme dlionueur, la droiture des
actions , lui semblaitla seule route convenaUc
et digne. Il s'en fallait de beaucoup qu'il en
fût ainsi dans les actes émanés du roi , qui^
craignant l'influence que le comte de Maulé-
vrier aurait pu avoir dans son gouvernement ,
avait refusé de l'y laisser aller et le retenait ,
en quelque sorte , captif près de lui.
Les lettrés de Lavergne , apportaient quel*
ques douces consolations à ses noires bum^rs;
le jour où Jacques de Brézé en avait reçu.'^
était presque un jour de fête , et il enviait à
son ami, le pouvoir qu'il avait de faire le
bien suivant le penchant de son cœur et sans
contradiction. Il le disait quelquefois dans ses
réponses , et lui promettait bien , que s'il ar-
rivait qu'il pût être libre un jour , il irait vite
se jeter dans les bras de son cher Yacoûbo ^ à
Rouvres.
CHARLOTTE DE VALOIS
BASTABI» DB FRAIMCX,
ET
les M Jacques infortunés.
LIVRE DEUXIÈME.
« SI voire œil vous Chl un «ujci de kcuiuIuU* ti
« une occasion de (m^m-Ik^, arrarlic^lc <!l JcUt/-U)
« loin de vous; i»i vulrc tunïu ynu^tCfl un i»uji*l do
« scandale et une oci:a*<ion de in'x'Im', ro<i|M-/-la
u et jeicz'la loin de vou;» , car M vaut mieux
M qu'un de tos membrei» \iéii*êtt qu«; «i toui le
" corps entier était Jeté d«tn» VttuUtr. n
LIVRE DEUXIÈME.
amm h
t» ê*mé élâMI «• MM vâwpgtts talM- M 9iiMr et
lac%acs 4e Laversne. — Gelnl-d risçoit ane lettre qnl le troo-
Me. -*llé«MaileleP. •oiNMIeB.—ftoMfsll, iMCrttttfdwflM.
I0et de Jacques ëe Brézé , l^e^Ule à Roa%res. — De l'ordre 4tB
Mkit-ttfciiei. ~ De Ui mriMaiiee «ftDaiipDhi. — Sottvenlr tfe Éi
MajgM^rtfc - ArrlxM «n. conte «e Itaiiieviler à «oa ckAtei^
ée Douvres*
Puiaque oous parUnis de Rduvrefi^ now y
reviandroQs aussi eu disaut que les rektiois
presque jaurualières du ]eune cooHuaodaat
avec le prieur fuient utiks au premier, ums
Uw& les rapports- Sa cooscieiiee firt éclairée
et raffermie; de plus^ le bon religieiiXi coiifi-
AS6 CHARLOTTE DE VALOIS
dent des malheurs de la contrée, put facile-
ment donner à Lavergne de précieux rensei-
gnements pour rendre bonne justice.
Il y avait à peine trois ans qu'il était retiré
au château de Rouvres, gouvernant les do-
maines du comte de Maulévrier, où il avait
des occupations multipliées; il y avait, di-
sions nous, trois ans qu'il faisait beaucoup de
bien, malgré sa jeunesse, par sa conduite et la
rectitude de son jugement, lorsqu'il reçut un
message dont le contenu assombrit singuliè-
rement son front. Il lisait et relisait cette let-
tre, appuyait sa tête sur sa main, soupirait,
puis marchait à grands pas , puis s'arrêtait
comme un homme qui est frappé d'un t^oup
funeste et imprévu , coup qui devait exiger
une détermination prompte et énergique.
Une demi-heui'e après, le commandant n'a-
vait point encore prononcé un seul mot; enfin
il se lève et se rend avec précipitation chei le
prieur. Celui-ci n'était pas dans sa cellule; il
était près d'un moribond, à qui il aidait à pas^
ser le redoutable moment qui décide de notre
éternité bienheureuse, ou trop souvent qui dé-
ET lACOtES DE BUÉZÉ. 157
termine uotre véritable mort. Lavergne Tat-
teDdit, avec des marques visibles d'impalien-
ce, pendant une demi-journée; eaân le boû
P. Donatien parut : Lavergne se précipite à sa
rencontre, la lettre en main :
— cÂh! mon père, voyez combien je suis
. malbeureux ! lisez et donnez -moi conseil :
dois-je fuir encore?... Mais ils sont malheu-
reux sans doute P »
Le prieur lut et vit que le comte de Maulé*
vrier annonçait sa prochaine arrivée à son
château de Rouvres, pour rhabiter avec son
épouse et ses cinq enfants, parce qu'il avait
déplu au roi. Point d'autres détails.
En effet, Louis XI, instruit des menées
sourdes du duc de Nemours, parvint à savoir
que Jacques de Brézé avait des relations habi-
tuelles avec ce chef de révoltés.' Déjà , lors de
la création de Tordre de Saint-Michel, que le
roi avait institué en 4 469, parce que celui de
TËtoile était tombé en discrédit par sa profu-
sion, il n'avait point compris le gouverneur,
grand:sénéchal de Noritiandie, dans la pro-
motion des trente-six chevaliers qui devaient
438 CHA^MLOVTË DE ViOiOlS
fôQ fixer le nombre ; c'était un commencemMl
de disgrâce: Mais^ n'ayant rien absolument de
fùdài quant à la culpabilité de Jacques de
Brézé^ il se contenta pkts tard de sépwer a
que le prétexte du Uen ptibUc arvait uiiis^
kntcdui-ei.daafi ae»t€^re»y«t faiisanienlermer
le due de NeffiOW»à la Bastille, sai^ à yoii? fins
tard ee qpa'U aurait à fake. Ne fiourraitrOii
pas attribuer cette brusque déterminatioa à \%
contrariété qu'éprouva Louis XI y lors de la
BffiiSsaifeM 4» da»ii^% en 4470? Après aywr
léiigtM»ps soupiré de n'avoir vu survivre^n^
ae» filles^ ^ en avoir Irop souvent rend» bi
reine en qi^lque sorte riisponsable» l'arriirâ^
ée cet enfant» lovsqu'ik n'était plus jeune^ le
mit de inéd[)anite humt»w> parce qi^'il vc^ifaîjt
déjà 0n lu» Mn auccegseur au tréoe ! « ..» On eiit
Ue« de soilfhçocltter aussi que le roi^ en faiswit
flur^eiltejr Fbètf^de Bi?ézé> 6iit> iniitrait ^ m-
ÂdniAés de focque» dfArmafnie^ IcHraq^e s»
(Mm &'j trouvait 9eula^etqtteles<pi^f#k#^
kn bohémienne liii i^venaal à la saétiwire^* il
m
pril le: parti de brusquer la s^^atîon | aï m
eflél la déeiskin dure» était fondée sur ee der*-
Ef JACQUES Sri BRÉ^. iSè
nier motif , il fut étrangement trompé âatt^
son but ; car il était sans dotrte lofn (te soup*
çonner qn*en empêchant les relations de Jké^
ques d'Armagnac avec Charlotte , il assm^it
en quelque sorte la suite des pronostics mena-
çants de la Motcbigai,
Les supplications de la comtesse de Maulé-
vrier ne purent rien sur Tesprit de son frère,
qui lui laissa même entrevoir qu'il était plus
instruit qu'elle ne l'eût voulu sans doute de
son tendre intérêt pour le duc dé Nemours.
Charlotte p1eui*a amèrement, beaucoup plus
de sa séparation que de la disgrâce de son
mari ; mais elle put facilement cacher les vé-
ritables motifs de ses larmes, qui s'accordaient
si naturellement en apparence avec la dis-
grâce de son époux.
Le prieur, après avoir longuement réfléchi
et fait à longs intervalles quelques questions
àLavergne, allait donner des consdls, lors-
qu'un grand mouvement se fit au château ; les
clairons sonnèrent, le cri des sentinelles se fit
entendre, et au milieu du tumulte, on dis-
tingua facilement que c'était le comte de Mau-
140 CHARLOTTE D£ VALOIS.
* • - '
lévrier qui arrivait avec sa famille et sa suite :
force fut au commandant d'aller au devant de
lui» sans avoir pu être fixé par les conseils du
P. Donatien.
dunni vu,
le c^pMte «e Mialévricr faTrcfs à Ma c Mt ê— tfe
■•■vrcs. — GomplIiiieBC do P. priew* à la comimm de MtiiM-
vrler.'— laMalMitleB. — Matolr ««e CtarlMie tr^a^alc à flulre
et Ml mailqac. — Bons effets et» prMIcatiMM et éet prières
êmP
Lavergne fut bientôt au courant de la cause
qui amenait Jacques de Brézé à Rouvres, et
ils n'étaient pas encore arrivés à Tapparte-
ment principal ^ que tout avait été confié à
Tamitié.
Le P. Prieur instruit par le commandant,
se rendit des premiers auprès du comte de
Maulévrier ; il allait lui adresser un discours.
^42 CHARLOTTE DE VALOIS
en commeuçant par « Monseigneur, » lorsque
Jacques de Brézé se jeta au cou du bon reli-
gieux, el s'écria :
— € Ah ! mon père , appelez-moi toujours
votre fils, comme au temps de ma première
communion et de notre séparation.
— c Eh bien, mem cfber fils, laissez-moi
adresser quelques paroles à votre illustre
épouse. *
S'approchant alors de Charlotte, sombre
^ Mbmtm, h S.liBmeââ6m ^ajMtèi km ùmoBt
iait wMi iNSofiônde iA^Uo^Uon^ >ki ^dib; : -
€ Madame,
ç Le ciel en vous faisant naître aux abords
des marches du trône, et en vous entourant
.de9 sédnisaptç^ déçepjtiQ>QS d& lalo^Um^, mous
avait traitée .i^vec nu)ii^ di^ faveurs ij^u'ajujonf-
d'hui , Q^ vous ^es^entez le gojût ^jfisr de Ifi
disjj^âce. ParjjlpQne^moi la liberté de ce Jugf
gage familier, que me dicte mon afifeetian 41$
qipn entier df^yçmeiaxei^pQjj^ r^qguBte épopse
de cplui;j qui encore efl ce fljomepi;,, flpfppiJqjBir
ne d^ ri^p|)çjer v^^uÂ^f^. P4,Ma!da«),e4çi,4ar
toarée ée corar s sinapIeB, naisidévoQés h Iwn
«alfms» i/mis «ères plue à Déeu 4|m vom a
créée ftmr lui, vous comprendrez «davia^ti^
fM k ine n'eat le plus soiv^mit qn'uoo ht'û'
itmâB illusioii ; ici ^ voas pourrez deereiûr vu
modèle de résignation et un eioemple de tanim
les vertus. Rien ne sera perdu pour ceux qui
déjpendent de yous, car les exemples des
^'ands ont une immense influence sur ceux
gùi sont au-dessous d'eux ; votre fortune peut
soulager de grandes roisènres, et au milieu de
votre opulent entourage, vous pourrez prou-
ver jpéanmoins que vous possédez Fesprit de
jmuvreté en secourant Fiodigent, Fesprit dliv-
nulité en descendant jusqu'à lui. Vous ne trou-
verez point ici ^ Madame, les formes adoucies
des couKs, mais la vulgarité de nos manières
ne vous blesî?era pas longtemps , si vous vou-
lez considérer tout ce qu'il y a de grand dans
•jes ùmm raiofaelôes m piw du sajqg gdorable
-àe Jésdtis-CïiFist. Pms ^m>n exemple j si voijus
«maz jbs jiauLVFes petii» aa£94jyts de ^qs 4omai-
A^s, wêm B^fm digue ^u'au jour supprime , oii
:fe Bwve^raw juge grmém^m^ M ^e/)t^Qce 4é-
444 CHAnLOTTE DE VALOIS
finitive, il vous dise en vous désignant oné
place élevée, qui ne pourra plus vous être en-
levée : c Ma fille, vous m'avez aimé dans mes
€ membres pauvres et souffrants , vous êtes
« descendue jusqu'aux plus petits , mainte-
c nant montez plus haut. »
Bientôt les nouveaux habitants de Rouvres
arrangèrent leur existence de façon à y passer
le temps d'une manière utile, sinon très
agréable, pour des gens habitués au luxe et à
la dissipation de la cour. Le comte de Maulé-
vrier avait reçu dans cette occasion la visite de
plusieurs seigneurs ses voisins ou ses alliés ;
dans ce nombre, Jean de Vendôme, vidame
de Chartres son beau-frère, le seigneur d'Es-
cars son parent par sa seconde femme, et
bien d'autres. Ils venaient le féliciter d'avoir
quitté la cour.
Charlotte qui savait chanter et s'accompa-
gner du téorbe, put faire souvent de la musi-
que avec le commandant, à la sollicitation de
son mari. Ce lui fut la disti*action à laquelle
elle prit le plus d'intérêt, et le comte, quand
ET JACQUES DE hKÈtt. 44K
il le pouvait, se joignait aussi à eux ; lui, ne
savait pas chanter, mais sa voix mftie et grave
ajoutait beaucoup de solennité à certains airs.
Il arriva plus d'une fois à Jacques de Brézé^
d'oublier ou de décommander des parties de
chasse, pour complaire h sa femme, et il le
lûsaitavec empressement. La comtesse trouva
encore dans les talents poétiques de Yacoûbo,
on motif d'àccupation et d'intérêt qui avait
beaucoup de prix à ses yeux ; ses rapports
cependant avec lui, n'étaient pas sans quel-
qu'embarras, de part et d'autre, dans les com-
mencements ; mais Jacques de Lavergne, par
une ofiesure de convenance parfaite, sut bien-
tôt faire disparaître la gène qui avait d'^abord
existé.
Le Prieur n'avait pas craint de répondre à
la confiance de Lavergne, en lui donnant de
bous conseils sur la nécessité de fuir toutes
les occasions de se trouver seul avec la com-
tesse de Mauiévrier; d'ailleurs, la mélancolie
de cette femme désolée , paraissait un remède
suffisant à ce que l'on pouvait craindre
Malheureusement on se rassura avec une trop
10
i46 CHARLOTtB DE VALOIS.
grande facilité qui doit paraître bien naturelle
cepepdaDt.
Dm grande partie de l'année a'éeoiila tremr
i|i»iUement, \» eomte de Maulévrier prenait
aii^uveBt le plaiair de la cbasse; la eomtaaae
devenue groase, a'oeoiipait4e ses enfanta.
hm fétds de Pâques étant paaséet, la gnmà
aénéehal a?aît retrouvé du oalma et presque
du bonheur dans la sincèra amitié de son clMr
Yaeoûbo; la seule peine qui lui restât, e^étalt
de ne pouvoir consoler entièrement sa fwtmt
femno^ qui se trouvait bi<^ isolée, loin de
toptfis sas relations de famille; 4%pend»iit il
avait cru remarquer moins d'abattement éa-
ptîs le commencement du cai*ème ; les sagee
et saintes prédications du bon Prieur, ses avft,
ses exemples, ses prières surtout , avaient
obtenu du ciel un changement qu'on ne poo-
yint guêpe espérer sitôt.
qo!: ■,
Oi
"■/■"*
I
f »
cupim ira.
Ow— i cn t OB m le prof et «e Tlilter lei ^tfÂumMes, en conimeé^
|ial MT im pèlerliuiie A N^tre-Dame 4f Gl^ivéf . -^ Iléi sy -
Mme ^tMnes 401 prinpHétltalent la Vierge-Éèrè, honorée
ipi,«Mcle irvant la nnlwiMiee 4e m. S. ihQ. *- De* premlffs
•pètres envoyés dane le pays des Carnntes. — De révéqne Re-
, fiftait «'l^lert, «ni en«#ipe le ffinte et la eomces^e de HimM-
▼rler à demeurer «nelqnet Jonn à Chartres pour être t^-
iifttergfle conseilla au eômte de Màtiléttié»
4e conduire sa femme dans ses domaines; elle
titàl ttne haquenée très douce, et ce lui séraft
tlû moyen de se dîstntlre qui feraîf dti bien à
2â santé, en lui donnant de l'intérêt pour ce
^*dle possédait. L'arîiâ parut- bon, et Chat-
lotte accepta avec empresséMeùt fer propôsî-
tîotï que lui fit son mari de lui faire fkîrè eue-
448 CHARLOTTE DE VALOIS
cessivement des excursions dans les environs,
en l'accompagnant. Le grand-sénéchal adorait
sa femme ; heureusement pour lui » rien du
passé n'avait transpiré et par conséquent n'a«
vait troublé son affection légitime.
On décida que ce serait après les relevailles
de la comtesse, qui était sur le point d'accou-
cher, et par conséquent dans les premiers
jours de septembre.
Il était alors un saint usage, malheureuse*
ment trop oublié aujourd'hui, et fait souvent,
même à cette époque, sans entrer dans l'es-
prit d'une coutume aussi respectable ; c'était
de mettre, par un pèlerinage à quelque sanc-
tuaire, ses actions principales sous la protec-
tion de Dieu, afin d'en diriger la pure inten-
tion convenablement; à cet effet, pénétré
qu'on était de la foi en la communion des
saints, on réclamait aussi l'intercession de la
mère de Dieu, et l'on vénérait les reliques d^s
saints, comme la semence de leur résurrec-
tion, ainsi que de l'inmiortalité qui nous at-
tend et dont ils sont déjà en possession.
On voulut donc copoimencer natureUemenit
ET JACQUES DE BRtZÉ. 449
par un pèlerinage à Notre-Dame de Chartres,
le 8 septembre, fête de la Nativité, et on s'y
rendit la veille, pour aller faire ses dévotions
de bonne heure^le lendemain, dans cette église,
vierge elle^même^ par un privilège particulier,
et qui est un symbole de la virginité de la
mère de Dieu. En effet, jamais les flancs de
cette basilique n'ont été souillés et ne se sont
ouverts pour recevoir le corps d'aucun dé-
funt; nulle sépulture n'y a été faite, et la cor-
ruption n'a pu y séjourner.
Les auteurs profanes et anciens racontent
que des druidesses gauloises, espèces de sy-'
kiUes, lors de l'invasion des Romains dans la
Gaule celtique, annonçaient tout haut à Ghar-
tres/où les druides avaient des autels et un
sanctuaire vénéré, qu'un jour on y élèverait
un temple à une Vierge mère. Les circonstan-
ces extraordinaires qui accompagnaient ces
prédictions, et le fait par lui-même si in-
croyable pour des païens, voluptueux comme
leur théogonie mythologique, avaient cepen-
dant déterminé le proconsul à élever un autel
dans l'endroit où se trouve, dit-on, aujour-
d'hui le pilier dç Notre-Dame ^ dans la cathé?
drale de Chartres* II fit mettre dessfus pet au^
tel rinscription qui suit :
.. . ^ . • - ^
 LA yiERCE QUI DOIT VENIR BT ENFANTER SANS PERDRE
SA TIRCmiTltt*)* '
En sorte que^ véritablement, la mère di
Diau fiifciioiiorée en Franee^ cent aûsavantM
venu^^; et/ lorsque saint Âli»n, ou Adventiv^
établi par saint Potantien> d'autres disent
envoyé par saiut Denis dans les Carnutes, m>
riva k^ilha^tf«s fK)ur y porter la bonne nou-
velle dal'Êvangile; il put, à Tinstar de saiqt
Paul, -lors de ses prédications à Athènes,'!^
faire connaître , non-seulement le Dieu inemil^
nuj mais encore la Vierge mystique et incom-
parable qu'on y vénérait déjà sans la connattre.
Et loi-squcv Tan 66 de notre ère, saint <3av
rannùs^' vulgairement appelé saint Qiéronj.
vint à Chartres, envoyé par saint^ Cléiîient^
succei^Ur imn^diat dé saint Pierre; il ^^
trouva le ^bristianÎBmè di bien établi titepuik
BT JACQUES BE BtlÉZt. 451
m
vingt ans chez de nombreux et fervents chré-
tiens, qull Toulut s'en aller porter ailleurs
b nouvelle doctrine; mais il fut martyrisé
près de Chartres par des païens ; c'est ce qui
liit que son corps y est vénéré comme un
des apôtres de la province \
Le comte et la comtesse de Maulévrier furent
reçus convenablement par l'évéque ; c'était
alors un savant et illustre prélat , Milles d'Il-
liers, quatre-vingt-quinzième évêque de Char-
tres, précédemment docteur en décret à l'Uni-
versité de Paris, et en droit à celle d'Orléans ; il
fut trente-cinq ans sur son siège, et lorsqu'il
mourut en >I495, ce fut son neveu Regnault,
ou René dllliers, qui lui succéda, et qui jus-
tifia le choix qu'on en avait fait.
L'évéque loua la démarche pieuse de Jac-
ques de Brézé ; il lui souhaita , pour lui et les
siens, toutes sortes de prospérités, même dans
ce monde, et l'engagea, ainsi que sa femme,
à demeurer quelques jours pour assister à une
* Oii peut lire tous ces faits et d'autres encore très curieux
dans V Histoire de V église de Notre-Dam^ de Chartres^ par
Rouillard.
452 CHÂHLOTTB DE VALOIS.
cérémonie très rare qui devait avoir lieu le
44 du même mois, fêle de l'Exaltation de. la
Sainte -Croix; il s'agissait de reclm^e pouij
toujours une des dames religieuses de rbôpi?!
tal qui, depuis plusieurs années, soUiGitaîl
celte insigne et rare laveur, à laquelle une
grâce particulière semblait l'appeler.
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èé t*iMi raeoBte la vocation exlMordlnalre d'ane Aemoltelle
piM« 4e la famille Vleanoide VaaMaafe, avec lea cé r é ia
nies symkoll^aes et cnrteases «al accoDipavnereiit sa récln-
La comtesse de Maulévrier demanda qtieN
ques détails sur une vocation si extraordinaire,
bt Févêque lui raconta qu'une demoiselle Adé*
laide Viennot de Yaublanc y d'une famille dis*
tinguée, avait manifesté, dès son enfance, une
piété suréminente et un amour de la solitude
que la grâce seule peut donner ; elle entra de
iMmne heure en l'eiigîon; mais Imn que ses
454 €HÂRLOTT£ DE TÂLOIS
supérieures lui eussent toujours donné la plus
grande liberté de vaquer à ses oraisons soli-
taires, elle trouvait encore que le soin des
malades, les heures d'offices et autres obliga-
tions de la règle, la détournaient de la contem*
plation à laquelle Dieu paraissait l'appeler.
Ayant atteint Fâge dt trente-cinq ans, dans
l'exercice des plus éminentes vertus, elle fit
(^emander plusieurs fois à l'évêque la permis-
sion d'entrer en réclusion; Milles d'IUiers,
après avoir mis (l^elq^e opposition poup l'é»
prourei^ datan^^, ^^y^^t nipmmée stipéile^
de l'hôpital à son grand déplaisir; mars' la
sainte obéissance lui fit remplir encore, pen-
dant deux années, ces fonctions qui la détour-
naient bien plus encore de son goût pour l'o-
rftison eoatea»pIâtive. Eafin 4 ses soUieitatidns
ayant fiBeoinmeDeé»i'évéque n'^n^ait pas ern éi^
voir résister plus Imigtemps à ce qui semblât^
être la toix de INeu^ et il ràvalt, soivafîH.lerf
règles, mise pour uèe année en clôture d& prô*
bMîod dait» ia eoœi&ujiauté, en k< séquesMilf
tout«à*fait des rapportas }es plus drd^Bàîiv^
avec née eoisipagnes. yaiifiée ^e probfttioiidaf
étaitéçhu^^,^ pomme la l'pcluse^noviee eon«
tiquait à demander sa réclusion absoju^ om
avait coiM{trfi|t aoa rédusçir pè^ 4q l'égU^f
de la I^iHro^erie, qui servait alors de e^^HN
vent ; car depuis rétablissement des procesr
mm de la Fête-Dieu, en 4264, par déeret
d'Urbain lY, la lèpre avait d'abord eessé d'étara
contagieuse , et ensuite avait entiteement
cessé d'exister en France ; il était bieo dé^
montré ^ue le divin maître voulait touj(Hirs
paipser, en faisant le bien, dans tous les UeuJ(
r
OU il y ^vaitsdes êtres soulfrantSt croyantii at
aimants. . . -
le réclusoir, suivant la règlq, devait avoir
une ouvfl^ture sur Téglise, afiu.que I4 reidiif
ou la recluse pût entendis la sainte messe ;;4#
reclus y recevait la sainte communion ordîaair
remenjiïtoi]^ les jours, k moiip qu'il ne Sàt pvdf
tre, car, alors il ayait dans sa cellijle (oiitoa qtt*^
fallait pour dire la messe ; mais cette ouverlutis
était toujoiirs couverte 4^ ^iix voiles, UA^à
Fintérieur et l'autre à rextériepr^isépaiyés^^pwr
une grille:, et, sous aucun «tpr^temie^ils ilt
pouvaiiWitôlri9,tiy4«àjl»JojyBu ,.♦;-» » nn-/.f
456 CHARLOTTE DE VAXOIS
Dans le réclusoir se trouvait aussi une bai-
gnoire, car la propreté était exigée, comme
nécessaire à la dignité du Saint-Sacrement,
dont on avait le bonheur d'approcher si sou-
vent.
A Textérieur on transmettait la nourriture
au reclus par un tour; quand il en avait de
reste, il le remettait sur le tour, et les pau-
vres le prenaient.
Sous aucun prétexte, la folie exceptée, le
reclus ne pouvait sortir; mais quand il éfait
malade, Tévéque permettait qu'on levât le
sceau qu'il avait apposé loi*s de la réclusion,
et aOssitôl qu'on revenait à la santé, l'évéque
remettait le sceau sur la porte, qui-demeu-
rait close, sans qu'on pût obtenir une parole
inutile du reclus. Quand c'était un prêtre, il
pouvait confesser les personnes qui voulaient
s'adresser à lui, et c'était assez fréquent; car
d'ordinaire ce n'étaient point des espiîts
étroits qui se retiraient ainsi, c'étaient pres-
que toujours des esprits supérieurs : seule-
ment ils comprenaient mieux que d'autres les
voies de Dieu, qui nous appelle le plus sou*-
ET JAMIIBS B£ f)|ttZ<i« k^7
vent, par l'exercice de la pénitence, à veiller
sur nos penchatots^ et à prier sans cesse pour
les combatlre avec des armes victorieusenk.
La comtesse de Mauldvrier avait de la peine
à admettre la nécessité de ce sacrifice absolu
de tout ce qui est extérieur, pour consacrer sa
vie entitoe et toutes ses facultés à Dieu ; les
esprits bornés et les esprits forts portent sou-
vent des jugements identiques, car les extré-
mités se touchent : les simples ne croient rien
au-delà de ce qu'ils voient, les substils n'ad?*
mettent rien au-delà de ce qu'ils compren-
nent ; comme si la vue de l'esprit n'avait pas
des bornes aussi certaines, et marquées aussi
nettement que la vue du corps. Ce qui empôciie
ordinairement d'être religieux, c'est d'abord
l'ignorance des premiers principes, qu'on n'éi*
tudie pas ; c'est ensuite une petitesse d'esprit
qui ne veut pas monter très haut, parce qu'il
s'arrange du monde présent, comme s'il de-
vait toujours durer ; c'est une froideur d'àme
qui ne peut sentir l'amour de Dieu, et qui
souffre quand elle entend dire que Dieu s'est
fait homme. •• qu'il est mort, •. pour nous...;
Wi (AkiAôttÈ DE TkLÔIS
tïïÉ&slë génte, comme rhomme simple qui n*û
pas éteint te luinière née aVéc Itri / comprend
qiteBîettéefiôitfeit petit... qu'il isoitmort...
Hrfyèf rieb qui comprenne mieux râbaiése-
litentque d^ qui est élevé, iwrît pair rîntelli*
gewee, isoît pai' ia^ gi^âfce dft ine. ^ '
On etfttçoit parfisi^itement qtie ïa' comtesse dé
Maûlévrîer, femme mondaine et dîssipëe^ dé^
jfiih slott êirfancô, tptf ttvrft effleuré beaucoup de
chosèé sans en sar(«f auictineà fond, pas même
en quoi Consistâftledèvoir dé tout chfétîeh , qtfî
s-était ainsi formé dcis sentiments et des opf-
tàùÉs de rteKgîOsité tragtre fort à fà mode eti ce
ttÉéimeût^ né tbiilut où ne pirt cctaipreûdre là
ïtécessité^ dé tépondrte h une tocàtibn' qui ftiî
{yftfalsisaitaussi rigoureuse; maiëïdtrt ce qûlôflè
Tenait è'appfétfdrè eîeftkîfsai curiosité âilri^u»
hâfut degré, et elle voulut demeurer, pour îarf-
sîster k Hà cérémonie à kquelte Tëtêque ra-
yait contiéo.
A* jom* ftxé, le H septembre, à é ïrèufes
At^ matin, toutes lei* docbds' de là tiffe tfoà-
liàient te ghs àé& mttfftj^ fe ftitum recïbfàé;
conduite- proccssfonueHcifliefltdahià ioù (Mtti-
19 uewts hm ntMâ. 489
me de religieuse, avec ua voile noir tràs épti»,
accompagnée de deux sœura qui portaient sur
teurt Imts 1a robe de laine «aus teinture, le
seapulaire et le nEuiiiteau de même , se rendit
à la cathédrale» où l'évéque les reçut à la porte.
là^ la prélat lui demanda ce qu'ette voelait..
•^-^ € La réclusion*
•^ f Pour quels motîfti?
•*** c Pour vivre tonte à Dîeu^ dans k wAh-
»
tude.
'--t ff Ma oœur, voos pauvrieB servir Dieu et
1^ prochain en restant en communaiité.
. >^ € le veux, avec k permisrion de Yotn
Révérence^ rompre entièven^ent aveelaihonde,
è rexemple- de saiide Maddeine , de ssaate
Mené rÉg3rptienne^ de saint Antoine^ tf de
taat df autres saints solitaires.
T^ ik Mon y ma sœw, commeneeE k entrer
idans k tabermcle ékvé par k maiii des hom-
mes à la gkiye de Dieui^ el qui n'est qu'une
&ihle image de cette égHse mjrstique où vous
êtes appelée à prendre totre place un îouc,
afin que, devenue une pierre polie en ee
monde^per k meriîficiiiloQt veiis S(c^m réwie
160 C6AE\L0tYE Dfi YAlOtS
par la charité à Jésus-Christ, la pierre angu-
laire de rédifice éternel. » ' -
L'évéque la conduisit alors par la main jus-
qu'au sanctuaire, où, après avoir héni les^» vê-
tements apportés par les religieuses, on en
revêtît la mère.deVaublane; puis, on lui .mit
au cou une croix de bois suspendue à une
corde, et l'évéque dit la messe, que la reehise
entendit à genoux; elle y communia, et, après
une messe d'actions de grâce que le prélat eit
la recluse entendirent, la procession se remit
eu marche, en se dirigeant vers le réelvr
soir. Les cloches sonnaient toujours le glas.
Arrivés là, l'évéque fit une nouvelle série
de questions à la nouvdle recluse, qui, per^
sistapt dans sa résolution, fut introduite dans
sa cellule, d'où il lui fut défendu désormais
de sortir avant sa mort; l'évéque lui imposa le
nom de sœur Marie^e-la-Nativité; il lui remit
la règle des recluses , rédigée par le docte
prêtre Grimlaïc, laquelle était en grande par-
tie basée sur la règle de saint Benoit. Enfiit^
après avoir fermé la porte, il y appliqua son
sceau , qui ne devait pins être levé avant la mort
£T JACQIRS hh BRÉZÉ. Adi
de la recluse. Au-dessus du tour étaient écrits
ces mois : Faites pénitence , veillez et priez (/*).
Ceux qui seraient tentés de tourner eu ri-
dicule ces pieuses folies de la croix, ne savent
ce que c'est que la communion des saints, et
le trésor commun de l'Église catholique; qu'ils
sachent au moins que si les actions des saints
sont toutes proposées à notre admiration, elles
ne sont pas toutes proposées à notre imi-
tation , mais, que tous, nous devons étudier
et savoir ce que Dieu exige de chacun de nous,
pour Taimer par l'accomplissement de ses com-
mandements, et de nos devoirs particuliers.
(/) Voir la note à la fin du volume.
il
J «*
i .t ■■
CHAPITRE ÎIX
r-
M téWÊÊÊ et 1* «omtetie de Maolérrier firent degNPitfi-
des généroêUé» avant de quitter leur dévotteax pèlertnage.
^l/intltefHni «n^tls firent ft l'eTéqne de venir l*ftn iM^Mft
en ffuhUé an i^rlenre de Ronvres , pour le aéematre «nnlver-
Mil% de îû dédicace de la eliapelle basillcale. — La visite dés
domainet. — Belles récepUons partout. — fieédJfleatlon de 1*4-
fllie de l*abbaye de Coulomb» où fut fondée fa sépulture dn
eontte al de la comtesse de Maniévrler. — Cliarlotte repr<9|p
sa belle linmenr. — Laverf ne Faccompagne (inelqnefois, éî 11
ffell de la BMisIqne avec eue.
Les nobles époux, qui avaient fait leurs dé-
votions le jour de la fête de Notre-Dame, fi-
rent de grandes géiîérosités, soit pour Féglis^
0oil pour les pauvres malades, soit pour lèi
indigents; ils firent encore, avant de quitter
Chaitres, leur prière au pilier de la Vierge
^rêj puis devant les corps de saint Ghéi*oii,
martyrisé près de la ville, et de î^int Piat,
>I64 CHARLOTTE DE VALOIS
martyr en Flandre, mais dont le corps fut
transporté à Chartres. Enfin, une visite de re-
merctmenls h Tévêque, qui leur avait procuré
une grande édification, et qui leur donna sa
bénédiction •
Âvantde le quitter, le comte de Maulévrier
pria le prélat de venir Tannée suivante officier
à la chapelle du château de Rouvres, le jour de k
saint Martin ; ce devait être le centième anni-
versaire de la dédicace de la chapelle et de la
translation d'une relique insigne de saint
Martin, qui y était déposée sous Tautel ; il lui
demandait même d'obtenir du pape qu'il y
eût une indulgence plénière avec octave pour
tous les pèlerins, el que l'évêque eût, pour le
jour même de la fête, le pouvoir de donner la
bénédiction papale. Milles dllliers promit de
faire toutes les démarches en cour de Rome
à cet éHet, et l'assura que, dans tous les cas,
il se rendrait lui-même à cette invitation, dont
le but le charmait «nfiuiment.
De Chartres, le comte et la comtesse de Min^
lévrier commencèrent leur tournée, avec leur
suite , dans leurs domaines; ils commencèrent
ET JACQUES DE BRÉZÉ.
465
par visiter Houdan et Yeruon, appartenant à
Charlotte; elle futbien reçue partout; puis Anet,
BréyalyMontchauvet, Nogent-le-Roi, toutes an*
ciennes chastellenies, dont les châteaux forts
avalent été démolis par ordre de Charles Y.
Ces visites, avec leurs accessoires, ne lais-
saient pas que* de prendre du temps, et d'oc-
cuper sérieusement les seigneurs de ces do-
maines. En passant près de Tabbaye de Cou-
tances, Tabbé et ses religieux sollicitèrent
quelques secours en bois de construction, en
pierres de carrières, et enfin en corvées, pour
les aider à réédifier l'église , qu'un incendie
avait réduite en cendres. Tout ce qu'ils de-
mandèrent leur fut octroyé , et Charlotte y
ajouta quelques promesses d'argent : aussi les
religieux obtinrent-ils une autre concession ,
qu'ils regardèrent conmie un devoir de solli«
citer, à savoir que la sépulture du comte et de
la comtesse de Maulévrier serait érigée et pré*
parée dans le chœur de cette église, avec des
lœsses de requiem, qui seraient fondées par
suite de leurs bienfaits.
Pendant ces tournées, renouvelées de temps
■f^ '-t-«oK3Bo«*«;i;*=*»'«'
Z^:^' •. ■-^.ï^/ili£X«>..C
• -Ak-.^"
— «.^---fciB»»*"
«-•«■k 'r«i.^<(
AW
CHARLOTTE DE YÀLOIS
eit temps, de* grandes largesses furent faitef
par la comtesse, qui y mettait bien un pôil
d'ostentation. Ces visites parurent avoir
phis heureuse influence sur Charlotte de ]^
lois^ qui reprit sa bonne humeur, sa.boj
santé, et aussi malheureusement toi
charmes.
Quelquefois, le» travaux du comte
lévrier l'obligeaient d'aller dans soi
i)ement à Rouen, ou l'empêchaient
pagner sa femme ; alors il cbargei
Yacoùbo de chevaucher près d'elb
oourseB^ afin de la garantir de to]
el de la présel*ver de tout danger,
n'étaient pas encore ce qu'elles soi
la recommandation était natqrell
la ci»oyait pas dangereuse, etell<
I^us que les accidents qu'il redoui
mandait aussi de la distraire en lirf
rondeaux ^t deg chansons qui lui plaisaiettti
Charlotte trouvait de fréquentes oe^easIOAl
d^ejcèr^^r le talent àe Lavergn«, f f d'y aj^ulii
le sien. De longues heufês étaient eMlsftOnéëiÉ
krifiustque, preMfU^ joui^ellemeAt) le^miin-
ET lACQUHS DB BRÉZt. 467
che excepté, et ce n'était jamais sans quelque
trouble d'esprit et de cœur que la séparation
avait lieu. Certes, on ne se le disait pas, on ne
se Tavouait pas à soi-même, et cependant c*é-
taitpeut-étre déjà plus que le regard condamné
par TËvangile.
mmu n
Gmmnent le F. Bonalleii renouvelle tes hoas cobmIIs aa Jc«m
coomuinteiii. ^ Il Vemgmge * visiter les Salntt Ucox, on d*«l«
1er * Rliodeft. — De Jean de Lantlc, de Jean des Vrttns , de
narre d'AiikoM^m ei d'Enery d'Ambotoa. — Gomtett daaa la
ccor a( daaa l'âne de Lavervoe. — Combats dlflérents eUei
caMHocta.
Le P. Donatien, confident de Jacques de
Lavergne, lui conseilla sagement^ d'après tout
ce qui se passait dani^ son cœur, de quitter
Rouvres pour quelque temps. Après en avoir
longuement causé et y avoir mûrement réflé-
. chi, il l'engagea à prétexter une nécessité
d'aller faire une visite aux lieux Saintç» du
bien la louable pensée d aller à Rhodes se
470 CHARLOTTE DE VALOIS
mettre à la disposition du grand-maître des
religieux de saint Jean.
— «Dans mon jeune âge, lui dit-il, j'ai suivi
ce bon conseil, j'étais aussi dans une position
difficile ; j'eus le courage de rompre avec mes
inclinations, que je ne devais pas satisfaire;
je me suis rendu à Rhodes, c'était alors Jean
de Lastic qui était grand-maitre , et depuis
longtemps un magistère n'avait été plus con-
venablement, plus religieusement exercé sous
tous les rapports. Je fis mes caravanes, puis la
grâce de Dieu m'appela à une vie plus retirée.
Après une blessure grave, qui ne me permet-
tait plus de servir militairement, je suis entré
dans l'ordre de Saint-Benoît, et, depuis que je
suis en religion, je ne me suis jamais repenti ;
j'en bénis encore le ciel aujourd'hui, où je
puis, mQu cher «nfaut, vous transmettre le
conseil qu'on m'a donué, et que j'ai si heureit^
sèment suivi*
. ^^ f Mais mon père, je suis loin d'être a§<*
jm]*é que Dieu m'appelle à entrer en reUgiôn?
' — • « Aussi , mon fils, n'est-ce pas ce que
j'exige de vous; mais commenoez par firâr lé
ET MGQUE$ PE ^f^. ÀTj
danger que je crains et dont vous êtes tour-»
ipenté* Une fois reçu novice dans la reli^ipa
de saint Jean, faites vos caravanes, et lorsqqe
le temps de faire des vœux arrivera, vous sant
rez ce que vous aurez à faire. Si alors vous
voulez rentrer dans le monde, l'absence vous
aura été utile, et vous serez plus fort contre
vous-même et contre les orages du cœur,
— € Dois-je donc les quitter encore? que
* vont-ils penser ?
-r « Et que vous importe les discours dés
hommes , mon cher enfant ! fuyez » car votre
yepos, votre bonheur est à ce prix, Jft. »ç
qpnqais pas le grand -maître actuel^, qui
est Romain» de la famille des Qrsini, et
qai ne l'a emporté q^ue d'une voix sur un
Français, le frère de Ricard, parce que mn
élection a eu lieu à Rome,,. Maisj'ai conservé
de^ relafiiofl^ fréquentes avec le fti^re Piew
d'Aubusson , qui est çQmipandeur, ou pe^tf ^ti^is
flpôn^e prieur d'Auvergne , et aussi quelque
ppu avec le frère Émery d'Amboise, çeluii?i
l^aMcoup plus jeune que nous. Je vpus^ecçr»:-
.^aflidemi aujt dpux. Jç serai^^biçp étpqjw qi^e
i72
CHARLOTTE DE VALOIS
le premier, par sa capacité hors ligne et sa
grande vertu, ne devint pas un jourgrand-
mattre, et ne donnât cette gloire de plus à la
France.»
Lavergne, absorbé par les réflexions, écou-
tait peu les souvenirs que le P. Donatien se
plaisait à repasser; ii approuva machinale-
ment 9 s'arracha des mains qui le retenaient
tendrement , et sortit sans trop savoir à quoi
se résoudre.
Le combat était violent déjà, entre le pen-
chant et le devoir, celui-ci malheureusement
commençait à faiblir. Les maîtres de la vie
spirituelle remarquent qu'il faut lutter avec
tous ses vices, les prendre pour ainsi dire
corps à corps , s'en rapprocher et les vaincre
par l'habitude de les voir, de les étudier , de
dresser des batteries; mais que pour la pureté
et tout ce qui y tient , un seul et unique re-
mède peut en venir à bout, c'est la fuite la
plus prompte et la séparation absolue des ob-
jets qui s'attirent; qu'il faut enfin chas-
ser jusqu'à la pensée, car elle devient coupa-
f:.^-'.r
%:
t-,-
-:^::^_ -;.^'/-^
n MCQU£S DE hBiXÈ. 475
j^)6.^aiiS8itôt qu'on s'y arrête avec quelque
Ij^plaisance.
^, ^i au moios le pauvre Lavergne avait eu
l^^w lutter avep lui et contre lui une personne
^pinipe lui , éprouvant les mômes combats ,
;y^i|]aiit le bien par-dessus toute chose, et qui
surtout n'eût pas eu un passé que le malheu-
n}fx ue pouvait oublier? si on ne Teût pas
continuellement demandé? si on ne lui avait
pas imposé à tout instant des rapports qui le
booleyersaient? si les téte-à-téte, les chants
ne se fussent pas multipliés à l'infini? peut^*
être, futril demeuré vainquQur../. Mais nous
sf|v6ns au contraire qu'il n'en était rien.
y S'il lest vrai qu'une femme qui remplit ses
^oirs est un don du ciel, on peut assurer que
qdie qui y manque devient le fléau des fa-
milles.
. . , .ypna vu que la comtesse deMaulévner avait
i|éj)tfait l'apprentissage de la sécurité dans le
crime. Sans doute, elle estimait son mari, elle
(honorait singulièrement, elle le dominait
d'une manière absolue, pour ainsi dire, et
néanmoins elle le craignait ; elle redoutait sur-
àJA CHARLOTTE DE VALOIS
tout dé lui donner un soupçon contre la dëli-
catesse ou l'honneur , car sur ces chapitredllà
elle savait que nulle considération ne pour-
rait arrêter le premier élan de sa colère.
Elle avait la conviction intime de tout ce qui
vient d'être exposé , et cependant la légèreté
de son caractère, de ses penchants, lui fai-
sait oublier d'aussi puissantes considérations
qu'une piété pratique eût pu seule faire do-
miner dans son âme.
Ses rapports habituels avecLavergne, sur-
tout en faisant de la musique avec lui, avaient
excité chez elle une espèce d'admiration pour
les qualités douces et aimables de ce jeune
commensal ; elle établissait entre sa bienveil-
lante attention et la brusquerie du comte, des
comparaisons qui n'étaient pas à l'avantage dé
celui-ci. Les airs langoureux que Lavergne
chantait avec animation ; l'expression qu'il
donnait aux paroles, par la manière dont il sa-
vait les accentuer ; la vie qu'il rendait aux ré-
cits trop tendres des troubadours firent d^af-
freux ravages dans les deux cœurs.
Lavergne avait trop le sentiment de ses dé-
ET JACQUES DE BRÉZË. 475
voirs et de Ilionnénr pour aller de lui-ifnéiné
an-delh de ce qui convenait ; d'ailleurs, il avait
eneore recours à son guide habituel, qui sand
cesse conseillait la fuite ; mais c'était la scfule
résolution à laquelle il savait toujours trouver
mille obstacles invincibles, qu'il puisait d'une
manière spécieuse, dans Tobligation même de
ses devoirs , pour répondre à la confiance da
eùtnte de Maulérrier.
Charlotte, de son côté, était arrêtée par i^es
souvenirs , car elle pouvait redouter les dé-
dains de celui qui avait en naguère la louable
sévérité de lui reprocher sa conduite. Cepen-
dant qui donc oserait élever les yeux jusqu'à
elle, dans Féloignement où elle était de ses
pareille, si |elle-méme ne descendait? Elle ne
se dissimulait point qu'elle seule pouvait dé^
sonnais fliire les premières avances; sauf à les
effleurer avec la délicatesse qu'une femme
seule peut mettre dans ses procédés, quels
qu'ils soient.
Ainsi il y avait combat des deux côtés:
pour l'un, la religion et l'honneur conser-
vant encore quelque forcfc de leiir premier
476 CIUULOXTK IjE VALOIS
empire, le soutenaient contre Tinclination qui
se ruait contre lui avec une certaine violence^;
pour l'autre, c'était l'inquiétude, la crainte,
la peur qui l'arrêtaient r mais le trouble, l'é-
motion, l'entraînement prenaient sans cesse le
dessus, car des images attrayantes occupaient
habituellement son esprit, d'où elle ne les
chassait jamais volontairement.
Dans la périlleuse situation de c,es âmes^
qu'il fallait peu de chose pour rouler au fond
du précipice ! la plus faible étincelle pouvait
allumer un violent incendie... et cette cirr
constance si insignifiante ordinairement, pou-
vait se présenter à tout instant. Car comment
dans les relations d'une vie aussi retirée, dans
un intérieur où tout aboutissait à ces trois
rouages, qui, pour ainsi dire, ne faisaient
qu'un seul pivot, autour duquel tout circu-
lait; comment, en effet, aurait-on pu esqui-
ver toujours un de ces contacts assez prolon-
gés qui doivent décider du sort de deux per-
sonnes ? elles ne pouvaient s'éviter dès qu'elles
demeuraient au même lieu.
Nous allons suspendre quelques instants
ET JACQULS DE RRÉZÉ.
^77
ce qui se rapporte aux impressions mutuelles
des personnes, pour raconter ici un événe-
ment qui eût pu apporter une heureuse diver-
sion , si on avait su en pi'ofiter suivant les
vues de la grâce divine.
\
CHAPITIE IXl
ëteHi^iit Mm eiiTol^ des «i^reinret pool* 4a*oli irefleme à îlà-
— Mort du fin atné du cmntc de MaoïéTrler. — Le prêtre «it
tèoioiirs le pretmer conMlatear dans ràdiletloA • èc le iièi
atne. *-« lA npft fdliMIe vite.
n arrive souvent que Dieu y par des voies
toutes miséricordieuses et en vue de notfc
salut , nous accable en quelque sorte de peines
cuisantes, pour nous obliger à tourner tids
regards vers celui qui seul veut, et peut faîite
notre bien , en disposant à cet effet des événe-
ments en apparence les plus ordinaires.
480 CHiOlLOTTE DE VALOIS
La comtesse de Maulévrier , en qui nous
avons reconnu des qualités brillantes, très
peu faîtes pour concourir au bonheur, avait
au milieu de ses erreurs, conservé un cœur
de mère pour ses enfants ; on peut dire , que sa
tendre affection pour eux , occupait véritable-
ment la première, et la plus grande place
dans ses sentiments ; on Ta souvent remar-
qué: les mystères de tendresse que ren-
ferme Famour maternel, dépassent tout ce
que l'imagination peut inventer; à tel point,
que d'un consentement unanime , les peuples
ont toujours considéré le contraire, comme
une monstruosité hors de toute nature.
La Providence a bien fait toutes choses.....
car où trouverions-nous ces soins si vigilants
dont notre première enfance a besoin , malgré
le peu de charme qu'on devrait y trouver natu-
rellement, si ce bonheur suréminent n'avait
été gravé dans le cœur de la femme , d'une ma-
nière indélébile?
Il y eut donc une trêve dans les concerts et
les chants de Charlotte , par conséquent , dans
ET JACQUES DE BRÉZÉ. 484
les sourdes manœuvres dont la musique lui
fom*nissait le fatal prétexte, c'était un
moyeii discret de s'entretenir devant des tiers
sans qu'ils s'en aperçussent. Il ne faut pas
croire que tout ce qui parait naturel » le soit
en vérité; les yeux les plus clairvoyants, les
plus exercés, les plus scrutateurs , à moins de
viser au même but, ne peuvent parvenir à de-
viner ou découvrir la pensée, l'expression
d'un geste , en apparence parfaitement indif-
férent, et qui cependant est compris par l'in-
téressé à qui il s'adresse , pour lequel il semble
avoir été créé ; à eet égard , la perspicacité la
mieux aiguisée, la plus subtile, doit baisser
pavillon ; on ne peut être sûr de la vertu de
qui que ce soit , que lorsqu'elle est appuyée
sur l'exercice constant de la pratique reli-
gieuse; là seulement se trouvent des garan-
ties qu'on ne peut plus mettre en doute.
Toujours est-il, que la coquetterie de la
•
comtesse de Maulévrier, s'évanouit tout-à-
coup ; l'alné de ses enfants tomba dangereuse-
ment malade , et malgré tous les secours de
l'art, fut emporté en peu de Jours. 11 serait
>|8^ > CHARLOTTE DE VALOIS
impossible de rapporter le désespoir déchirant
de cette mère inconsolable ; et la stupeur du
comte ne pouvait trouver de soulagement que
dans les consolations prodiguées avec abon-
dances par le P. prieur.
Partout où la douleur se fait jour; partout
où le monde ne trouve à répéter que des bana-
lités qui ne peuvent qu'ajouter à la peine;
partout où le désespoir est prêt à éclater , Ton
retrouve le prêtre pour premier consolateur;
lui seul, parce qu'il a placé plus haut ses
affections, peut les ramener sur l'indigent,
le malheureux , le souffrant et l'affligé ; car le
but de sa vocation ne se trouve pas dans lés
joies de ce monde , et rien de ce qui Ten-
toure ne lui tient assez intimement, pour
que sa charité , qui va puiser à la céleste
source , ne trouve la possibilité de déversèf
quelque gouttes d'abord, puis, au besoin, de^
torrents de consolations ; la source d'amour
où il peut et va puiser, n'est-elle pas toujotiî*s
inépuisable?
Le P. Donatien profita avec empressement
et avec un tact parfait, de ce malheur qui
BT JACQUES DE llHB2£« 483
était venu s'appesantir d*un poids si lourd sut
des heureux du siècle. Ce ne fut pas sans
flpuit assurément qu'on eiit pu concevoir de
véritables espérances, à la vue des actes ver-
tueux qui se pratiquaient à Rouvres, si la per-
sévérance avait été le point d'étude ou de
méditation de ceux qui en avaient besoin. Ne
peut-on pas supposer aussi que la vivacité
même de cette douleur, et l'impulsion trop
expansive ne pouvait se soutenir au même
degré ; car enfin, l'on ne peut se faire un état
de sa douleur Où trouver à la longue un
rapport de correspondance? Le mieux est
donc de se soumettre aux décrets de la Pro-
vidence, qui permet que l'on ressente son af-
fliction, car sans cela point de mérite, mais
qui ne veut pas que l'on s'afflige comme ceux
qui n'ont pas d'espérance.
Faut-il dire encore, que la mort, cet évé-
nement si grave pour tous les hommes, puis-
qu'elle les atteint tous en dernier ressort,
est peut-être ce qui s'oublie le plus facile-
ment, si l'on veut la considérer, proportion
gardée, dans ses rapports avec les autres évé-
>I84 CHARLOTTE DE VALOIS
inent3 de la vie ; mais c'est encore une preuve
de la sagesse divine , dont nous devons lui
rendre grâce, car l'univers tout entier serait
dans les larmes s'il en était autrement.
CHAPITRE Wll
GomiiMiit l'évéqae de Chartres annonce les faveurs spiritaelles
4e notre Salnt-Fère le pape. ^Ses prc^ets de Ylslte eplseopaie
àBouvres.— Les préparatifs de réception.-- Des ehairiert.^he
l'Ole de la Salnt4Hartln qui se man^e avant le saint temps de
Vadvent. — Retraite préchée.
Quelques mois après ce douloureux évéue-
meut, le comte de Maulévrier reçut de Tévê-
que de Chartres Tanuonce qu'il avait obtenu
du souverain pontife, Sixte IV, les faveurs
spirituelles qu'il avait sollicitées pour l'anni-
versaire séculaire de la dédicace de la chapelle
de Rouvres. Il devait s'y rendre dès la veille
de la &ûnt-Martiu, qui se trouvait aussi cette
àS6 CHÀRtOTTE DE VALOIS
année concourir avec le vingt-cinquième an-
niversaire de son sacre. Il avait le projet d'y
officier pontificalement toute la journée de la
fête; puis, pendant l'octave, il avait l'inten-
tion de faire sa visite pastorale dans les envi-
rons, en revenant tous les soirs coucher à Rou-
vres. L'évêque engageait le prieur à s'entendre
avec le comte de Mauïévrier, afin qu'on pu-
bliât dans toute la contrée la bulle d'indul-
gence accordée par le souverain pontife, en
faisant remarquer surtout, que Sa Sainteté
ouvrait lés trésors do r%Hse aux conditfdns
ùri^naires d'Abord, mais aussi dansFéspéranèe
que le zèle de la croisade s^ ranimerait encore
en France, et en exprimant le vœu qu'on y
établit la dévotion de VImmaculée Conception
de la bienheureuse Vierge, dévotion qui jus-
que-là n'avait pas été encouragée par l'autotité
dd l'Église; enfin l'évêque annonçait qti^tt
donnerait la bénédiction papale après rèffloé
du matins
Cette naovèUe réjouit tous les habitants éti
château, et, en leur donnant une nouvelle oc-
cupation obligée, acheva de ran^ener le calme^
» / /',
n lACQUES DB B1lt2f . 487
là OÙ TafOiction avait eu un si grand empire.
Le comte, dans cette circonstance, voulut
déployer )a plus grande solennité; et sa piété
lui fut un stimulant pour que cet événemetit
remarquable laissât des traces profondes de
persévérance parmi les populations. Après
avcdr pris Tavis du prieur, il fut décidé que
Ton inviterait les frères prêcheurs et les pères
capucins à venir donner une retraite pendant
les huit jours qui précéderaient la féte^ qu'on
préparerait les casemates de k forteresse pour
y loger et nourrir les pèlerins, et que pour
foire honneur à révêque, àroecasion du vingt-
cinquième anniversaire de son sacre, on invi-
terait fe* rA^trt^* à venir<d'avance au châ-
teau, afin qu'on pût aller au devant de mon*
seigneur l'évêque et le porter sur sa ehàin^^
pour faire son entrée à Rouvres jusqu^à la
chapelle du prieuré de Saint-Martin. Lea quâ'-
tre chaîrîers sont des seigneurs vassaux dé
l'église de Chartres : le premier e» titre est
te vidame de Chartres, alors du nom de Ven-
dôme, et beau-frère du comte de Maulévrier;
les barons d'Alluies, de Mont^JMfimi en Pe¥-
186 CHARLOTTE DE ViLOlS
che, et d'Aulhon-Brou. Quand Tévéque prend
possession de son siège, les chairiers vont pro-
cessionnellement , avec un cérémonial pres-
crit, au devant de lui, et ils le portent
sur un siège qu'on appelle ^Aair^^ j usqu'à l'en-
trée de son église cathédrale : là il est reÇu
par le chapitre ; et c'est cette cérémonie que
le comte de Maulévrier voulut renouveler au
. vingt-cinquième anniversaire de l'épiscopat
de monseigneur Milles d'Illiers, honneur au^
quel les chairiers se prêtèrent avec empresse-
ment.
Il fut donc convenn que le comte de Maulé-
vrier, aurait soin des pèlerins, et que
la comtesse s'occuperait des femmes. Jac-
ques de Lavergne prescrivit dans tous les
domaines du comte qu'on eût à envoyer, dès
les premiers jours du mois de novembre, des
oies grasses, des marrons, du cidre, de Thi-
pocras, de l'hydromèle et du vin clairet, afin
de distribuer en largesses ime abondante nour-
riture et de la boisson pour réjouir tous les
braves gens qui viendraient en pèlerinage dès
la veille et le jour môme,
ET JACQUES DE BRÉZÉ. 489
Des harengs salés et des légumes secs fu-
rent aussi commandés pour les jours suivants,
car beaucoup de gens observaient encore le
jeûne de YAvent^ qui commençait alors pour
quelques personnes dès le lendemain de la
Saint-Martin, comme dans les premiers siè-
cles, pour mieux se préparer par la pénitence,
pendant six semaines, à la grande fête de Noël.
Cest pour cela qu'au repas de la Saint-Martin
on faisait meilleure chère, et qu'on mangeait
Voie grasse^ qui a conservé le nom d'oie de la
Saint-Martin, avant d'entrer en carême. Ce-
pendant la grande majorité des chrétiens n'ob-
servait plus, suivant la règle générale d'alors,
que quatre semaines : elles représentaient les
quatre mille ans qui avaient précédé la nais-
sance temporelle du Seigneur, adventus Do-
tnini {g).
Dans les premiers jours de novembre , les
pèlerins commencèrent à affluer dans le bourg
et les villages environnants ; et les premiers
sermons de retraite eurent lieu dès le lende-
(g) Voir la note à la fin du volume.
A9i) CHABLOTTE DE YAJM)IS.
main du jour des Morts, précédés d'uD6 mease
du Sâint-Ësprit. Comme la chapelle ne pouvait
contenir la foule qui était accourue de tous les
coins de la France, les pères capucins et les
frères prêcheurs faisaient leurs discours ou
sur les glacis et la place d'arme, lorsqu'il fai-
sait beau, ou bien dans les casemates, les
grandes salles et la chapelle, lorsqu'il pieu-
K^it.
CRAPITRI nill
Hà roii volt les feellM et hoiidraMèê réeeptiOBs ftilte* aa id-
iSMaréve^aeécGliarires. — OMtfMMt tt •ttcfe^Mr lame
•éCDlalre de la Dédicace. — La bénédlctloa papale ddiuiée da
iMiM de la chapelle^ da prtearé. — Henreutet iwpfi ■■!•>■
données aux populations, à la suite des pieuses prédlca-
tlOMi. -> Réflexions populaires.
Dès le 9, la série des exercices de la retraite
finissait dans la matinée, et les confessions
s'ensuivirent. Le ^0^ après midi, les cloches
du bourg , lancées à la volée , annoncèrent
qu'on apercevait monseigneur l'évéque , qui
arrivait sur une mule , avec son clergé et sa
suite , précédé du porte-croix. Aussitôt le
prieur* archidiacre^ ses moines et tous ceux
^92 C1IAI\K0TTE DE VALOIS
des clercs qui n'étaient point occupés aux con-
fessionuaux , se rangèrent en procession €t
marchèrent au devant de Tévôque, ayant le
comte de Maulévrier et les quatre chairiers en
tête. On le reçut à la porte de la ville : là, après
les discours d'usage, Milles d'illiers,- après
quelques difficultés, consentit à se laisser por-
ter sur sa chaire par les seigneurs chairiers^
qui voulaient faire honneur, non-seulement
au digne successeur des apôtres, mais encore
à la personne elle-même. Toutes les cloches
étaient en branle, et les populations, agenouil-
lées dans les rues, recevaient dévotement la
bénédiction du seigneur évêque.
On le mena d'abord à l'église paroissiale 'de
la ville : il y Çt sa prière; puis on le conduisit
au château. La comtesse de Maulévrier était
descendue jusqu'à l'entrée de la première
porte de la fortefesse, pour recevoir la béné-
diction du prélat, que l'on conduisit à la cÉa-
pelle du prieuré. Le P. Donatien lui présenta
Teau bénite, l'encensa et le conduisit à son
trône élevé dans un des côtés du sanctuaire.
Après avoir adoré le SaintSacrement, l'évêque
ET lACQUIS DE Rnt7Ê. 495
fat dans les appartements du château, où on
Fin vita à souper ; mais il refusa , n'ayant pas
rfaabitude dans aucune de ses tournées de lo-
ger ailleurs que dans quelque couvent, et d'a-
voir d'autre ordinaire que celui de la commu-
nauté.
' En effet, le comte avait été prévenu à cet
égard, et même il savait qu'il ne couchait que
Dur la dure; mais il avait espéré que dans la
tirconstance, il se relâcherait de la rigueur de
ses habitudes. Il n'en fit rien néanmoins, bénit
"fes tables, passa ensuite dans les casemates
où étaient dressées les tables des pèlerins,
quMl bénit aussi, puis il se rendit au prieuré
]^t]r attendre dans une cellule la solennité du
.lendemain •
On demandera peut-être â quoi bon ces mor-
tiflfiations, ces jeûnes, ces pénitences? Et d'a-
bord on pourrait répondre par ces paroles
menaçantes de Jésu&Christ : c Si vous ne fai-
tes pénitence, vous périrez tous pareillement. »
Vi^ilà le principe ; FËglise ensuite en a réglé
Fapplication , quand et comme elle Ta jugé
eeiivenable, cotnme aussi elle en dispense
15
494 CAHULOTTË 0& VALOIS*
|;put-à-raity suivant les circonstance», ou i^eu^
Jement la modiûe et la change en aumône.
Qui ne. sait encore, ou n'a déjà éprouvé,
aiie les mortifications, en affaiblissant le corps»
donnent de la force et de la vie à l'âme? En-
fin, que veut la religion? c'est que nous corn-
Citions deux vices malbeureuseoieiit trop
communs, l'intempérance et l'avarice. Admi-
ral)les institutions, trop peu connues et ap-
|>réciée$, car elles font e:](pir6r sur les lèvrM
de l'indigent le blasphème contre la Provi*
dence, et elles changent en bénédictions U»
fureurs que l'envîe eût pu lui inspirer !
;. Le lendemain, de boiujie beurci» tout le
jPfi^oode était sur pied« Os)k ouvrit les deux, |>al-
tants de la porte d'entrée de la cb^poUe^et
jji^e multitude de peuple put, du parvis et de
la place d'armesi, voir officiel* l'évé^pe* l)^,
j^cinq heures d^ mati9,bf^uQ<Hip46 g^^
Jiytient jafy^n^lié d^ la^ isainte (table i mai^ po w
}a messç de monseigneur l'év^que^ce futbiâA
l^^s cons^idfirable eoçoft ; le Bxi&^ fut ofaHi^
^,{|orter k saint ciboire J^M^ue son» te pfNf^
çjj^ç^ .^fin d'éviiter h désoirdf^e, et 4'y j^MBêf
Wt iACQOES tf% VIltlÉ. 495
àê MU côté la etoiiMmiâioii sur les degrés qui
ckseendflôtat su parvis. Du reste ^ tout ceei
«▼ait été préiru.
Après la fiiesse, toutes les cloches tnnoiw
ateeBl la béfiédiôtiofif papale. Dans ta villcy
oa était mouté sur les toits; toutes les cours
ai tous les glacis du château et de la forteresse
étaient e^unrerts d'une multitude lunomlira--
Ut; revécue monta sur la seconde galerie «m*
4aaaM de la porte de la chapelle : là^ aceora-»
pagaé de soin elergé, retètu do ses hahtts poiH
lificaux» coiffé de la mitre, tenant la crosse
çtt nai», il lut les prières prescrites ; puis ^
saluant la eroix donlt le courte de Matriévriet
ttMit la hampe, il b^i toirte cette popula*
tkm chrétienBe, qui, a genoux^ là léte bais^
aéè> ree«¥ait en silence la bénédiction envoyée
pat la chef de la chrétienté. Dans ce moment,
lis tÉudmirs battent aux champs, les trom^
paMes, les clairons retenlissent, les cIooImi
9tet lancées
1 Mais , à peîAë révéqm a^t*tl prononoé hl
dmier #fnai> que tontet les popolacioiiNi se
Ikat^ten criant : N^, Nèel; elles étatenft
>i96 CHARLOTTE DE VALOIS
ivres de joie et de bonheur. Heureux le peu-
ple , qui sait honorer ses , véritables fêtes
aux pieds des autels , et que la foi aide à
supporter sans murmures , les peines de cette
triste vie , de cette vallée de larmes , de cet
exil , qui heureusement doit avoir un terme.
Pendant le repas qui suivit^ tous les gens
de la campagne furent assis à de longues ta-
bles abondamment servies , Monseigneur vint
les bénir , le comte et la comtesse , vinrent
s'assurer que tout était convenable, et lors-
que l^s grands personnages se retîrèi^nt,
tout le monde se leva, le hanap en main,
pour boire à la santé de leurs Seigneurs.
L'octave se passa également bien , et lors-i
que tout fut fini et fut rentré dans Tordre ac-^
coutume, on parla encore longtemps^ dé&
journées édifiantes, du bonheur sans nuages
qu'on y avait éprouvé , des bonnes paroles de
monseigneur Tévéque , des solides -instnK>
N.
tions des charitables prédicateurs ; audsii*
de la générosité et des magnificences de mon-
si^igneur le comte de Maulévrier , et de ma««
éàme de Brézé. Qh ! dam /chacun avait bieni
£T JACQUES DE BRÊZÉ. i97
sa petite histoire , sou petit événement à ra-
conter en rentrant au logis ou à la chaumière;
et ceux qui revenaient chez eux, étaient bien
vite entourés et questionnés sur ce qu'ils
avaient vu ou entendu :
'^'— a Monseigneur l'évéque est-il fait comme
nous? est-il g«and? est-il petit? est-il gros?
Et comment est-ce qu'est donc fait son grand
bonnet? Sa crosse ou son bâton ^ c'est-il tout
d'or?
— c Vraiment , oui , disait l'autre , ça vous
reluit à Tœil , que ça vous éborgne et vous
écarquillé.
— «Et notre comte, c'est -il là un sei-
gneur!
— c Et sa damC) ma fine , dit uneboulan-
gère, c'est qu'on n'en voit point de belles comme
ça ; aile vous a des yeux , que c'est comme la
gueule enflammée de notre four, avant d'y
mettre la pâte.
— € Puis , aile vous est atournée et ficelée ,
que ça ne se voit que cheux notre seigneur
le roè.
4 96 GHÀftlOm DC TMX>llSf.
— « Aussi ben , aile en tient un peu de la
côte du roè , à ce qu'on dit.
»— € Mais, dit^s dooic, ina çQmmbv^i c'est^il
point sa sœur?
^n J0<9*è hm qu'oa m'a dit 4|P6IH{w cbose
eommf c«.
*-^ € IMtes donc , mère Simone , ay^rous re-
marqué, son drôle de bonnet? ça tous i-es-
semble à un bourellet de notre gars, tant
Mulement qu'il est tout d'or etd'argMt *.
— c Mais c'est qu'il faut qu'aie soit forte sur
les reins, pour porter c'te barrique là, sans
branlet la tête.
— € £t les p^ts , doue ; et le cidre | e% Thy-.
1^QV9^, fitYhyâvm^li ahl l«p^JeaoGalot»
y a'un revenait j^s d'aise , y croyait que c'é'^
\9i\t if'un conte de fée, quouç ?
"^ lu effet, an hmn fyvmM avait w^^ fqp espèce
de houreUt plus affreux encore, s'il est possible; ce bourelet
Mit d^mc sar k fnnt et iiBiiMB|ait an^tMis des^reffliii
on le plaçait sur une façon de calotte qui couvrait ei) Mfti$
les oreilles ; le tout était en étoffes précieuses.
ET lÂCQUéS BB Bi(tEf. 499
•«- € Oh I ma fine , je nous en seo^iendrons
toujours bien.
— € AvVous entendu chanter , comme ils
braillent bien ces biaux seigneurs?. Oh! ce
n'est point comme nos m^chicots de potVil-
lage.
— cPuis, ça joue sur des ficelles tirées, et ça
fait un drôle d'effet dans les oreilles ; puis la
trompette !
— cOh ! dites donc, compère Lucas, av'vous
remarqué quand Monseigneur il a été juché
là-haut, sur la chapelle, que ça me faisait
peur qui ne descendît tout d'un coup , ce chier
homme ; (car c'est pas coutumier du fait ; )
voilà t'y pas que les tambours , les cloches ,
les trompettes, les clairons, tout se meta
battre et à crier avec les chiens, qu'e ça
vous pénétrait Tâme; on s'croyait au juge-
ment dernier. >
Chacun parlait suivant son impression;
mais il en restait une et elle était salutaire,
carie peuple , surtout, a besoin des solennités
20Q CHAUOTTE DE VALOIS
extérieures 9 pour que son imaginatioo soit
frappée.
On eût lieu pendant longues années , de
se féliciter dans la contrée , de la retraite qui
avait précédé et suivi cette grande fête ; et
plat à Dieu que les efTets n'en eussent été ou-
bliés par personne !
l. •
ts-
) .
cufim ixiT
CoauMM 11 eit fliM «IttelM aux McIim ée tahre lec «titiÉfi'
4e l'«vaBSlle. ^ ClMH«cie d lac«aes «« Iayctpm pa^ita^
pMir ue proveiukie. — La Koace , la ¥eBtrottnierle , oé la
cmnieMe «c MaaléTrler répaadi ses Mentolls. •» Prejat 4^
eonstralre on pavUloa prH «e la rar«^, « a'oa vcat appeler
.•<i
U est plus difficile aux riches et à ceux 4^i
n oQt pas besoin de gagner leur pain à lasueupr
de leur front, qu'au pauvre, de demeurerdaiis
la voie et le sentier de la justice ; on se faitflr.
lusionsurla disposition libre de soqitemps^
comme si on n'était plus obligé au tr^vaiil
imposé à tout homme , qui répondra du ten^ps
mal employé; c'est déjà une iounense ét^dp |^
202 CHARLOTTE DE VALOIS
faire, que de rechercher les obligations ri-
goureuses de son état, sur quoi on sera jugé
sans miséricorde ; mais , on a plus de facilité
pour disposer de son temps , plus d'entraîne-
ments, plus de mollesse, et partant plus
d'éloignement po|ir Ja .«4f4Hté des lois et des
conseils évangéliques.
C'est malheureusement ce que nous allons
voir, malgré tant d'efforts, tant d'épreuves,
tamt ^e isecour^ et Unt de grâc«s« car nmsusr
tow s^ite efrt jm prévenir te que Vov powllt
rêckMiter.
■ «
Aussi, un jour il arriva, qu'après â^f^
renouvelé ses recommandations, le comte de
Maulévrier partit de son côté pour aller à la
chasse, et il confia sa chère moitié à Yacoûbo,
pour feire èîie longue promenade ; les vôIlà
donc ehevaDèhant côte h c6te et gravissàlii
SOT rétitf ê rive delà Vesgre, la mbiîitagnîi'
siliceuse oft se trouvaH une ferme sur la rdutb^
it k tofèt de Dreuic ; ce Heu était si itigi^
pMi^Ift edture , qu^on n'y voyait guère ^W
àeê rouées ; aussi eette feme s*appelait<^€lMf
h BfiMee. A^rès y avoir bu du lait , oti red«b^
eendit à miH^ôte , vers Anet , et Ton pssM
ékn un gentilbranne dont le fief relerait du
ieignenr de RmiTre^ ; il se trourait dans son
petit manoir et reçut arec Joie la coititesse de
MhrnléTrier , li qui il présenta sa femme et
éoe partie de ses trente^den!t enbnts. €e ma*
tioir ataî* nom Ventrofiîllerie ; CSiarlMte
dèâianda d'eCi pou tait Tenir ee nom? On lui
êipprit qne près de lliabitation , il existait
Une «ouree d^ean minérale qià était très pre-
ftlalJle «m femmes stériles ; elles y arrmient
êiï foideets'en trouvaient bien , peu de temps
après en avoir fait usage. De-là , supposait*on,
hA Tenait le nom pres({ue significatif que por-
tait ee lieu.
/ Après av<nr eomplimentêle sire de la Yen*
îroSillerie , des heureux el09ts de eette eau
tm la dame du manoir ; la comtesse , après
eli avoir souri avec Jaeques de Laveigne , de-
manda en témoignant de Tlntérêt ,. quelques
détails sur cette nombreuse famiUe ; elle ap-
prit y que depuis le onzième garçon vivant ^
oh avait obtenu du feu roi , une pension via-
gère ^de 60 livres pour chacun des enfàfitss
204 CHARLOTTE I>fi VALOIS
et une de 420 livres pour la mère; que de
plus , quelques garçons avaieut déjàThooDeur
de servir ; l'atné des fils était marié , un autre
était à Rhodes , un autre moine ; il y avait
deux filles de mariées , trois filles religieuses;
que quant aux autres, Dieu y pourvoirait; déjà
deux autres seraient hors de la maison , si
Tune pouvait avoir une dot de 500 livres pour
se marier , et l'autre i 40 livres pour entrer en
religion ; mais qu'on ne pouvait guère espérer
pouvoir réunir ces sommes importantes avant
dix-huit mois ou deux ans, jusque-là, il
fallait attendre.
Charlotte avait bon cœur ; puis elle aimait
l'ostentation ; elle promit d'obtenir les 440 li-
vres nécessaires pour les deux dots , que le
comte de Biaulévrier serait sans doute assez
iig9^ pour accorder à la famille d'un de ses
USipaiix^^'il estimait véritablement. Un con-
9HFt 4e TCConiidssance se fit entendre, c'était
à, qui baiserait la main , la robe , les genoux
^'one si généreuse dame.
-jLes bienfaits sont des titres , sur lesquels
^e pouvoir fonder de nouvelles espé-
ET JACQUES DE BRÉXÉ. 905
rances , c'est une espèce de droit ; le sire de
la Ventroûillerie profita des bonnes et géné^
repses dispositions de Charlotte, pour la prier
4iç prendre deux de ses fils, Tun de six ans,
l^^utre de sept, à son service, ou à celui du
^mte de Maulévrier, en qualité de pages.
Qette place entraînait tout naturellement Yér
4ucation des enfants dont les seigneurs se
S^v^îent ainsi ; devenus grands, ils étaient
équipés et pourvus d'un emploi qui les faisait
Y^yi*e honorablement. La dame de Brézé pro**
iffit d'en faire la demande à son mari popr
Tun des deux; mais elle prenait l'autre dè^i
ce moment à son service personnel.
Les expressions de la plus vive reconnais-
sance éclatèrent de nouveau ; mais Charlotte
ne semblait rechercher qu'une seule appro-
bation. En effet, le commandant, devenu son
chevalier, la regardait les larmes aux yeux ;
it jouissait sincèrement du bien qu'il voyait
faire, et se félicitait d'en être le témoin.
Après avoir laissé écouler lejemps eonVe*
table, Charlotte fit les adieux les f^s gra-
cieux, renouvela ses promeases, prit le hn»
de LaveFgne ti s'a^bemioa du cété de la fo"
Akmj ptff ttÊéta^ et par vâtnt, les pramcM
jaiem»y tkptès tine loùgn^ promenade dans léS
É(Hifé9 mttbiigtises dé la forêt, déboticbèrenf
suf «Hé émioM^e qti» éômîftâfe le pays; et
d^où Yùû «pereevsiit le eôntn sitment àa
TEiri'e âif oaniïf de ffaîcfteaf pi'aîrieà. (Mt^
k^ rocflat i^assMîr Mt Mt le gâ2?on ;: elfe ea*
toya les chetaift rsrttétidre âti bats de la ttidfi^
tâgâe, ee erdootia k Imqfifei»^^ de s^assécé* égiË*^
teifiiint pdur se fep^yser. Il abéif ; se phçktâ
tMtéfoi» à distance f espeetoeusè.
Après un long silence :
— c On est bien l^i, dit Gbarlotte, fa vue y
est magnifique. Quel dommage, sire Jacques»
que notre château de Rouvres ne soit pas si-
tue ICI. >
Lavevgne ne répondit que par monosybf
labes.
. Après quelques iiauitMifeii^ elle veprit:
•M^ «M'en toHle»ip«ii#en0oreiy êimtào0fÈm9
Vumiêlcuimwà» mon muA*
Wi êàCQm^ i>& Bateau Mi
^ *- c Non 9 ma très honorée danM^ puisqu'il
est heureux.
(j iH-<ll me tardait depufo loffgfetnpè détrou^
i«r Focoasiôn de vous ferler de iM fMOtw
oiMsance pour votre discrétiott, véili n^A¥M
poifit affaire à une ingrate. >
Elle appuya sur ce dernier mot, en le pro«
fidnçant arec kntetir èl en tôurfi^nf fttif lâc-
hes de Larergne on de ces regards ^tri por^
Mot le poisoR et \é feft dans Tâme.
.Lç malheureux était ému;, madame de
Mauiévrîer lui tendit la main en signe de ré-
conciliation , et il ne put s'empêcher de la
porter à ses lèvres.
Qu'aurait-il dû faire? brusquer le dia-
logue, se rapprocher de la suite, et fuir
ensuite comme l'avait conseillé le P. Dona-
tien ; mais la grâce repoussée d'abord, était
déjà la plus faible, et Lavergne prolongea la
conversation, sans qu'elle eût encore d'appa-
rences coupables, et qu'il s'en i^endlt vérita-
blement compte lui-même. Car, alors que la
grâce s'éloigne, le jugement s'obscurcit, et
208 CHAnlOTTF. I>fî VAiOiS
Ton se flatte, parce qu'on ne voudrait pas
tomber tout-à-faît.
Toujours est-il que ce téte*à4éte dura trop
longtemps, car dans la disposition de son
cœur, un regard suffisait pour le rendre eàm^
pable; nul aveu n'est encore fait, et cepea-^
dant ils se sont trop compris.
. En signe de racconunodement et avant de
se remettre en route, il fut convenu que
Charlotte demandei^ait l'agrément à son mari
d'élever en ce lieu un pavillon de plaisance
qui porterait lé nom de Sorel, en souvenir de
saÀièrel
■ \
■ • *
•M
aunnim
ItCM
4m «MBte «€ MMiMvrlcr. ^ TrooMct et Lavertac. — lacf t i
et Èitéaé mmtM mk p rt p t rtti — ■ «ae Ml tali m Hhbmé. **
Graeis coaAftli 4mm l*àBM «e LavergM. — lafaMlnëtet ée m
'«« MftMMvHtr * la nn éK «•!■« apMrtal 4t i(ft-
La comtesse de Maulévrîer rentra- tard;
son mari inquiet la fiiisait chercher déjà de
.tous côtés. Ce qui le rassurait, c'était.de la
savoir accompagnée de son ami, qui saurait
la préserver de tous dangers. Qu'il était loia
de les tous prévoir Il fut tout joyeux de la
revoir pleine de santé et de gai té ; il n'eu était
pas de même de Lavergne , et les réflexions
240 CHARLOTTE DE VALOIS
qu'il avait faites au retour Taccablaient d'un
profond chagrin ; il commençait à tout redou-
ter; et surtout, il regrettait amèrement de
n'avoir pas quitté le château, suivant le con-
seil expérimenté du P. Donatien Il était
temps encore; mais a-t-il fait ce qu'il fallait
pour obtenir le courage nécessaire?...
Charlotte, elle, n'avait pas perdu un instant
pour présenter ses projets à son mari avec la
séduction qu'elle savait employer si à propos
qmrtid eH0 vouiatt réussir; ^te demaiidft «I
ebfehit Bvee^mpresftMaeQt im aeuJL 4otg et fes
4êu% fiêcm éà page« pour ï^ «i^anilî 4€f «9n
vassal ; mais ce qu'elle sut présenter avec tout
•
le charme d'une idée favorite , c'est la con-
struction de son pavillon de plaisance, au-
q^^ soj);ÇS{U'L<; ç); so» àm^çr^U^cbaiept ppur
U naome^t de sf doux ^^u veiur. . , , .
' PMir ajouter h gt^cé kh'bôïité,hc([tttà
WlÈlti^ pria iSft (émxM dé IS6 thAf^ër âé toiit.
fî l^atitoi'i^ àoat i 8*éfitêndfe àVée sôil trl^
• . •
îSbHer poûi^ 4éis dots ^ la dépèâiisé M pâtîttoll )
^ïiîs 'atêt; soh ami Yaeoûbo, aînsf qu*6d l*Stjr-
n JACQUES DB MliEÉ. 21*4
pelait toujours par amitié, pour les pages et
len eonâtructions qui devaient s'élever à deux
lieues de là.
Le comte voulut qu'à eux deux l'entreprise
rat dirigée sans qu'il y mit les pieds avant
crayon ne pût l'habiter, pour en avoir toute la
surprise.
c Rentré chez lui, Jacques de Lavergne com-
mença à souffrir avec une violence extrè-
m^f la léte lui parut bouillonner du feu;
Il cœur est oppressé , et ses battements se
précipitent avec une vélocité qui lui était
inconnue jusqu'alors. Le premier pas qu'il
&it dans le sentier du crime le bouleverse ; il
sent toute son imprudence; il n'en accuse pM
b[ femme de son ami, c'est sur lui seul qu'ilfait
rirtomber tout le poids de ses remords. Il rou*
gitde lui-même, et il sent enfin que la fuite
dévient son remède unique. Mais auFfe<»tMl ie
oouriige de son devoir? Saura-t-il puiser à se
Source la force presque brutale dont il aura
besoin pour s arracher, lui, de son plein gré,
à des séductions qu'il n'a pas i^ecberohées ?
2i2 CHARLOTTE DE VALOIS
pour abandonuer une seconde fois le frère
quilui résistera, qui emploiera foutes les con-
sidérations de l'amitié fraternelle, qui se
plaindra, qui pourra l'accuser d'ingratitude,
quî dira que dans la disgrâce Tabandon ne
peut se pardonner... Que sais-je encore ?....
Mais, dans cette énumération des motifs que
l'on suppose dans Tespérance non définie de
trouver une résistance invincible, n'y a-t-il pas
déjà une arrière-pensée qu'on ne s'avoue^pas,
mais qui est bien la seule dominante? là seule
vers laquelle toutes les autres convergent? la
seule autour de laquelle toutes les autres
tournent en se resserrant comme les spirales
d'un gouffre, pour les réunir à la seule qui
demeure.
: Hélas! oui, il faut bien l'avouer, c'est déjà
de la faiblesse que de vouloir discuter et rai*
sonner avec la passion coupable. Dieu de-
mande alors qu'on agisse et non qu'on déli-
bère; car on est bien près de la chute, et elle
est d'autant plus grande que la résistance a été
pirolongée.
Celui qui considère ces terribles luttes avec
BT lACQUES DB DRiZÉ* 245
les yeux de la Foi, peut-il voir autre chose,
^noiiy que rbomme-est une intelligence dé-
chue, luttant ici-bas contre des organes, vou^
lant quelquefois le bien , faisant plus souvent
lemal; et cette lutte pour ainsi dire continuelle
^tre les oi^anes et.rintelligence, entre la
phair et Tesprit; c'est l'épreuve qu'on
Pipmme la vie ! Il faut cependant, jusqu'à la
fin, soutenir ce combat dont la palme est aux
cieux.
La comtesse de Maulévrier de son côté n'a-
vait eu rien de plus pressé que de rechercher
et retrouver Lavergne, pour lui raconter lama-
nière dont son mari avait accueilli toutes ses
demandes, et la grâce qu'il y avait mise.
j Rien ne devait être plus funeste que cette
aimable et facile condescendance d'un mari
trop aimant. Les projets de Charlotte, comme
on l'a vu, furent dépassés; car tout naturelle-
ment, Lavergne dut l'entretenir plus souvent,
l'accompagner habituellement dans ses cour-
ses fréquentes, et devenir ainsi lui-même
l'instrument de leur perte commune; et cela.
844 CHARLOTTE BE ▼ALOIS
au nom d'Agnès Sorel qui, si l'on s'en soth
vient, arait été à ses yeux un épouvantai-,
dont il feisait peur à Jacques de Brézé avâét
son mariage.
Charlotte énuuïère longuem^t ses projelsi
elle charge Lavergne de Itû procurer dis
plans, de faire demander des architectM,
d'aller annoncer ces bonnes nouvelles à la
famille de la Yentroûilterie ; non , elle iM
avec lui ; puis, ils re verront ensemble et âvéc
plus de soin les lieux qui lui sont devenus si
chers. Enfin, elle parle avec ce désordre que
donne quelquefois l'ivresse de la joie.....
Et cependant Lavergne l'écoute préoccupé;
ses démonstrations toujours calmes et respec-
tueuses ne correspondaient pas à l'activité fé-
brile de Charlotte qui d'abord ae s'aperçoit
pas de celte différence ; puis, elle le conaidète
et le voit peniôf ^ absorbé ; elk craint d'à? 0if
blessé les suseeptilHlitéa d'une âme dont «Ha
connaît et appréeie les touches délicatoa*
S'arrétera-t*elle ? Mais cette f ésiatance afpa^
rente ne fait qu'enflammer davantage sa pt»
aioui et elle trouvera dans le génie isrsn^dé
ET JACQUES Bë BBÉZÉ. 245
Tattrait, un arsenal assez puissant, des armes
assez cachées, mais assez sûres, pour vaincre
ce qui peut rester encore de résistances scru-
puleuses.
ounm uTi
Olll'MI
»
^H^^HM
».—&•• Mil
»«■ eoMte et «e ta ciwiMic 4t MwMvrlflr.
*Lci
kmw a'vta rcMNivelé* ûu 9. Bosatlai <€■€«■€• lafirae-
' 'iHCBZi
..Gtaicli
#BlCSM 4te LSVWSBB.
En attendant, Tébraulement, imprimé au
système nerveux, l'état violent dans lequel se
trouvait l'âme de Lavergne, par le combat à
mort que s'y livraient sa. passion coupable et
l'honneur a?ec ses principes religieux, affec-
tèrent sa santé ; il fut comme envahi par une
fièvre ardente, et fut obligé de s'aliter, car
ses forces étaient entièrement épuisées, et
r.oppression qu'il ressentait lui i^isfiit eroirç
248 CHARLOTTE DE TALOIS
à une rupture prochaine dans les organes
qui avoisinent le cœur.
Une fois malade, sa chambre était devenue
le séjour habituel du comtede Maulévrier, qui,
vivement inquiet des progrès du mal, avait
fait qnérir à Dreux et à Chartres les physi-
ciens les plus expérimentés et les plus célè-
bres dans la contrée. On consulta même des
astrologues, et tout ce qui fut prescrit fut exé-
cuté avec une exactitude que l'on ne pouvait
mettre en doute; c'était Charlotte ^i s'hait
chargée, presqu'à cHe seule, des mina nmlti-
pliés qu'exigeait la gravité de la maladie aiguë
dont Jacques de Lavergne avait été saisi subi-
tement, dans la nuit qui suivit le retour de la
promenade de la forêt.
Le P. Donatien ne fut pas le dernier à venir
visiter son cher enfant, et à lui offrir les se-
cours religieux ; il obtint encore toute âa con|
fiance dans les motnents où le délire ne dé-
truisiait pas Ja suite de ses raisonnements ; te -
bon "prieur, avec tin coup-d'œn d'aigle, avait
^resqiie foQf devitië, à ta tiaamère dont la com-
tesse multipliait ai^iôrai, et & celle dôiM ils
éttiiênt reçus. li osa, un jour qu'on étsit plu^
r
iBSSOîé, mettre le doigt dur la piftie, et itatëi*^
fbgea le malade, qui trouta un gfftiid sotilà^
gëment, et peut^éti^e ^ guérîson, daus eëtte
OMâdenee difficile .
Led conseils ne pouvaient être ni muHipliéB,
ni trop étendus, soit à cause de la faiblesse du
pauvre malade, soit à cause des courts mo-
Bsents où ils pouvaient être seuls ; nmis ils se
féscunaient toujours par la nécessité de la
fuHe, et le départ aussitôt que Ton pour-
r$à% se lever. Il opinait pour que ce fut
dans le midi de la France, d'abord, pour pré-
texter le besoin d'une atmosphère plus douce,
puis parce qu'il voulait aussi profiter de la cir^
(instance pour Tadresser au commandeur
d'Aubusson, en Auvergne, ei^rant que de là
il pourrait se rendre à Rhpdes, et y faire quel-
ques expéditions avec les cbfevaliers dé Sâfnt^
Jeaa de Jérusalem. Lavergne atatt fftri par f
doûiier son agrément ; le prieur entretenait
Miivent de ce projet le comte de Maulévriet'»
qui, à grand regret aussi y donnait la main,
{mir. conserver la vie et la santé ft son cher
220 GBARLOTTt; DE VALOIS
Yacoùbo. La difficulté d'exécuUoo et d'entière
résolution était retardée, parce que les physi-
cioas soutenaient que le malade avait la poi-
trine en très bon état, et n'avait nul besoin de '
quitter son pays natal , ce qui même, suivant
quelques-uns, pouvait lui devenir funeste.
La comtesse de Haulévrier entrait parfaite-
ment dans les considérations des médecins,
qui favorisaient une inclination qu'elle ne
combattait plus, et, avec cette finesse pei^de
qu'une femme adroite sait mettre dans ses
projets , elle arrivait à persuader et à con-
vaincre son mari. Faut-il ajouter que Laver-
gne, qui savait ce qu'il aurait dû faire, qui
eût voulu avoir assez de courage pour exécu-
ter le projet du P. Donatien, avait peut-être le
cœur disposé à préférer toutes les difficultés
que l'on pourrait opposer à son éloignement.
Lorsque sa piété et le prieur prenaient le des-
sus, alors il demandait sincèrement à Dieu de
mourir, et de mourir prompteineut, afin de ne
plus rt^enser; il redoutait sa faiblesse plus
que la mort.
Il w relof • ««petidul, et Charlotte. fut
ET JACÔUDS r>E BRéZÉ. 224
assez adroite pour ne lui pas laisser la possi*
bilitc d'exécuter une seule mesure de pru-*
dence ! . . . Que de maux entraîne la faiblesse,
et combien elle précipite d'âmes dans le gouf*
fre, sur le penchant duquel nous sommes teu«
|oinrs suspendus !
Les promenades furent reprises ; de courts
moments de satisfaction , attirèrent de nou«
Teaûx remords dans Tâme bien hée de Laver-
gbe^ qui avait eu horreur du vice ; mais déjà
bette horreur était moins profondément enraci*
née. L'abus de la grâce Pavait éloignée de son
eœur, qui commençait à s'ouvrir aux so-
pbismes; les passions humaines sont aven-
ues, au moins elles aiment à se faire illusion î
Slles veulent surtout s'étourdir, quand les
lueurs de la raison apparaissent ^'''alors, on
Pi^me toutes les avenues à la lumière qui pour-
rit éclairer cette pauvre âme, puis on voudrait
croire, peut-être fihil-on par croire sincère-
Inent, qu'on ne voit pas, et qu'on ne peut
fftîre autrement ! . . .
'C'est là ordinairement la marche que prend
l'incrédulité, si tant est qu'il puisse y avoir
222 CHAHLOTTU: 1>F. VALOIS.
un véritable iiicrédule. On ne veut pas croire,
parce qu'il faudrait pratiquer ce que l'on
croirait, et l'on veut être conséquent, MoioB
malheureux peut-être celui qui, plus incoo-
Séquent, gémit de ses faiblesses comme telles,
qui se les reproche comme de graves atteiotel
à la loi divine, mais qui ne fait pas parade de
son cynisme d'incrédulité, car il peut arriver
dans ce dernier cas, que, par une juste puni-
tion du ciel, Dieu refuse à celui qui le renie la
possibilité de rallumer plus tard la mèche qai
fumait encore lorsqu'il s'est déclaré athée.
Toujours est-il, que le malheureux La?9p>
gne, trop faible pour lutter avec sa passicOf
sur le théâtre de ses premiers combats, qu'il
n'avait pas eu le courage d'abandonner, avait
fini pardenuer la mort à son âme.
Mais, dira quelqu'un, l'âme est immortelle?
Oui, certes, elle est immortelle, mais l'iosuf'?
flsaucedu langage humain n'emploie cette «■>■
pression de mort que pour signifier que l'&ipe
a perdu sou empire, sa dignilé, sa beauté; mhi
empire sur l'individu, sa dignité aux yeux (Jes
hommes, sa beauté aux yeux de Dieu.
I
» «
.V
aunmîiw
:■»'
M eonroime. — Petaei et liiqalétadcs fonéécs eu yrtcar. —
tfilii MB Mear. — AlIlBctacia épuwlieiiMpi» eu cMBte û% Mmh
Nous nous garderons bien de raconter le^
faiblesses adultères de Charlotte et de Jacques
de Lavergne, ce sei*ait répéter ce que l'on a
]p {tartout, avec des détails trop souvent sé-
duisants, et d'autant plus funeslës, qu'ils né
sont pas toujours présentés sous le jour odieiu
qui leur convient, ni avec le blâme sévère
qui devrait les accompagner ; la rigueur des
itères de TËglise contre ce crime énormjPi
224 CHARLOTTK DK VALOIS
éloonerait aujourd'hui ta molle délicatesse de
notre foi affaiblie. Qu'il nous suffise de résn-
mer de si criminelles relations, par ces paroles
accusatrices et accablantes : Duplicité ! trahi-
son ! crime 1
L'on n'a pas sans doate oublié la situation
de la ferme de la Couronne, qui communi-
quait avec le château par des souterrains;
c'est là, dans une pièce secrète dont le comte
de Haulévrier et Jacques de Lavergne avaient
soûls la clef que se donnaient les criminels
rendez- vous. Là, on se croyait à l'abri de toute
surprise; là, on offensait les lois divines et
humaines.
Le prienr s'aperçut, bientôt que les visitea
du commandant devenaient plus rares, qu'a-
lors même elles étaient embarrassées ou pé-
nibles ; puis les visites cessèrent, et il ne douta
plus de ce qu'il craignait avec angoisses. At-
tristé d'abord, puis affligé profondément, le
P. Donatien ne pouvait plus que prier Dieu,
car sa longue expérience des hommes et dea
choses l'édairait assez, pour craindre les coil-
séquencesde ce qu'il redoutait depuis quelque
ET JÀCQ€£S DE BRÉZi» S29
temps, et pour savoir combien il est difficile
de donner des conseils efficaces, à qui ne les
demande plus.
Ce qui l'inquiétait d'avance encore, c'était
lorsqu'il supposait que le comte de Maulé-
Trier arrivant à être instruit, viendrait lui
confier ses douleurs.. • lui demander des con^
geils... peut-être avouer un crime dans lequel
sa fureur l'aurait plongé sans aucune prémé-
ditation!... C'étaient d'affreuses prévisions,
mais qui ne manquaient pas d'être fondées
pour qui connaissait la violence des premiers
mouvements de Jacques de Brézé.
Ce que Lavergne redoutait cependant au
milieu de ses désordres, c'étaient les ab-
sences du comte de Maulévrier ; soit pour les
cbasses, soit pour les affaires de son gouver»
nement; car il tombait dans la libre et entière
dépendance de Charlotte, qui n'avait même
plus alors de ménagements à garder : elle or-
donnait, et il fallait obéir, parce qu'on avait
obéi une première fois
Lavergne préféi*ait encore la préienee du
oomte, quelque pénible qu'elle fût habituel»
iW àikKLOTit DE vktoà
Umêiti jf0Qi^ lui; surtout lorsque celdi-ci;
ti^e ia êoiiKtantc et ancienne affection, IdT
parlait, l'interi'ogeait en frère sur cette dïà-'
{wflîiioa habituéHénient triâle qu'il àpérËe-
Vait cfiez lui, sans pouvoir s'en tendre eàihpiè.
Quelqnefois H voyuit Ou entendait tout^^-coiip
tavergria ianylotter,- étoiiffer;.... Alors les
Interrogations ne tai-issaient plus, et il eti
était arrivé h crOife que son ami avait nné
naludie foit singulière, dont ou n'avait point
eniioré entendu pâiler.
- Son intérêt affectueux le poussait à en eau*
BeravecsafemftK.quilrouvàilmiUebiaispoirf
eipliqtwr celte disposition Morale, t)ar la
^sie d« S0& Imugiifâtiocl êxalléë et hà^
fduBeusd.
.: fi'aatres fois ^ le comte demandait S La-
flrrt^ne «'il he vouilraît point se marier, éi
«elui^t refusait; s'il né voudrait pas fài^é
■OB Voyage dube-me»"; el cèKii-ci, sans rtéiî
iMeider, .lertiètlàit îi en éiiuscr pliiS iitià
Ces idées étaient suscitée par le bori
fh-ieuF^ k qui le tatiite en ffvait jiiH^lé, et ^ur,
4™t celte |;f6(Jcéee qdé doniie l'esprit ^
ET JACQURS èE tfhéZÊ. iff
Diéfi; àVaîl clîefché k pfefsil«(ïèt (fue ce Kon'
gà[f()6â êtàît prôbiiMement trop attàdiê h sa'
patrie, mais qu il pouvait avoir vocation àil-
Vedti, et que n'y répondant pas avec kssèi de
pronïptîtude, il éprouvait les peines très hà-
tWéïles qui suivent la résistance à lâ grâce.
Lé èonfrte cependant rie pouvait p\\^ forcer^
Lavergne; il lui reprochait qùelquefoîè, avèd
amitié^ d*avoir depuis quelque tiithpÈ une
placé bien secondaire dans le cœ'ui* de son
vdier frère, puisqu'il rie le jugeait pÎQs dîgfië
c6iïrthcJ autrefois de ces coiifldencés, âê ées'
épàncfaements qui unissent les bons arriïs.
Ators, Lavergne n'y tenait plus, léà sàngîotfs
se fëifeaierit jour, il se levait et é'arrachàîf des
}ttn§ de sori ancien ami, pour aller se jeter sûf
lès dalles de la chapelle. Là, Êonîriië lë pti-
bli6a)ri, il se tenait pro^itetrié, humilié; il
li'fiélit pltrs prier; il savait que ^eâ prières,
dàtis^ l'état de son âme péchei'ésîie; tië pôii-:
vàtebt avoir d'accès auprès de Died, et qtf éliè*6
étaient inutiles pour tout autre chdàè (^M*
pour demander sa conversion; c'était aussi
là que se bornaient ses prières; il deman-
228 CHAttLOTTE DE VALOIS.
dait, mais faiblement, le courage de sa con-
Tersion , et dti moins Id grâce d'une bonne
mort.
Ayant même, k cet égard, perdu toute oou-
fiaoce en lui, il faisait prier dans tous les
couvents pour sa conversion, et surtout pour
.qne Dieu lui fit la grâce de mourir dans la
péaitence et la contrition.
Il faisait vraiment pitié; il était digne de
compassion, celui qui, avec de si touchants
désirs, ne savait pas avoir le courage de sa
volonté; il s'accusait avec rnison d'être d'au-
tant plus coupnble, qu'il connaissait la pro-
fondeur de sa perfidie; car il n'était pas
comme ceux qui sont d'une impardonnable
ignorance sur tout ce qui doit inléresser leur
ÉTEHNiTÉl... 0ht inconséquence de l'espèce
humaine, qui en général se joue de la vie
comme d'un passe-t«mps, et qui arrive au der*
nier jour, tout étonnée d'une part, que ce
soit fini, et de l'autre toute troublée de l'in-
certitude de son avenir.
CHAPITRE miU
0* l'on volt la contlnnaUon des flamincs Infernales toarmeater
Vàme de Lavergne. — DlflKrenee entre les Joies et et monde
c| in pnlx spirituelle. — Gomment le duc de Savoie, le Men-
iMnreuz Amedée menri. ^ Ses mlraelês. i- Titre de rùi êrèi
chrétien dévolu aux rois de France. ~ Le comte et la comtesse
décident que Lavergne Ira porter «a roi et à ia reine lenrs
condoléances. — invitations dn P. lN»iiatlen et doolourevt
adienx qne Inl Itolt Laverrne.
Lavergne, comme on le voit, n'était point
heureux : le trouble de sa conscience, comme
un ver rongeur, le pénétrait souvent d'une
telle horreur pour lui-même, qu'il se consi*
dérait comme le dernier des hommes ; il avait
beau s'étourdir quelquefois, il ne pouvait je-
ter les yeux sur son ancien ami, sans avoir
l'àme bouleversée ; ses nuits étaient agitées*
230 CHÀHLOlTË DE VALOIS
il dormait peu, et lor^sque, de -guerre lasse,
le sommeil appesantissait sa paupière, les cir-
constances les plus pénibles d'une surprise
le réveillaient en sursaut ; alors il se félicitait
presque de n'avoir plus que ses remords....
Ces premiers châtiments poursuivent toujours
l'âme coupable, lorsqu'elle n'a pas encore en-
tièrement éteint cette lumière qui accompagne
tout homme venant en ce monde. La différence
qui. existe entre les plaisirs d'ici-bas et les
jfMim spii4jti^eU(^8 quâ promet l'enerde^ des
^vMrtUi r#ligi^w*#», i^est qu'avaol d'arriver
;Me'et pleine d'attrait^, faprfljl'qR »>.fi»§. at-
teint son but, on court avec le sentiment que
l'on va parvenir au bonheur. Illusion bril-
Unte, mais fallacieuse! Â peine est on par-
Venu au point vers lequel on tepdaitj, qu'qn
i^^ent le vide, l'ennui, le remords, la las-
:6itude9 e| souvent le dégoût ; pour les sepop-
.des, au contraire, elle^ ne nous soiit pj'ésen-
* .*-.»■ '. ■ » ■ - ■ ... * •". .
tée^ que dans }iue régiop élevée, oij l'on ne
parvient qu'avec effort, avec peine, souvent
a farce^de combats incessants; mais aussi,
^v^^ivj' ■' ■'■■■■■' '---■••'■ •-Nir^fv n
une fois faryenusan tiU% que de doucimrW^
.^ue de j()i( s calmes ! (jUi-Ue [^aix on ac^oieil'!
itjpUe paix qui surpasse tout senùménf.
Vers celte époque, Louis Xr épuoévacone
'■ r/éritai^le peine; Âmée ou Ainédée^ duc ^b
Savoie, son beau-frèrey mouru|;. Ce princeiiii
^taH doublement allié et par 3a femaaift, ¥olàkide
IHe France, fille de Charles Vljf» et par sa aœQn,
i^;ir{otte de Savoie, que Louis XI avait épof-
té0 ^n secondes noces, n'étant encoro^ue
' .^ijpbin, et contre le gré du roi son père.
4^fnédée avait toujours donné des eoiiseils
pi^iidents et sages à son beau-frère, qui ne les
av^it guèie suivis; mais il n'en avait pfs
990193 conservé pour co prince éclair^ et si
éinipemment religieux, une espèce de véiif-
]Nàtion, qu'il partageait aur reste ai ee iea so-
l^t^jd'Ao^édée et tous ceux qui ^traient eu le
))onheur de rapprocher. Le samedi saint.
Si mars 4472, ce piince, respecté et rei^()eo-
tphlc, mourut en odeur de siiinteté; les.'mi"
racles qui s'opéièreiit à son tombeau déter-
ininèrent le pape i\ le déclarer i7i>nArarMd^,
... .<. Il-
'\^ ^autoriser son culte dan^ les lieuiL oà il
392 OH&KLOTTE' DE VALOIS
était né, avait Técu et était mort. Les^uerres
d'Italie et les malheurs des temps qui 6uî>'i-
rent empèchèreot sans doute d'introduire la
cause déûoitive de la canonisation d'Àmédée,
qui avait su édifier le monde par ses vertus
«ercéesau degré héroïque.
Cette nditvelle, parvenue aux oreilles du
comte de Maulévrier et de Charlotte, les obli-
geait nécessairement à écrire au roi et à la
reine ; le comte de Maulévrier jugea qu'il était
même convenatde d'envoyer uu de ses gen-
tilthomroes à Leurs Majestés, pour leur porter
la lettre et les compliments de condoléances
qui sont d'usage en pareilles circonstances, et
aussi pour féliciter Louis XI d'hoir obtenu,
-pour lui et ses successeurs, le titre de rot tré»
chrétien. Le comte proposa à Charlotte d'en-
voyer Lavergne h Louis XI ; elle parât réflé-
chir et ne répondit pas d'abord, mais ee vît
obligée plus tard d'y consentir.
. Avant son départ, le commandant de Rou-
Tres ne pouvait se dispenser d'aller faire ses
adieux au prieur; celui-ci le reçut avec une
vive tendresse, et profita de l'occasion pour
ILT lACQDES DE BRÉZÉ. 9SS
rappeler ses devoirs à Lavergne, qui en fut
d^abord enibarrassé ; Texhortation suivit, les
pressantes invitations animèrent le vieillard;
il eut de touchantes et sublimes inspirations. . .
Après l'avoir engagé à recourir aux seuls re-
mèdes pour rentrer en grâce avec Dieu , il
lui dit que l'occasipa qui se présentait était
une planche de' salut qui Fui était offerte par la
)H)nté divine; qu'il pouvait ou demeurer près
du roi à l'armée, ou partir de là pour Rhodes.
cOui, mon cher fils, ajouta-t-il, vous êtes
dans cette position où notre seigneur vous
conseille de vous arracher l'œil et de vous
couper la main, car il vaut mieux, si vous
mourez, qu'un jde vos membres périsse que
tout votre corps. Ramenées à leur véritable
sens par l'interprétatio» de l'Ëglise, ces pa*
rôles signifient qu'on est obligé de se sé-
parer même violemment de tout ce qui est
une occasion de chute, quand ce serait une
chose aussi précieuse que le sont l'œil et la
main, et que la séparation dût en être aussi *
douloureuse. La fuite et la séparation, ou l'en-
fer; entre ces choses Jésus-Ghi*ist ne connatt
234 CBABLOTTE DE T&LOIS
•pas de milieu. Q\t'â |a,;''iie de .celte effrayante
altei'iiative, mon cher fils, toute attache cii-
mînelle soit rompue, toute répugnante^sur-
raoïitéc, tout iiiié'èt sacriiié; que tous les
sophismcs des passions disparaissent à' la lu-
inière de ces éclairs, et se taisent au bruit de
ce tonnerre. > - .
I<avergne, peusif , le cœur gonflé, verse des
larmes , répand son âme . s'accuse de féfouie
à l'égal-d de son maître ; il confesse ses graves
atteintes aux préceptes divins sur le respect
dû au mariage de son prochain... etquàod ce
prochain est un ami, un frère, unseigoètir!..
il estdécidi, repentant, il partira et ne re-
viendra plus.
Êtail-ce dé la part de Lavergue une de ces
résolutions fottes qui résistent à toutes les
'-sensations, à toutes les circonstances', à tous
les événemeuts? Il le ci^yait, et le voulait
peut-être, de bonne foi.
Le P.'Douaticù l'encourage encore ù se rç-
véiïr de toutes les armes de la prière et de la
'fermé volonté, sans laquelle toutes les meil-
leures résolutlous sont iusuf6:»ante$ ; pui» fl
ET JAGQVES DE BRÉZË.
235
lui donnesa bénédiction et Ipl f^^it ses adieux,
dansTespéiance, qu'à cause de so^^ âge avancé,
il n'aura le bonheur de le revoir que dans la
patrie où Ton ne se quitte plus.
,(
..:^x-(\r
•■:--'-i
- T
\ '
.} -^..v.
:.:': :0 V.
' 1 r-^ ■ • f -, - ■ -■ • • ■' i.
.n
(liPim nu
le roi éUMIsMii la premlèreinamiraetare de soierlei
à Ymm, — Bet etaiaeles «se GlMuioite vmitaili opposer •■
Mport de Lavergne. — Son adresse à y consentir par la penr
^p'dle cftt d'être déconcerte. — Des motlCi de lliamenr ém
ite de nianlévrler, «ni s'afllllrealt dn départ de son ami.
Lorsqu'il s'était agi du départ de Jacques de
Lavei^ne pour aller complimenter le roi , on
ne savait pas encore si c'était au Plessis lez-
Tours ou à Paris ; Louis XI allait depuis quel-
que temps assez souvent à Tours, où il établis-
sait les premières manufactures de soieries que
BOUS ayons eues en France. Charlotte avait
soulevé mille obstacles et mille difficultés,
sur le détail des soins intérieurs pour lesquels
\
238 CHARIÔTTE DE VALOIS
le comte n'avait nul goût, et qui , à elle , ne lui
plaisaient guère non plus; puis, si le comte
était obligé d'aller dans son gouvernement,
que ferait-elle ? Il y avait encore la santé de ce
pauvre Lavergne qui Tinquiétait; aurait-il en
route tout ce qu ilfiioéraitr? etc., elc. Le comte
avait d'abord réfuté ses objections ou répondu
tranquillement à ses observations, mais leur
multijtlicité commença à l'impatienter, et il
répondit brusquement : < Je le veux. » en
fixant ses grands yeux noirs stir s^ femme.
Elle /Baissant la tête, crut que le comté de
Maulevrier avait quelques soupçons, et avec
cette noçiçhatance factice mais adroite qu'elle
savait employer, elle put tourner la difficulté
de façon à per^uadet* à sdu mari , q^'en eflÇtt ,
nulautrè que Lavergne ne pouvait remplie
cette mission, parce iqu'U connaissait \th Heux{:
et en grande {mrtieiles perâonùesfqcii appro^
.il"' ■ •
chaiéntleioi. ' .^
■ » •. • ■■ r - ■ '
, Ge.^ui ayjsiil mis le eomte de noîaiivMBë liiyr:^.
DBteur, o'èst qéç, d'uoe part, il était; facile é^
conirai'ier lia fenime , il seiitait la( ju^tèsfiiè de^
<yi4^1(|ue4-uM^p^Q geà objeoûous j 01 qtig 4'tH^ft
àuiFé pîut, îl était dominé par le3 conseils dii
F. fih&r^atîen^ Cdui-ci avait renouvelé naguère
ses ^observât Ions et insisté sur la nécessité de
raîre voyager Yacoûbo pour le distraire «^tluî
rèndrela santé âvdc s s^ bonne humeur^ LVc-
(âsion était précieuse h saisir; et quand Char- .
folte fiit bien de l'avis de son mari, celui-ci
Élnit. • pai' lui confier la puissante raison dii
prie^uf • C'était précisénjent ce qu'elle eut
voulu pouvoir combattre, niais désormais la
cboée devenait impossible , elle avait cjionné
Sbn assentiment à ce vo>yage, ^t elle avait ,
ajoiîté ,. à çontre-cœur il est vrai, de bonue^.
râi%nspour cedépa^rt; enfin le cpmtecrâvai^
ai^rôté et décidé* ^ • , >:
Ge qui ^yait de son côté effarouché et in-
quiété Charlotte^ au moment où ^pn mari pr^
noBçar le terrible «Je le veux» ; c'est que la ,
veille au soir, au moment où elle venait d'ar-
ri ver- a^ec La v erg ne à la ferme, dans la cham-
bre secrète de communication, on entendit le .
comte marcher en fredpni^anit dans un couloir
qui précédait; La vergue n'eût que le temps
de fuir, et la comtesse de retourner auprès du
240 CHARLOTTE DE VALOIS
lit de ses eufauts ; bien qu'elle crût son mari
dans la plus parfaite ignoi'ance, Tévénement
de la veille était encore trop récent et l'avait
trop émue pour qu'il n'eût pas laissé dans son
esprit une impression de fébrile inquiétude.
Cette disposition craintive de l'âme est bien
ordinaire chez ceux qui se rendent coupables
sciemment; ils supposent très souvent qu'on
les devine , qu'on les connaît , qu'on sait ce
qu'ils ont fait, font ou veulent faire. C'est
comme une punition anticipée de l'enfer, qui
semble déjà labourer le cœur de remords ; trop
heureux encore, quand réfléchissant aux con-
séquences terribles de leurs fautes, ils cher-
chent à recouvrer la paix détruite, par le bap-
téme laborieux de la pénitence.
CHARLOTTE DE VALOIS
BASTAUNB Mt nUMOI»
tT
les trois Jacques inrortaoés.
LIVAE TROISIÈME.
Lorsque Tesprit tanmoude est sorti du corps
d'un borome, il va par les lieux arides eher-
cbaut du repos , et D*en trouvant point» il dit
alors : Je retournerai dans ma maison d*oli Je
suis sorti ; à son retour il la trouve vide » ba-
layée et ornée* Il part aussitdt , et prend pour
l'accompagner sept autres esprits plus mé-
chants que lui ; Us y entrent et ils yde^-^eurent,
et le dernier état de cet homme est pis que le
premier.
ii
%^
••• -
«
LIVRE TROISIÈME.
t
f;
A-
wsM m
Laverfne arrtYC trlitemc»! à Paris. -* Lcitrt 4m Êk
cèmieAse de Maclévrfer qui lai apprend la cbatede son mari.
'if^àmmtmt» da roi. — Propoi»iiloiia «oc toit S. Al., «ni sa rs^
pelle les pronontlcs de la Mptcblgal - Aadieoee de la reine.
J4<l«e ftoill daaplita diaries. — La dame de iMlaii. -> La ptlA^
eesH Icutfie* •— Commission de la reine.
^jk
Laveignc partît convenablement équipé, et
El tristement la route qu*il croyait ne devoir
j)!a!< rebiousser. Une fois arrivé à Paris, il
démanda promptemént ses aridicnces au roi et
k'h reînc; elles se firent attendre dix joufs,
pÈr diiite d^importmies afTaires qui se trat^
fkitfnl alom. Enfin il reçut Tordre de se rendre
244 CHAULOTTE DE VALOIS
chez leurs majeslôs, à sepi heures du matin,
en commençant par le roi. L'heure nous
étonne aujourd'hui ; mais il est à rappeler
qu'alors on se levait vers quatre heures du
matin, el les boutiques étaient déjà oirtertes;
alors on déjeunait à six, et on dînait à dix
daits ta maliiiécj on soupnit verschiq heures
après midi, et tout le monde élaii couché à
huit.
Au moment de se reudi-e aux ordres du roi,
Lavergne reçut un message de la comtesse de
Maulévrier, qui lui annonçait que son mari,
en visitant des travaux de réparation qae 'l'oii
£wsait aux fortiBcations, oe t^'éiuit pus aperçu
d'une profonde excavation que l'on répaiiit,
qu'il s'était Irop avancé, était tomhé d'une
hauteur prodigieuse, était très soulTiant. et le
d^naaadait au plus tôt. . ^
Luvcrgne, fort troublé de cette nouvelle^ «fi
rendit auprès du roi. Quand il fi^t près de m
inajesté, il mit un genoux en terre et lui pré::
seiila le message dont il était chargé. X ç^^_
époque, on considérait encore que , toute au-
torité, venant de Dieu, c'était devant IpÀi^MQ
ET JAGOOfiS I)E EHtsâ; 248
Ton s'iuclinait, lorsqu'on pliait le genoux de-
Vatit la puissance; et avec de la foi, c'était un
prestige qui avait bien ses conséquences utiles
pour ceux qui commandaient comme pour
eeux qui obéissaient.
Louis XI n'était point si négligemment vêtu
<(iiede coutume; le deuil l'avait obligé à se
vêtir de neuf. Il avait un surcot violet en tir*
teiiie de grosse laine, comme il convenait da»i
tes temps d'aflQiction ; son haut-de-cbausse
* éfait de même étoffe, ainsi que sa large chaus*
Mire; il n'y avait pas jusqu'à son chaperon,
â'ulie forme particulière au roi , qui ne tût
neuf, avec de petites images de plomb pltr
ifiéès tout autour. Il aurait presque eu Pair
d'un assez bon bourgeois, n'eût été le collier
db^&iiuMilichel, qu'il avait au cou, et la dague
au côté. Sa physionomie, bien qu'habituelle-
nieht dure, ne manquait pas d'un certain air
d^ supériorité. Quand il voulait, il imposait
ou se familiarisait, suivant les circonstances.
Ce jour-là un léger sourire l'éclaîrait ; ses yeux
perçants se fixèrent sur Lavergne, dès les pre-
miers mots qu'il prononça. Le roi lùH ses lu*
240 CniOlLOTTR DE VAUMS
«
ncltOB, invenlinn nouvelle alors, lut ses let«
très, puis, roportnni lu vue sur l'envoyé, il lui
trouva bonne mine. Il causait volontiers avec
16 premier venu, lorf qu'il étuil de bonne hu*
meur. D'alUours Tristan rHermite,queL'iver«
gno vit sortir, lui avait peut Atre annoncé que
son comi)àre venait de faire pendre quelqu'un;
toujours est-il qu'il était souriant, qu'il do*»
mnôda à Lavergne des nouvelles de sa sœur et
deaon filleul Louis; il voulut même avoir dcé
détaiissur leurs occupations. Celui-ci repondit
en bons termes, avec esprit, et eut le rare
bdiiheurde plaire au roi, qui voulut savoir ce
qtt'il était auprès du comte de Maulévrier.
Lavergne le lui dit, eu lui eYpliquantloseauaw
de leur intimité.
— « Comment te nommes-tu? rej^ril LouîsXL
• • • . . .
— t.Jacquesde Lavergne, répondît l'envoyé;
noes deux oncles, Amaury de Lavergne de
Larayette et Gaucher de Lavergne de Tressai
sont au service de votre majesté.
■ ■ ■ ■ •
rf^ < Comment dis-tu? Jacques de Lavergùet
.ï^T» « Oui, Sire.
ET MCQfTBtr M MtStk MT
Pàsquf fi4>ieu*! ... Jacques L.. Jacq[uesè4èt
Et le front du roi s*é(a'U as^onibrl} ii réflè-
«}ttl quelque iemp»; le ftouveiiîhr dl kt llot-
iirigd'lui éteirreTetitt subUenwfit.
' . >-• « Wux tu entrer h mou service?
.>4^ i Sire» il y a pou d'heure» que feusÀ
répondu : oui ; maintenant , des nouvelles fà»
i^beuie(( que je reçois à i^iosUiit, sur un aeci*
d^?|irrîvé eu comto de Maulé^TÎer» ne cne Je
p^MNneftem pas; plus taitl, si le rot mé co»
SHN^ye les ttémes Ixintés^ j*osenii e» l'édamer
yiii-ii» € (Shsrlotte 6st*elletoujdurfe belleî'
•^ € Oh ! oui, Sire, plus que jamais ! >
/ :b^xpressîop aree 'lequel le; iavergiiepro-
uùu^' ces 4epi)ier6 mois né |^ut échapper att
• • ■« . 'j
^'
:* l'on ne voit nulle pari ee linmNil népéfé -patcPautfii
que par Louis XI ^ il semble lui appartenir en propre ; d'au-
tfèiriiérmênfs de nos rôU non^t 'otil été transtnts par ï'raÀ-
tta«,jUA«mqu«tramehrottshitplit«s y. ' ; ^
« OtiatiJ ta >1if^f«.D#f|f (fieldà \ — tôtill Xl^
i« Par le Jomr^Dimi loi tuçcéda. »n OUrlet TUI.
ft Le IHêbtê m^emporfè iflm tint prêt, — LooU XIU
«ont ii nsede eoMUitt te i^<Mli!«#*5Mif <ef4» anieait rr.
roi, qui, depuis l'entrée de l'envoyé, Téhidiaît
instinctivement. ^
- — < Tu demanderas à Charlotte si alteM
souvient de notre promeDade dans lés b*i9 4s
Viiicennes, lorsque je n'étais que daùfrfiin, et
de la troupe de bc^^iens avec la vieille ^t-
chigaï. • '
Enfin Louis XI le renvoya, non. sans lui don-
ner des marques d'intérêt ponr Louis de Brété,
son filleul, et pour la comtesse de Mat^wier;
dont il rappellerait pentr^re le mari soss'pmr,
s'il continuait à se conduire loyalemenC: Ba
attendant, il lui souhaitait prompte gaéri-
son.
- Après le congé du roi, Lafvergne se rendit à
l'appartonent fie la reine Charlotte de Savoie;
Cette princesse, n'avait guère plus de viogt-
ieptans. Elle l'attendait dans on de ses 'salons
tendu de gn>s drap gris, avec galons, fnuiges
etbmbrequiusdetaine noire; elle^tait assMe
sur son fatj|(eu,il à dais, égalemuot drapé de^is
et de notr^ vétite de longues et Ihi^s rQbes
noires de grosses étdTes sans taiille ni plis fixés
mim-aattim pu hba cordelière de oliaii«re
Et JACQUES »E BIlCÉfc. %t6
émdeur naturelle; elle nvait un long voile de
erèpe noir sur son bonnet à barbe, qui ne lai»-
witToir nulle traee de cheveux, car la guimpe
^ toile blanche encadrait la figure entière-
4
ment ; les pleureuses, aussi en toile blanche,
Relevaient le parement de ses larges manches.
Auprès d'elle, à sa droite, la princesse Anne,
%f^ de onze ans, et déjà fiancée à Pierre de
Btourbon, seigneur de Beaujeu, Msait présa-
|;ef , par son maintien et son r^atd, la femme
supérieure, volontaire, un peu hautaine, et
telle qu'elle se montra plus tard, lors de sa ré-
|[tnce sous Charles YIII. A sa gauche, Jeanne
4e France , qui avait neuf ans à peine. Cette
jeûne pi*incesse, contrefaite, avait le malheur
ée déplaire au roi, qui ne le lui cadiaitpas;
éàt il la traitait avec une sorte de brutalité dé-
AtYgneuse : aussi la prisait-on tout tu plus
polir complaire h Louis XI; mais leanne, nml-
gré son jeune ftge, avait su correspondre de
bonne heure aux grftces de Dieu : aussi , loin
ide s'affliger des fauniiliations dont etle était
l'objet trop fréquent 9 M réjouissait-elle de
prendi^ sa part des^^almisseiiNmtsde'soh divin
SBS CnkRLOTTK DR VMélS.
— -9 Madame et irès chère mèi-e, reprenait
Jcannef il me semble que d'après les dernières
lettres de notre très honorée tante, nous de-
Trions nous réjouir de savoir qu'il pleit à Dieu
de manifester s» puissance et de glorifier soa
serviteur, par les miracles qui s'opérèrent k
son tombeau et par son intercession. Qbï
madame , prions seulement - qu'il plaise k
DiOQ de nous réunir un jour h cet oncle réné-
l«bl«. 9
Les caresses du dauphin, les sages paroles
de i«anne, avaient momentanément calmé la
douleur de la reine; elle avait embrasaé son
Bis et l'avait rerais k terre ; puis l'enfant et le
drien retournèrent en courant, jouer sur l'es-
ffitbeau.
— « Oui. ma fille a raison, dit la reine ; mais
Dieu nous permet de ressentir nos douleurs^ il
en défend seulement l'excès et ne veut point
dé nos murmures ; mais hélas ! de qui désot^
mais puis-je espérer de bons conseils dans les
pénibles et di^iles positions où il a plu k la
Ptovidence detoe placer? »
^Qnèlqaes soupira, quelques larmes eac<^
s^^échappèreut du cœur gonflé de la retne ;
pbis efle ajouta :
'. «t^ « Remerciez le comte et la eomteaat d«
Maulévrîer de leur lettre; je suis fort touchée
de ce qu'ils me mandent à Toccasion de la
perte que j'ai faite de mon frère kied-aimé ;
j^rai grand plaisir à les reroir ^uand ii
ptatrt^AU roi de le permettre ; Iesirede:Brésé
ne peut douter de mon estime personnelle
pour ses qualités d'autant plus honorables,
qu^elles sont rares partent, et même près de
nos personnes royales.
a J'ai à vous charger encore d'une commis-
sion que le comte de Maulévrier vous auto-
risera certainement à remplir; vous ferez
faire un service A'abit dans l'église de Notre-
Dame de Chartres ; — voici mille livres dont
j'ai destinées une partie à cet effet, et l'autre
partie à y élever une chapelle à l'un des niya-
tères de la sainte Vierge.
— € Que ce soit madame et chère mère poor
le mystère de l'Annonciation, » demanda Jean-
ne, car cette jeune princesse avait déjà une
dévotion particulière pour lemystère que nous
dflmJM eonsidérer comme les prémiees de
notre Fédemptioq ; et ce fut dans le but de
Kbowarer avec plus de fruit , qu'elle fonda
plw tard lès religiqusea de l-Ànnonciade à
Bbui|;e8> où elle s'était retirée. .
; ^n^ < Seili, i'jbeenseneii^ reprit la reine, qui
ébdfédia LâTergae en le chargent aussi di
Éoè iéisrenir pour l'é v6que de Cbartret, foJdlt
•Mbé «V gifnde estime.
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eoraced* Hauietrler- — Se>pcsr«if- — n rind couple de m
■BlMtOD. — CriiFlnallcuduc daat laiiDClle lomlK laconMeiM,
— filoDoemenl rtr loni. — En pi toi Ion parrielle quelle m
«OBBC. — ilionvEiief •cducUont de l> coiuieasc- — NuuveUo
(nppllcailoiu dn p. Dniuileii. — On oublie iodi eneore.
■ En arrivante Rouvres, Jacques de Lavei^ffta
irouTa le comte mieux qu'il ne s*y altcndsît,
quoiqH'alilé p:ir suite d'une fracture à la
jambe ; il regretta vivement de u'avoir paa
pTOÛlé des propositions du roi, car il s'aperçut
bientôt que le danger deviendrait d'autant
plus graud pour lui , qu'il allait se trouver
dans des rapports continuels avec la comtesse
ie Mautévricr près du Ht d« non mari.
20tl eHARLOTTIi IIE TàVOIS
Après les premiers embhissemeitls, les in*
quiètes interrc^tions et les réponses pins
rassurantes, Lavei^ne avait ceodu compte
de sa mission ; il n'oublia point de rapportn
à Charlotte que Louis Xt désirait savoir si elle
se souvenait de leqv promenade dans les bois
de Vincennes, de la troupe de bohémiens et
de ta vieille Motchigai.
Une scène étrange suivit aussitôt cette în-
terrogatiou, dont la mystérieuse réserve ne
Cuvait être comprise que de (3iarlotte..0'a-
|)ocd eicessivement embarrassée, elle rongit,
jwrra les dents et fîit prise d'une affreuse atta-
que deueifsqui la faisait se tordre les bras;
elle se roulait par terre, et elle finit par perdre
t4Uit-à-fait eoawissance, malgré les soiaaem-
praués dont, elle avait été l'objet aussttik.
$es fetnmes et Lurergne eurent une peine eir.
trôme à vaincre la f<Mrce de ses mouvenieota
Berveux, et ils se trouvaient dans ti; plvi
grand embarras. Que l'en juge de la déseliate
stupéfaction du comte de Haulévrier, qui n'e?
>^aU jamais vu sa femme dans cet état, et
de l'éloimeiDeat douloureux de Lavergoe,.
BT JACQUES DE ORÉZÉ. 2KS7
cause innocente de cet affreux état ; il Fen-
tourait des plus tendres soins, et ne pouvait
expliquer à Jacques de Brézé le mot de Fé-
nigme qu'ils cherchaient en vain tovs les
deux.
Lorsqu'enfin Charlotte revint à elle» son
mari cloué sur son lit, mais dans la plus
grande agitation, ne manqua point de Fin-
terroger avec inquiétude sur les causes de
son trouble et de son mal ; il voulut savoir ce
que voulait dire le souvenir de la bohémienne^
Malgré tout son art dans Fexe/cice de la du-^
plicité, Charlotte fut d'abord embarrassée, et
en effet il y avait de quoi; cependant elle
finit par se remettre, et après avoir encore
cherché à éloigner une explication, que le
comte exigeait d'autant plus impérativement,
qu'on semblait vouloir la lui dissimuler; sa.
femme lui rapporta sa rencontre avec le dau^
-phin; mais quant à l'horoscope, elle lui dit :
Que cette vieille Motchigaï, après lui avoir
prédit les plus beaux succès, lui avait annoncé
que son mari tomberait dans la dii^àce, et
elle dans un grand malheur. Elle trouvait,
17
â|âiitd-t-elle , que la disgrSce étant a^rîtéë,'
tt&i^thiéii crnei dû roi de lui rapt)éler bëiH
cïrcôirsrflDCe.
Lé tàmVi,- (ralf(iuillUé piit dette éàiihâèûêë;
fut de l'avis de Charlotte, et il en prit uU ké^
ktbissé^èdi Se réptil$l6û Ëodtré LdUls II;
IM^fei-jfhe fehlt àdfesi avoir compris, d'ajif^à
eëi^, poùrqdoi là comtesse s'était d'attoM
trbuMéè, et ifftuttfboi elle ^Vait vOuhi reCiJI^
l'ex^iciatldti ; Aiais il ne put s*empâcber â'éité
Itii-lliémë très préonnlpé de éet âten, hïM
hjfeohtplét cbpertdaut. Qii*eât-4je été s'il ètàft
èènfid la Térité tout entière ?. . .
' Ceitë tmitaé étdtt donc àMbsi ctipàblë À%tèè
SBraolée? Elle était dOfic bieti ëvfefiie?.;;
Staîèfelle s'était ItVfée sans càmbbt à ki téf-
rlblë et fdiieîAè pdsslon; aussi Dûtrlotië,'
pfciir rétoutaïr, redoubla de sédxitîtlbH envëili
e&Vèi'gne; et ëltë tittHlnt, jieil d» Jbtf^b ^^^'i;
I lui fair« oublikf tontes ses bonbeâ résdlîtf'
tioifs. -H dbliut eeftendanf la perhitssidn éi
8%b«éUtel'irois jburS polir aller à Chartres Hi»
jH'ës de rérS^oe, afin de ^nplii* là coitiiiti^
atoti de lu i^ihe.
'èhéf jShlhé cassée, coftirhè notfà ïè éàHttS,
èbfiprtt ht ôdmtg dé Mau!éTri0)< k ^téet
Hf lii Lé {Jnëin*; éncôfe tcne fois , ftf^st àè
YHèéisîdtà (}ùi ^ présenta pttiehé âè tàppkb-
îêlbént dn Malade, pddM>a{(pélëi' li Ldtéi'^në,
IWi de iôH rètdtar de ChaHi-ëè, (]li1l ù'Était
ÎI»* lietrktit) et {{a'il iié t>t)ti«^it {làs Tëtl^,
fftfi^ ^èi prdpfêsi àvéoi, en ridldiit aîHsi I#
ftiSfdé Diëd et de l'hoépUdlité; il tui t^épétâ
que la rie de ce inonde n'est pas dh bat, hiili^
É^ulëthettt où moyen d'tti'ritei' à la tér!tai)le
Vie ; (tn'on ne Tobtenàit qiie par la tlctolrë ^
^f! Pant valHcre jtïsqtl'à la flri... Qd'il tr'y à
S^ gloire ^ti*aprës les soufTraticéi^, ieè (ielHes,
fei(HoiiIéars, les sacrifit:es de toute nature.
Latëi'gtie lie sotifQsk qu'Un seul mot :
^' i^ r Eh i^ollfqtim, mon père... taitt de i^^
— c Hélas! mon (ils, quelle idée vous fdtél^
i^btlkdbuc de Hat vie? N'èst-cfe pas dîl tableau
^ul ôtl moins gai, plus bu niDÎtiS brîllâhtj
plus ou moins triste sur les preitolers plànS;
^i^ dont le fond est toujours otti^èUX et
Stftdbt^ cOttimte la disposition de Vdlrcànie?;.*
2{60 CUARLOTTE DF. VALOIS
Mais dites-moi encore, mon cher et bien cher
enfant, malgré vos fautes, voire cœur aurait-il
déjà corrompu le raisonnement de votre esprit
au point de le porter à la révolte contre Dieu,
en voulant savoir ce qu'il nous a caché ? C'est
la révolte de nos premiers parents que voua
renouvelez; avez-vous oublié que le péché
originel, cette cause mystérieuse, cette raison
suprême de tous les maux d'ici-bas, nous a
fait décheoir... »
On fut interrompu en ce moment par la
voix du comte de Maulévrier, qui appelait La-
yergne. Celui-ci promit au P. Donatien d aller
le revoir bientôt, et il courut près du ma-
lade... Mais ce bon père n'avait plus qu'à
prier, à demander à Dieu de faire xesser l'of •
fense, de punir même dès ce monde le cou-
pable , si le châtiment pouvait sauver son
âme.
Jacques de Brézé trouva Lavergne triste et
pensif; il lui demanda s'il souffrait, et sur sa
réponse négative :
— c Eh bien , cher ami , voici vingt-et-uu
jours que ma femme ne me quitte pas, je t'at-
LT JACQUES DE BRÉZÉ. 261
tendais pour te la confier; il fait beau, vous
allez partir pour aller à Sorel, puisque c'est
ainsi que Charlotte a baptisé son castel ; vous
allez voir où on en est, j'y voudrais passer les
mois de convalescence, j'y serais plus près de
la forêt et de la chasse. »
Lavergne fit quelques objections qui furent
facilement levées par le mari et la femme. On
partît donc, et les meilleures résolutions fu-
rent effacées encore une fois.
fSîsmfSM
CSonmeiit la convalescence dn comte Inl permit «e 0e transpor*
. ter a ^rtii. - Nmie séeurlté po^r 1^ c^miMci. rr^f^ *f if-
geance balnease du vieux concierge Hambert. ^ Les enfants
ferme de la Couronne. —Combien nne femme Infidèle est fra«
'ffnpimcriiitfiicue. ' '" •
? Capendapl, la eonvabseenee et rautomne
arrivèrent; le castel de Soripl It^lt iuibiteâ)l9^^
^oiqiil^ {¥>n teroiiné ; 1^ ^^mte et k^:^ii^sse
^9 MaulévHer s y étal^^it jusqu'au* jift-
iqjiies fêtes, et surtout à^» partîi^s. d^ /(^hi^ja^
dans les belles forét$ de^ ea^icom, G^%\puw^
• .'•,»''*
264 CHAIILOTTE DE VALOIS
Il ne faut pas croire que les coupables n'eus-
sent que des joies , presque toujours ils se
croyaient découverts; ils tremblaient d'in-
quiétude au moindre root, à la plus simple
brusquerie, qui n'avait aucun motif sérieux;
mais non, par suite d une permission divine,
nulle prévision, nul pressentiment ne devait
les avertir du fatal moment où ils seraient dé-
couverts, la bombe devait éclater au moment
où ils s'y attendraient le moins. Il semble que
Ton pourrait comparer la menace qui, comme
répée de Damoclès, était souvent présente à
leurs yeux, à la menace de la mort, qui prat
uous frapper a tout instant; et cependant,
comme eux , nous passons la vie dans de conti-
nufjles tlteruttî ves d'inquiétudes, de oaintes
et de sécurilé fallacieuse.
Ces Tisites à RouTres, par leur fréquence,
évfjllèrent la curiosilé d'un viaix concierge,
Pieite Numbwt de nom, qui, fort de son an-
elenueté dans h maison, se prévalait de sa
elmife pour exweer de petites injustices sur
de plus fiiibies que lui. Qudqoes plaintes
avaient M portées au commandani, et
ET IAC0UB8 DE BlliZt. 1M5
de Rouvres, qui, après mûr exatneu, condamna
"ta concierge ; il l'obligea à restituer non-seu-
lement ce qu'il avait extorqué par abus de
pouvoir, mais il lui imposa une amende en
dommages et intérêts. Le jugement était bien
reiidu/il était juste, mais il excita chez Hum-
bert uàe animosité vive, persistante, rancu-
netkse, et il jura de se venger de Lavergne/A
èet éffi0t, il épiait toutes ses actions.
Les fréquentes courses de la comtesse dé
Maulévrier à Rouvres, pendant le séjourde So-
rel, obligeaient Humbert à se tenir en haleine;
d*abord,iln'y fit pasattention, puis il s'étonna,
réfléchit, examina, et son espionnage habituel
des ptfs et démarches de Lavergne, finît par
Miilever le voile qui jusqu'ici avait touttaché.
Un méchant est toujours plus habile à soup-
çonner le mal et à le découvrir , il semMe se
retrouver lui-même , et sa nature, pervertie,
l'identifie en quelque sorto avec lescircons^
tances du mal, qu'il devine plutdt encore qu^il
ne les voit; d'ailleurs, là où la charité envers
le prochain est éteinte, quelle place immense
iKHir les jugements téméraires, injurieux, en-
J^}&a%i §urtput $f'ils peuvent servir I9 li^iqf 1^,.
.^ Itf^doie ^e gi'ézé ayant ey des ioqpiétuxlfp
|K>uf* 1? soiirijpç 4^ trcHS de ses enf^pt^ %y^
/|i^ jlçjtaHT d(ç ^Sjorel.pt d'sprès les con^eM* 4f
|4^]?sîpiif^s çxpérifl^ieptés , lurangé Ufi^ |1^P(|t
J^? fQur ÇUi: prè^ dç Fétal^le à vaqbe ^ )fi
ipfl^ d^ la Cpiironne; elle se rendail, jl|i» par
fine ijfpt^ p^teimhle qui avgil; été poratiqu^ ,
en jetant un pQ^t léger sur^es £o§sé^^4l 99
Ipoi^y^jl;,, l^^inefçircof^taac^ lexlfawdiq^ire
j^i8:^HF*«ntf IPf^lb^sureftse, que la pi^ <^ i^
4^#MP*g ppuYsH ppranpuMpq^Qr par u90wy«Nrr
tUF^ ©îi^liiee, q4oiquf facflp, à l^ (àafnïjïp
l^f^j^t^ doQt mn^ avons déjà parlé , ,^ Ypi|^
fjpp^^pt qn l'avait découverte e^ éta^^;
scHiypWl ï-aFergfie apcompagnait Clw^plotteflw
^i^fjxe^lemii^^t allait vo^* ses enfauj^escâi;^|i
^ojsmiàt ()e IçMr pouqher ; c'était ordi^^ir^r
cpfut r^ui^ qji^i pi*écédait le po^yrenfeu» #]f
jSfiJIffSfi^^fi^t^ p^ljjft^ là pou|' faire (8^ jcoJKkei;
;4e ^{i„qM^g#efeis> ^1 avait cip enteijfJre lay<^p
^ 1» «piptesse de Maqiévrier. l^ jour fi|u'4l
4î§it /?Jî?vbifwé , y m ^m estJt pièpe; w^p
munication fermée légèremeiU ^^jt i^IjUtt'
if¥Mil^ sepfl^r:ffl»i#fl'*i.fiPtt»«4t:MBWJr
^ .^jt^Ddie^Q^fi ,s^ {psgsji^l. is^M^ 4Hii9«ei>
sans larmes et sans douIeur^^,^^^)||i.lti|)r^^
déjà dit, et on ne saurait trop le répéter, sou-
vent I^avergne, honteux de lui-même, et pas
assez corrompu pour que sa raison ne lui re-
prochât pas sans cesse les désordres de sa vie
profondément coupable, faisait partager à
Charlotte les pénibles émotions de son âme ;
966 céâumrE ra talois*
c'étaient alors de tristes moments, on répan-
dait bien des larmes inutiles, car eUes n'étaient
pas ceUes du repentir, mais la conséquence
natureDe dn désordre dans lequel on s'était
idssé entraîner.
Et à quoi ne s'exposaitelle pas, la malheu«
reuse comtesse de Maulévrier? le déshonneur
pour elle, pour son mari, pour ses enfants !...
n semMe véritabl^nent que les fautes de la
femme participent ici-bas, plus que celles des
hommes, aux suites du péché originel ; car
ses conséquences ne s'arrêtent point à elle
seule, la faute plane autour d'dle, sur tout ce
quiTentoure, même sur ses enfants! quelles
stimulantes réflexions pourrait faire une
femme qui s'ouMie, si die voulait seulement
fdâcw sous ses yeux la moindre partie de ces
tristes résultats^
aumu
♦♦(Il
■MilfcwiiMr état WÊÊft9A éutt LawrfM —
mr la !■■■>■■■ «• l'i
. — Le cMMc cti-u t««t*à-ftai
Lavergne souvent eût voulu romjnre, comme
on Ta déjà remarqué. La simple raison le lui
prescrivait» ses remords s'étouffaient fré»
quemment ; il sentait tout l'odieux de sa po«
sition» il eût donné sa vie pour changer alors»
et il ne savait pas comment rompre des chat"
nés qui pesaient de tout leur poids sur sa con-
science opprimée par le remords ; il eût readu
270 CHARLOTTE DE TILOIS.
gi'âce à celui qui eût pu lui ôler l'eiistence en
effaçant tous ses crimes, car sa foi, quoiqu'af-
faîblie, n'était pas éteinte. Il osait à peine
prier, mais il faisait prier de tous côtés pour
qu'au moins Dieu lui ftt la grâce de se re-
pentir et de mourir chrélieunement. .
Lavei^e avaij,,«p£aMi)uk;tort; il pouvait
être la suite de ses premiers égarements, qui
avaient peut-^tre obscurci la rectitude ordi-
naiite de sou jugement. Il se croyait dans une
condition exceptionnelle, et, sous ce rapport,
f^ qiOi]HuV|4u» îv^ÊciuèiM'qii^im mlre,>ct
sousie jougâlSnTèspecédefatalite. La srale
pensée qu'on est peut-être une esce[ition dans
ce monde est déjà un malheur, sous quelque
jour qu'on la considère ; le moindre est peut-
être d'ajdtttèt i nittÂi anAMf-tn^tiè >âî Hlilile
^ Oattêr. B É^à d'^cftpHtitl qhé èkhé M
griceitmMtiriittàiitéséôB^Dim comblé' ^(ti^t
qnèfbis rMittilité èéH safim, et c^MS lï%
t^ ■■ i^tteêt âdtt¥ëfat fh\Ht: H Urtike qnel^À -
«fi don ëxcéptibDttdi Wàntem' !i ï^tof ^tif
ll>tt Alt pftii l'ilsii^ p>>H(- iMtuéï 3 ru 4^itr ' ^'
ET siHi^jiÈs ni liiiiM Vff
*'9ftia^oiïs^ï\otts tout-à-faît' eicnséf-râfétiglé^
lÀêifrt du ëomte de Maxilêrrit*^ ? ité-fifl pàill àè
M^r^ber dn peii !>a tro/) vfT« tendréafdë ^ur
Sk ftlrMne ? Ne loi làissait-llpas SuSdî ti<op é'ètb^
p1i«^ 6m> lui; qu'elle fascinait d'tttlë ^Hiilièrë
^ h'ëst pas dans l'ordbf L'umottf de Dlërf
avait-il toujours eii liai première pïaée ijàûi
Sëb tubvtlf? El ta «réabc^ n'y étàif -6116 bien
^à la se<^de ? SaOs d<»Ut^ ion àfPôëtfdii étôli
l<^ihe, tuais ëncéi^e àfec ce càràetèfèfbbl^
ghtdit-e, y à-t-il des règles printitii^S qu'on tiè
fli!^ jamais oublier. ' [
•• ÔÉi s'étotinera peut-être que LflVèrj^é; ëhek
fê^iiëJoit pebt d'ailleul^, et tn&lgrS-Séié'ftr^
Méseêa toupables, reconnaître deë séhelniéntâ
Hè^ës, et qui, par «jonëéqtient, ïlë devédé
pll&t- 'estimer Charlotte, j)ùt rëitci* il )itt^
ms^ éOus un joQg qui lùr pesait '^ Mfllëi
ment, joug dont il itràgissait sdnëcecÉe^, ^^
rtuK'tersqù'il levait les yetiîè sot &èù ffftré...
èVifiiHid èélui-ci lui tendait (iiie miémiëhà
iftil quelquefois alors des larnses Ità^^m^l
PëtëhUëS éë faisaient jdur l(>iit-'à'<ioitt),'ét ïite<
Ij^de Brézé surpris, eu ppoéallt des pëiftlfA
372 CKARLOTTB DE VALOIS
de cœur dont il était loin de soupçonner
l'objet, redoublait ses affectaeusea tendresses.
Hélas I ne nous étonnons pas si la grftce
s'était retirée de l'âme de Lavergne, le bras
de Dieu n'était plus avec lui, et son ange,
après s'être voilé la face, s'en était retourné
pour adorer l'Éternel immuable.
Qui donc, sans les lumières de la révéla-
tion, pourrait expliquer ces terribles secrets
de notre nature déchue et corrompue? Quel
sujet de confusion pour l'homme? Dans quels
profonds abaissements il se volt descendre
devant la majesté de celui qui l'avait créé à
son image? et n'allouspas, comme le Phari-
sien, nous croire meilleurs que d'autres ; l'a-
bus de beaucoup de grâces nous rend ^ussi
coupables que qui que ce soit; d'ailleurs,
une fois la grâce retirée, il n'y a pas de crNUS
dont nous ne soyons capables.
Nous voyons tous les jours, même dans le
grand monde, même dans la société la plus
rediercbée, des hommes que l'éducation, la
supériorité de leur esprit et de leurs connais-
. aances distinguent parmi les autres, rester
KT'IÀCQUCS M Btttli. ISfl
• r ■ • • •
ttm le joug de femmes corrompues' et vilei
qu'ils méprisent !••• Quelquefois encore» tàtti^
if l'avouer, des femmes entourées de tout ce
qtie la délicatesse la plus rafBnée a pu ima-
giner pour les élever avec une recherche mé*
tiboleuse, et qui» s'étant oubliées une seule
ibis, demeurent en rougissant de colère et dé
haine , dans les chaînes qu'un homme quel*-
quefois brutal et dépravé leur a rivées aux
pieds, aux bras, au cou en se riant d*elles, et
qui, à leur connaissance, vont encore porter
ailleurs le génie infernal de leur effroyable
corttiption?...
Oh ! mon Dieu ! que de motifs d'humiliation
pour l'homme déchu ! et cependant on aper^
çdit encore dans son intelligence, au milieu
dé ces ruines lamentables, des traces magni-
fiées et sublimes de sa beauté primitive!
Combien aussi est grand celui qui cherche et
qui parvient à reconstruire cet édifice créé
d'abord à l'image de Dieu, et qui, malgré
âmt d'obstacles, arrive à se façonner de ma-
nière à nç pas être rejeté, lors de la constroe^
tion du temple mystique et éterne) dont i
ii
9H CRé»f49TT| PK yAlÇIf.
|i)B-P[^rigt est h pkrrç angulaire e( la p\§
Gçi:|es f^pus n'axons pas la pi:éten|iofi yaj
e| peiicfurse ^^ dévoiler tqus les mystères d^
lu i^^fHB^pxii 4^ ^Pff:^ {^^re ; quej bien pourrai
gff r^si^lfer? U f)Qu§ suf]|it d affirmeii: q^!
$9i^es^f(]if en sait à cet égard plus que b
8Htrp iftfflWP». S^ |1 a inissiofl popr ce|a;
pgut fi^ doit sonder la profondeur des rç{
l^s plus $âff))éi^, poffi: arriver à les purifier
|a f^ugP 9^^ ï ^^i^ 4^ ^i afTreux ravages,
donnai: \ ceux q^i se confient à leur minist<
les moyens d'éviter de plus complets nauf
ggs; qi|^ ççu^ qui ne le savent point par ef
[ ^V^!^^ !^P ^^Çf^t' lassai» e^ jls feront s^up^^
i 1^ lumières ^urnaturelj^s qu'ils trpuven
.^Qs ces l^Qoinij^s simples en apparence, <
pp y|vç;pt point au milieu (du inonde, et ^
\^ aQnnaissei||: piieux cepen(!ant que cçux k
» , y passent leurs jours, parce qu'ilple vojeni
tiayprs Iç çœu|* humain déga^jé de tp^s 1
\ ypill®^ ^^fS^ j'arppur-propre s'entoune ppuy
faifoUl|j:;ipii à lui-mêpe,
1 H l^^m^ q^'?§t.fie jloaii qjje \^^x%m
■ \
I f
vré à lui-même? Iiiconst'queiice!... Il veut
quelquefois le bien, m;iis jiius et trop souvent
il fiiit le mal... Aussi, l'homme livré à la fou-
gue de toutes ses piissious, ne doit il récolter
que dégoût de cœur, ennui d'eFprit.et aiTais-
semeut moral, le pire étut de tous.
aunm ihit
it le mm HoBkerc vlst à •^•vcrecfilr ««e
#e Ifaialéviier. — Set
■— >i I i. *- W — ¥cl ie
«tcsmrrlr la vértM.
Vers le commencement de l'année 4 476« le
temps était froid, humide, pénétrant; Char-
lotte, un soir, arriva transie dans cette mal*
heureuse chambre de la ferme, où Lavèrgne
s'empressa de réunir des sarments et de les
allumer dans la cheminée. La clarté de Ji^
flamme éclaira cette pièce plus que de conta-'
me, et bien que Touverture qui donnait sur
278 CHARLOTTE DE VALOIS
les fossés fût étroite, elle était dominée par
la bnrbacane qui éclairaîl lalo;.^e du concierge
Humbert, laquelle se trouvait en face. Ëtonné
de voir ce lieu éclairé, il ouvre sa croisée, re-
garde, et à travei*s le peu de jour que les me-
neaux et le ploipb laissaient de libre aux pe-
tîts morceaux de verre, il reconnaît d'abord
Lavergne, puis Charlotte; il ne doute plus
de la réalité de ses conjectures. Cette décou-
yerte funeste augiuente la surveillance de ce
!S^ire,.iia flesèniiaîs acquis an [XHot^-TvIaé-
^lÂI^I^riI iatudiel'a les ciréôiistanees et ti se
vengera!... Sa joie infernale lui fermé les
yeux sur les résultats d'une dénonciation, il
ne voit point les douleurs inépuisables de ses
mattres, il né voit qu'un fait, sa vengeance,
- î <^ftft éOHH Hurfjflërt s^e;^ Ms éfi MBH
éë'pvmfér^ dé^ftciattdri; tl vS troBvê^ fê
mm&, à Jt)rgs àVoîi- ârhcii^ fêj^ cfi&^eé 88
»fcp,- dénithë p'ohr ânàdiifeèf uti iMtié&ï'Û
Èkit^ëmïroëver deilâThies étfiiiiY ^'Wi^
sef efc'hé^ei' lef^firtaliéérét. ' '
1 U'itflfRibii ib ihéiim dé Br^zé fut tèfleV i
ij
ET ixéotiîs BÊ iîd^. 2n
fiëttiô nouvelle inattendue , qu'il nfe pW aux
{iy^ièrs instante fiiiie tin seul rnô^Vëtneâi
ffkttclin de se§ niembres; iiii tr^Hittlëînetiî
êBiitf ulsif le saisit eiisuîte : l}i^usi'e|^r^{)âfri leî
éSi«-ks, il voulut puhtr riiifïime qrfî é^ liëf:
iîiféttàit de jéieir un soupçôil sur là tèrfii àê
iK fertitrie. Hùnibert cônnàiwssahi la VÎolefièe
dëi( jjf^triîeis tndiivënienfs du côiHic, ^kàll
jâ'udëfhment iisH éloigné de luî pour rneiire
9efe f^iënbiès enir'enx dëiii; mais il iliitl>ôïl
et offrît sa vie s'il ne parvenait îi j^rdùvèi è^
qu'il avançait. Il trouvsl encore dans is^bn v}éu£
S^vbiiëthënt pour rhoniieur de ses iHàlfrèà, de
lïj^eut prétextes poui» cbloref d*iiri VëtmS
r«{)léctai)Ie la démarche qiie là M^èk^kë
sëfilë lui faisait faire éii ce mSttièni.
' L'infortuné comte aprèb iih loiia kiîitèlïeii;
Sj^ii des arigoîsscs de llrtcërïîiude, Hiçhàçât
HftittBert, mdlgré ses ahclèii.<; èervtcëâ ptH
dé'^èà patents et dams sa rijâîsbii, de fôi fttëF
ï^vîfe, ^il n'arrivait pas dans hti èbhvt âlit. S
dHHftef des prennes de k^ ctMeMMhW
tîon. Le vieux traître î^blîfchâéV fiBitpfldB-'
tenir quatre mois.
jtSi) CBA1U.0TTE DE TiLOfS.
A partir de ce moment, Jacques de Brézé
bourrelé d'inquiétudes, dévoré de chagrins et
dissimulant toujours, étudiait ainsi avec soin
les pas et démarches des deux accusés ; mais
son Âme généreuse et grande, n'arrivait point
à distinguer le moindre indice qui put conGr-
mer son malheur. Déjà le vieil Humbert avait
été plusieurs fois sur le point de tomber, vic-
time de son infâme délatitm.. Son âge et
Taucienneté de ses services, ainsi que les
recommandations du père et de la mère du
comte avaient seuls retenu son bras.
Deux mois, bien longs pour le comte de
Maulévrier, se passèrent dans ce douloureux '
martyre sans que Humbert pût rien découvrir
de façon à surprendre un rendez-vous d'avan-
ce. Enfin dans les premiers jours dejuin i 476,
il parvint à savoir qu'une réunion était proje-
tée dans la ferme de la Couronne pour le pre-
mier jour où le comte irait à la chasse. Celui-
ci en fut traîtreusement prévenu aussitôt ; et
bientdt aussi, une partie de chasse est organi-
sée pour le samedi 8 juin.
cRAPini mv
Goflunevt le eoiate 4e Maalévrler CUt seml^laiit 4e partir pour
la dMiMe. — n rentre et ya «hei le traître Hanbert. — n ne
peat 4ealcr 4e md malliew*. — Il va retrouver les coapaj^lea
d let traMperee 4e mb épée. >- Lavergne 4eiiiaii4e le P. Bo*
patlea. — GlMrlotte reçoit PaksoiatUm et reB4 l'ène tan»
av4lp p« proBoncer «i se«l laot.
Jacques de Brézé devait, disait-il, aller cou-*
eher dans, la forêt, pour être dès le lende*
main, à Taube du jour, à courre le sanglier
qui faisait d'affreux dégâts, ajouta-t-il, et s'Ar*
réter ensuite à un couvent des environs de
Dreux pour Toffice du dimanche. Il partit
dope ostensiblement de Rouvres vers six heu-^
«M du soir, et rentra sans être aperçu dès la
282 CHARLOTTE DE VALOIS
chute du jour: ii s'était caché chez Humbert.
Après le souper Chiirlotte, suivant son ha-
bitude, fut nssister au coucher de ses enfants
dans la ferme.
Lavergne apiès avoir fait sonner le couvre-
feu, et fait sa ronde ordùi^fpe, se rendit n la
ferme de la Couronne, [ar l'issue souteri-aine,
et le comte de Maulévrier, qui veillait à la
croisée du concierge, fut bientôt convaincu
de son malheur.
., Ne consultant que la fureur, àfmê d'un
poi^fS'eVcle son épée, il Vole plutôl (tu'i'ilie
aëêcé'ild Siii soùtert-aihs; il àMvè hlàgbî?e
secrète, l'ouvre et s'avance vers la chambre
par le couloir de communication.
Lavergne entend marcher, il écoute et pré-
vient Cfiarlôltê'^è le comtfe sëuIJtèirtvtBÎir,
car seul api-ès lui , il peut pénétrer danS éê
lieu; afii'ès quelques efforts qai donnent il
rifafidèlé éponéfe le temps de ftiir, la pbHft
fcedè ; ètlè s'oiivre; et Laf ergue sfe jette aù^è-i
Hià dH coitité outragé, en' ttti prêst^iltafM'^
p6ïti-Kië,*itriéiittàï^lit!rfe«è''^te*t'*e p((rt
ëh liH m^ itae te 'èb/rj^ré £lieKIfe'ir'<^
Et lÂCiitJÊS DE UltÉfé. ^S3
f<csép là moindre résistance, il tombé êii àr-
Hëre, et rë{)ée est retirée par le meurtrier (jlil
lie teiit pas à'en dessaisir.
Charlotte éperdue a voulu fuir; die s*est
jetée dans la chambre de ses enfants, elle les
a pris tous les trois dans ses bras pour s'en
faire un rempart, un bouclier; le comte pa-
ra!t!... Charlotte échevelée, se répand en cris
et en pleurs, ainsi que ses malheureux en-
fants, qui ne conçoivent ni la douleur de leur
mère, ni la fureur de leur père ; elle se préci-
pite à genoux, demande grâce, au moins la
vie; le comte est sourd, aveugle par son res-
ÉSèlîment, il frappé sa fémuje de sori épéé à
H tête, elle se btaîése et reçoit darià le do^,
Têpèé déjà dégoûtante d'un autre sâiig que le
Men ; l'arme pétlèîre près du cèbur, et rie lui
jptfffrièt plus de f)rononèer un mot intelligible.
fjês enfants terrifiés et craignant le même
Soft qtie leur mère, se piéci[)itenl eh fuyàhi
Mrii les cot-rîdbrs et dans la ferme, tout lé
tàBridë est révèîHè, les sentinelles rie cHnçbl-
^\; rien à cfetté snrptî^e îiiaftëiidae ; tiù ^ê
284 CHARLOTT£ D£ VALOIS
8ur la cause de cette alerte, on sonne Talarme
sans savoir pourquoi , le désordre est à son
comble sans qu'on ait pu s'en rendre raison.
Cependant les enfants que leurs sanglots,
la peur et la suffocation ont rendu quelque
temps inintelligibles , finissent par balbutier
ce qu'ils ont vu. On se précipite yers la ferme»
dans les corridors inconnus au plus grand
nombre. La nuit est obscure, mais calme,
et contraste avec l'agitation des hommes. Les
lumières sont rares, elles vont et viennent, et
souvent sont éteintes par les courants d'air.
Lavergne respire encore, il implore le par-
don de son maître, celui de Dieu ; il demande
à ceux qui s'empressentautour de lui, défaire
venir promptement le prieur. On court à sa
cellule, mais on ne l'y trouve pas ; on réveille
les religieux qui présument que le P. Dona-
tien^, suivant son habitude, est dans sa tri*
bune à la chapelle. En effet on l'y trouve
absorbé dans la prière qu'il fait pour les pé-
cheurs Dès les premiers mots, il a tout
compris comme par intuition, il se précipite et
ET MCQUES DE BftÉZt. 285
accourt près de Lavergne , qu'il exhorte à la
pénitence, en offrant sa vie comme expiation
de ses offenses. Le malheureux est bourrelé
de remords , et ne peut supporter Fidée de
paraître au tribunal de Dieu sans que le comte
lui ait pardonné.
Le P. Donatien que son expérience près des
moribonds a rendu expert, entrevoit que son
malheureux enfant peut avoir encore quel-
ques heures de grâce avant de rendre son âme
h Dieu; il veut se rendre auprès du comte
qu'il entend gémir près de là ; il passe dans l'au-
tre pièce, elle est si peu éclairée, qu'il heurte
un corps qui le fait chanceler ; il s'arrête et
regarde^, mais il a peine à distinguer les ob-
jets; il approche la lumière, un terrible spec-
tacle se présente à sa vue; le meurtrier fuit, et
le prieur en 3'approchant de la comtesse dont
il avait heurté le corps étendu par terre, bai-
gnant dans son sang, la voit dans les derniers
symptômes de l'agonie; il lui parle, un serre-
ment de main , convulsif peut-être , lui fait
supposer qu'elle peut l'entendre encoi'e ; il
286 C^ABLOTTE DB Xil-pl^.
ppfitc de ceB courts iustants pour lui dpiinfn:
^'absolution. Elle expirç a^j^itôt aprè| ]|
^ernière parole du miuistre Dieu.
t!«
CBiPITRB mVI
Otmmcnf le prieur recberetic le eomtè ût Mbudérrler pour ob-
tenir ût lui le partf OD da coaimbie ^at l'Inplore .— l^uimiilçt
' pâroleé qa'U sait troaver sar la mt^értcrord^ )loBt te niiebr^
trfer a betolo, lai aassl.^ I^e conte oMIc et pardonne. —Ton»
' cîià'ite entreToe des deux ami«.'-- L*eztrêmé-onctién adinl-
plilrée à LaTerfue, qui HMort eonirlt — Le eontc A It^iAivrf
dn cdttne. —Le traître Hnmbertmeort snblteitîent.
]Le pfmy revint, ^nj^rh^ de Lf^yfiygap , il Jj
. tÇQi|V9 dans le méoie étaf ; alor$| , il 1§ gfiitfj;
(|^ 9Qq];ga^ poui* se remettre à |a rpcbf^ql}^
4^poff)fe d^ Mf;u}éYr|(9^, il parvient i).vec p^Dg
1 1^^ Ç^Rindvp , çt jl |e ?urBreu4 dans u^e ^gj-
teJîftft qa*il est plqp faciliç de suppospr g^p dg
décrire; ThommedeDieu lui apporte des paro-
les de paix et non de menaces , il Iqi offjre; son
288 r-UillLOTTE Dt ViLOlS
pardon s'il le désire, s'il veiil se repentir , et
pardonner lui-m^nie.
Malgré son (rouble, Jacques de Brézé l'a
entendu; il verse enfin des larmes,... le prieur
en profite pour lui demandr tin acte de cha-
rité qui pourra lui obtenir miséricorde à lui-
même ; mais il faut un sacrifice, et celui qui
fait miséricorde, offre un sacrifice '. Il lui de-
maude enfin de venir près du lit de son an-
cien ami, sa victime aujourd'hui... II faut lui
dire qu'il pardonne, et c'est là le sacrifice
Le comte frémit à cette idée, il refuse d'abord,
mais l'éloquence du prieur, aidée de la grâce,
commence à l'émouvoir. Il se voit homicide ,
excommunié, condamné par la justice hu-
maine, et enfin pour toujours... par celle de
Dieu, si lui-même ne pardonne pas ! Jacques
de Brézé sanglottant convulsivement, se lève,
etfaitquelquespaS;puisretombesur son siège,
malgré l'appui du P. Donatien, qui lui rap-
pelle que le mourant n'a plus que quelques
instants à vivre, et qu'il l'attend... Le comte
n\
EriÀCQUfiS DE BRÉZé. iÀ9
de Manlévrier parait sourd et immobile , alors
le prieur se jetant à genoux et prenant en-
tre ses mains le christ de son chapelet» com-
mence à réciter lentement et à haute voix , lé
fMer; ... h ces paroles pardonnez -nous nos offen-
ses tomme nous pardonnons à ceux qui nous •
ont offenséSj il fixe les yeux gonflés et remplis
de larmes sur le comte , qui s'écrie en se le-
vant brusquement :
— « Oh ! mon Dieu, pardonnez^moi, comme
je pardonne ! )>
Il court précipitamment, le prieur a peine
à le suivre pour le conduire au lit de Laver-
gne, l'entrevue est déchirante; des deux côtés
la prière humble, la douleur profonde : chacun
s'accuse en même temps qu'il pardonne ; le
meurtrier et sa victime s'embrassent encore
avec tendresse , c'est une lutte de générosité
et d'humilité qui dispute les moments à la
^ort.
* — c Allons près de Charlotte , > s'écrie le
comte qui ne peut achever. , . Le prieur Ta
compris , il répond :
19
360 CHAUOTTi: DE VA|,0I9
— « PripQs pour elle ! que Dieu lui fasM
Vu morne silence succède à ses parole», I*
comle a If» yeux hagards... Uvergne éproun
uo (véfameoieni.,. Le P. Donatien avec dai
jparoles inspirées, l'^blit le calme : il àowifli
(^ette scèfje sublime par sa présence, à geuous
près du lit mortuaire, cootcmplarit les siniS'
trevrésullatsdes passions humaines; il porte
les yeux alternativement sur ceux qu'il aimait
comme ses fils; les pleurs coulent dans len
sillons que les austérités plus que l'âge ont
creusés sur «es joues ; il arrête entre les
deux Frères des aveux désormais indiscrets et
nuisibles, il exhorte à la contrition, il soutient
res[>érance, il conârme la foi, il excite ii l'a-
«tour de Dieu, il tempère le désespoir. . .
Quel spectacle pour l'incrédule!... Où se
trouverait pour lui la consolation dans des
olroonstances si déplorables f . . . Que lui reste-
i-aît-il?la douleur intolérable, le désespoir, là
nge, Ij) révolte, le trouble, la vengeance dans
]e ccçur et dans l'àme, l'espoir du néant 1..,
Cependant les hoquets précui-seurs des der>
j^àe (|u p. Ponction, il euvQJe ^n dû #ia# nfljp
l^ux chercher le^ ^uiteii huilei^; )«| y^i^fr
jfi^menU dç sai^ 06 permettent pq\9% qff/^ Jf
T^tiquç soit fidmiai^ré; maU^ la pr4f|BtB^
d'egprit de Uvergne oe Tabaodoi^qi?» PQJQt* U
fi$ laisse échapper ^cu»e fdaiate aor^as (}ou-
jlprs yÎYj^a et cuisantes-; il suit les prjèr^#
ilfjgliçe avec le cooite, qui malgré ]^ vûî^lf^
et tremblantes impression^ de $iQii ^^9 ^r
pond avec Tassistance. Les onctions sont fai-
tes sur les yeux , principes de la concupis»
cenee ; sur Tedorat et le goût qui ont pu
offenser Dieu ; sur Toule trop souvent dispo-
sée à écouter des paroles coupables ; sur la
poitrine qui a l)rûlé de flammes réprouvées ;
sur les pieds qui ont servi à transporter le
criminel si près de sa tombe. ..
Les prières des agonisants commencent, et
au moment où le P. Prieur, s'adressant au mo-
ribond, lui dil : € Partez, âme chrétienne » , Jac-
ques de Lavergne rend le dernier soupir
Le comte , plus calme depuis qu'il a héroî^
quement offert le sacrifice à la miséricorde, se
j.
jt92 CHAKlOTrE DE VALOIS.
décide, sur l'avis du P. DoDatieu, à ne pas
fuir, mais a attendre les résultats de ta justice
. des hommes, en expiation de ses crimes, car
la loi de Dieu ne lut permettait pas de se faire
justice lui-même : < A moi seul la Tengeance,
c dit le Seigneur , ultio mea est. Deut. 35. >
Le misérable Humbert , en apprenant lés
suites de sa dénonciation, était tombé mort
subitement h la renrerse sans avoir pu pro-
noncer un seul mot .
, 1
cHAriTiB iiiyn
CSanment le piienr daiif ces emellec elreonstaiices pren^ eoa-
,• mU 4r lelSBciir-éYéqae. — BéponM qR*ll tu reçoit. — WlwtUi
emcrrenieBi des troU ûttanu* — Pénltenee canoiiitne 4m
eoMtt de MMatvrIer.
Les faits extraordinaires au milieu desquels
se trouvait le P. Prieur, Tobligèrent à écrire à
révèque de Chartres pour lui demander des
instructions; il lui expédia aussitôt sur la
mule du prieuré un de ses religieux de cheeur,
qu'il chargea de suppléer à ce qui pourrait
^n'être pas assez explicite dans sa missive.
-»»'i Le lendems^in^ le religieux revint avec une
204 CHARLOTTE DE VALOIft
lettre de révoque, qui répondait : que lescîr-
* constances flagrantes qui avaient précédé la
mort de la' comtesse, ne permettaient point
qu'on lui fit des fupérailles en rapport avec sa
haute position ; qu'ayant toutefois reçu l'ab-
solution avant d'expirer, bien qu'elle n'eût
pas eu apparence de ccmsififtiltnce, il autorisait
qu'on dit une messe basse à la chapelle du
château, le corps présent, sans tentures ni au-
tre luminaire que deux cierges près du cer-
cueil ; autant à l'abbaye de Coulomb où la dé- ^
fwitea^wt ftwttté sa sépiiitttW; et dft«fle*mit
conduite de nuit sans flambe»*.
Que par les mêmes raisons et bien que le
commandant du château eut eu le temps de se
reconnaître et de mourir pénitent, le corps se-
rait ppéseiàté à l'égUs^ ^tt>i»»iale de Rôniff es ,
oà oir observerait U méitie cétéAimiMii qu'il
serait Inhumé en terre saintiQ ao cittetîètie
eommuo.
Qu'il n'avait point à se |^*oiàaiicei* poiiv tes
funérailles du concierge^ dont la mari reiititiit
dans tous les cas de mort subite; mais qw tes
^Gonvenances ne permettaient p^ÎQl^Me si fa*
ET JACQUES DÉ HllÊZl!.
mille* fit |)oui- lui, h ciiusc de la coïncitlence
des ('■vèiicmci'ts, plu:^ que pour les a'ili-es;
qu'enfin, le comto ayant eiiCoui'u IVxcom-
lîliin'cation rniijeure, diMajt àa stiumellrc à
toute îa liifiirui'dc la péuiteiicc publique ; car
plus il éiait éicvf', plus il ctail dans l'obliga-
tion de dounoi' de bons exemples, et sa répit-
talion de piélé, causant un plus grand scan-
dale, il devait réparer avec plus d'éclat le
crime qu'il avait cunimis.
A cet effet, il privait Jacques de Brézé des
9»creraenls de l'Église pendant trois année»,
en l'obligeant à juùuer au pain et à l'eau tous
les mercredis cl vendredis pendant cette pé-
riode de trois années, avec un jour de plus
pendant le Carême et toute la Semaine-Sainfe;
qu'il ue pum-rait entendre la lïifisse la pre-
mière année que du parvis, lu seconde de des-
sous le porche , et la troisième dans la nef,
près de la porte d'entrée.
L'évêque exhortait le comte de Maulévrier
à la s'iuraission, à la pénitence, et lui faisait
espérer la rémîssionde sespécliés s'il était vé-
ritablement repentant.
296 CHAIILOTTE DE VALOIS
Par un codicile particulier, Tévéque de
Chartres invitait le prieur ix lui faire savoir
dans quel esprit le comte de Maulévrier rece-
vrait cette injonction, afin d'obtenir du sou-
verain Pontife un adoucissement ou une abré-
viation à la pénitence canonique, s'il s'y
soumettait avec empressement.
Ce furent de tristes jours de deuil au châ-
teau (le Rouvres ; le comte non-seulement se
soumit à la pénitence publique imposée par
l'évéque, mais il eût volontiers ajoute à sa ri-
gueur, si le P. Docatien n'eût pas cru devoir
l'arrêter dans son zèle indiscret, en excitant
chez lui la contrition du cœur, bien plus es-
sentielle encore que les marques extérieures
de la mortification qui doit aider et fortifier ,
mais qui ne constitue pas le. regretvà elle
seule.
CHAPITRE mVIII
Gomment le roi fftlt faire le proetê ûu eomte «• Manievrler. —
Il est sealement condamné à payer cent mille écos an rot. —
Il abandonne tontes ses terres. — Il vent entrer en religion.—
Impossibilité à cause de ses meurtres volontaires. — Loots U
' IMt raser le cbaiean de Bowres et fkit transporter an net»
•Is-lez-Tours les mauinlflcences de la dia^lle da prieuré.
: Le roi, en apprenant cette horrible catas-
ti'ophe, reconnaissait bien que sa sœur mé*
ritâit une punition, mais il trouva celJe'Ci
trop forte ; il voulut que l'on fit le procès de
Jacques de Brézé, qui fut défendu par Jean
dcGanai, alors jeune avocat, et depuis chan-
celier sous Charles VIII.
• Le comte de Maulévrier ne fut poîtitcon-^
damné par corps/à caujse des ciii^onstàoced qui
298 CHAULOTTK DE VAIOIS
avaient immèdîatement précédé le meurtre
commissur sa femme ; on considéra qu*il était
excusable, dan&le cas flagrant où il trouvait les
coupables, de les punir. Cepe,ndant, pour conh
plaire au roi, qui y mettait de la persistance,
par avarice, ou peut-être par le souvenir de la
Bohémienne, on le condamna à payer les frais
considérables du procès et une amende de
cent mille éciis entre les mains de Sa Majesté.
Iilii# MHi»» aMgi éfi^p^ Dé ]^vaU 1M^^
trouver 4mW vendant tdus ses. liienst flûàsi
|â[C<]^ 4è Br^xé remilril toutes ses (««res
ad fdî et Vécût if désotmais dans nndîgéiiôe,
en esprit de pénitence et par les sages avis,
du bon prieur; il avait eu l'idée d'aller finir
^ • . ■ . . . .'
sa ti0 1^iiUe!i te dans un cloître ; mais sur
Tobfiéi'vatîèn du P. Dodatiên, qu'il n'y puiH»
Tidl être. i?e$u ft abuse de èes meurtres/ ùbt
l'fJl^aQ a lh)ri«arâ« sang ^tt avait rètiOâoéi
ai^^ij^ar deia dispefls^i U mollrut aa 4494
daM tes liieilleurs ig^ntim^als* Comme piMa^.
de l'oubli de son iapil*0» il d^taanda à 4tre
inhumé prèê de sa fetâtiia^ dahs le ehœul* de
l'dftajfe da Qmlomb^ aa IT kt dépdté».
■ r . r < ' s [
■ o' a : ■- • * !
ET lAGQCCS DE BRÉZÉ.
299
Louis XI profitayde ^^ possession des Xerte^
du comte pour faire détruire le château de
Rouvres, qui pouvait devenir un rempart pour
des révoltés; il transporta le prieuré dans l'in-
térieur de la ville, et toutes les maguificences
de la chapelle au Plessis-lez-Tours. Le bourg
de Rouvres, depuis ce temps, n'a pas cessé de
décheoir, et ce n'est plus aujourd'hui qu'un
village, où l'on montre encore la porte de Ja
ferme de la Couronne près de laquelle le dou?
ble* meurtre fut commis. -
Le roi, prince superstitieux et cruel, était
encore préoccupé d'un personnage rattaché à
ce drame; il manquait une^vîctime à l'ac-
complissement des paroles de la Motchigaî .-.
peut-être ce souvenir suffit- il pour déterminer
Louis XI.
t;
CB&nnE mxL
le roi fMt fidre lei^roeèf du 4me àf fitnÊvmr», «mit lu
femoM meurt de eliatrlii* — Il eic condamné à nvolr fa ^êu
trandiée. — Le roi y «|onte mie ainrease eroaiîté. — Loidt u
: rend à ton fllleol, Lonlt de Brété , les Mene.de f<i|n pièro. «^
n le merle à Geilierine de Dreux , et en seconde nocet~ft Dienk
deWIilere. — BsUnctton de cette fimiue lUnstre.»
Charles-le-Téméraire venait de périr; le roi
crut pouvoir alors sq défaire sans danger du
duc de Nemours; procès lui fut fait en < 477,
et Jacques d'Ârmagnac, duc de Nemours,
comte de la Marche, accusé et convaincu du
crime de lèze-majesté> fut condamné à avoir
la tête tranchée. Louis XI ajouta la cruauté
de faire placer ses enfants sous Téchafaud
502 CHAnLOTTE DE VALOIS
pendant l'exécution, et le sang de leur père
rejaillit sur eux. Sa femme, Louise d'Aajou,
était morte de chagiia à Sarlat, pendant le
l^ocès. Toos ses biens furent confisqués:
mais Charles Vlll les rendit à ses cinq mal-
heureux enfants.
Quelques anqéfficpvtei l^^uis XI craignant
que le comte de Maulévi-ier n'eût l'intention, i
cause de l'honneur de sesenfants, d'en appeler
à ses pairs pour faire réviser le jugement qui
Ji'»T«i(atHWut4'uiie part et d'un»uitK« l'asait
çontMmbâ i ï«yer l'amende epver^lç r4t kIi>-
jiajjBçç^ ponrratt aTpirHçp; JI pr^liiVle
cas, et |M>éf)6rs se donner les airs d'ane^né-
rosité royale en rendant à Louis de Ilrézé, son
filleul, les terres que son père avait possé-
dée^, et le n^aria à Çatheriiie de pr^^> ffai
piourut «ans enfant?.
Xouis ^e Brézé , qui eut les rn^mt» çh^-
ges quefon père et son i^rand-père, et qui siur-
véeut à son ffère aîné, épousa en secondes 99-
ces la femeuse Dip^ Aè Poitiov, fillç du
.i^mte de Saint-Valljer, qui n'avait «loi-^qy^
tretze.aii$. De cette dernière union il paquet
ET JACQUES DE BRÉZÉ« . 505
deux filles ; i'atnée devint duchesse de Bouil-
lon, comtesse de la Marck; l'autre, duchesse
d'Aumale, en épousant Claude de Lorraine.
Louis deBrézé, comte de Maulévrîer, etc.,
etc., mourut sans enfants mâles; il laissa sa
veuve âgée de trente-et un ans, honorée pour
sa conduite régulière jusque là ; elle fit élever
â son mari, sur les dessins de Jean Goujon,, un
tombeau qui existe encore dans la chapelle
de la Vierge, derrière le chœur de la cathé-
drale de Rouen.
Le frère de Louis de Brézé hérita de ses
charges et mourut sans héritiers mâles. En
lui s'éteignit cette illustre famille.
t>^ .!««• ) I , I r«|M t
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» ■••W> JiM'iiJ -i** l(rii(ni,i i.« ,. .1,
'tlMm.'l •-"tt.-ri l( »ip>% liii^j, , .„(
CHAPnRE XL
OsBdMlMi M norallM.
Que conclure de tous ces malheurs? c'est
que la beauté est un don trop souvent funeste,
surtout si la coquetterie s'en mêle ; que les
vertus naturelles de douceur et bonne volonté
sont sans mérite et sans fruits, si on ne gra-
vite avec force dans la route de la vertu, où
Ton ne se maintient qu'avec efforts et au
prix de mille sacrifices; que la force du ca-
ractère, bonne en elle-môme, peut avoir de
506 CHARLOTTE DE VALOIS.
funestes résultats si elle dégénère en violen-
ce; enfin, que la grâce de Dieu, peut seule
nous maintenir dans la bonne voie si nous y
sommes, ou nous y faire rentrer, et qu'on ne
l'obtient que par la prière persévérante.
manw unis DimoBociuN^
€ Vous Toyez,.mon cher ami, que j'ai usé
largement de la Ubtrlé qu'oo a de traduire et
de comp'élpr une chronique assez tronquée ;>
puissie t-elle ne pas trop vous ennuyer. Je croîf^
devoir maintenant vous fnire quelques obser-
vations sur Tauleur primitif et son écrit :
€ i^ \] se trompe, je crois, en np;)e'anl le
coupable Jacques de Uivergne ; mes roeherohc»
m'ont fait découvrir qVil s'appelait Pierr.i de
Lavergne^ qu il était gentiiboinme d\x Poitoaet
veneur du comte de Maulévriar ;
308 CDARLOTTE DE VALOIS.
( 2° Peut-être û'est-il pas assez constant que
Charlotte ait eu des relations coupables avec le
duc de Nemours. Tout ce que j'ai pu découvrir
à cet égard se trouve dans un article de journal
sans caractère authentique ; car le grave, indis-
cret et irrémissible Moniteur n'existait pas à
cette époque, ni même le Journal des Débats^
si habile à dévoiler tous les scandales des bar
gnes, des maladreries, des cours de Miracles,
des Porcherons, etc. ;
c 50 L'absence absolue de journaux alors
laisse aussi la date de la mort de Charlotte à la
discrétion de qui voudra s'en servir à son grë.
J'ai trouvé des écrivains qui la font mourir en
À 470, en 74 , 72, 74, 76 et 77 ; Jean de Troyes,
dans sa chronique, dit que c'est dans la nuit du
samedi au dimanche 6 juin ; d'autres, dans la
nuit du 44 juin; et cependant sa tombe, recoà-
verte en cuivre jaune, portait ta date du 3 juin ;
mais le P. Anselme dit que c'est à tort, et Kd-
méme, dans deux articles séparés, donne deux
LCTTRK 1> INTRODUCTION* 309
dates différentes, et la fait mourir à Romiers,
près de Dourdan.
€ A^Le traître dénonciateur, yalet de cham-
bre du comte de Maulévrier, s'appelait Pierre
Lapothicaire.
c Mais, sur quoi je ne puis vous laisser dans
le doute, mon cher ami, et par où peut-être
j'aurais dû commencer^ en vous Tannonçant
dès mon début, c'était de vous prémunir contre
ridée que vous pourriez attacher quelques
croyances à de criminelles prédictions, ou à de
coupables prophéties. Tout ce que vous avez vu
à cet égard, dans cette chronique, est puisé dans
la liberté que je me suis donnée d'ajouter ce
qui me paraîtrait pouvoir répandre de l'intérêt;
jnais c'est de pure imagination, et cela n'y a été
^ • ^ . ■ ■ .
inisérèque pour mieuji donner l'idée des mœurs
du temps. Souvent, à cettç époque, l'ignorance,
jointe à un, fait simple, a pu confirmer quelques
esprits faibles dans leur crédulité, parce que
•' II A! lOlir l).. VALOIS.
des ('vrnrnirîîls sori >eniîs concourir avec dés
préviMons hasi rcécs. Dieu m^rcî, on ne voit
plus de semblables superstitions que chez des
gens tout à fait dépourvus din^lrudion^ ou fai-
bles dVsprit et de foi, ou, chose éloimaxàte,
chez les personnes qui se donnent les airs pré-
tentieux de ne pas croire en Dieu!... Ll^onune
à un tel besoiu d'une croyance surnaturelle,
que lorsqu'il ne veut pas croire aux mystères
âe la réTélation, qui pourraient gêner ses mœurs
ou ses habitudes, il se rattache volontiers à âe&
idées superstitieuses.
c A Dieu ne plaise que les circonsfancês âé
ce récit puissent confirmer qui que ce smt daiis
d'aussi coupables croyances ; el pour proteste^
contre toute interprétation ou induction (})ie
Ton pourrait en tirer, je vous le ré^te, c*ést
pour mieux peindre Tépoque et le caradére su-
perstitieux de Louis XI, qui ne se ifoisait polin
fiîtite de croire fiicileinent 6e qui (Muviât iSÊà
ta haine 6u sa politique, souvent même êàû âT-
UTTAI& d'introduction.. 341
prîce, et qui parfois 8*en est fait une arme dé-
terminante.
€ Encore, et pour la troisième fois, je jn'aî
trouyé dans aucune histoire du temps un fait en
rapport avec la bohémienne de cet épisode his-
torique; elle sort tout entière de mon cerveau,
comme Minerve est sortie de celui de Jupiter.
€ J'ai bien encore un scrupule que je dois
vous confier : vous trouverez une quantité de
rémini^cenccs de mes lectures, ou des discours
que jai entendus, et je ne les ai pas notéesoum*
dîquèes ; ce n'est pas que je veuille me parer des
paumes du paon, ou refuser de rendre à chacun
■•.'-'-■•■ * . ... . •
ce qui lui appartient ; mais comment faire? la
plupart du temps je me souviens du passage,
de ia pensée, sans me rappeler de qui ils sont.
« Si le choix des pensées est invention, comme
on Ta dit plus spirituellement que judicieuse-
ment, je reconnais toutefois volontiers, et de
tout mon cœur, que ce qui peut se trouver
de bon dans cet opuscule m'est venu des au-
542 CBARLOTTE DE ViLOIS.
très, el cpie ce qui s'y trouve de mauvais vieDt
de mon propre fonds, sauf les faits positifs,.cons-
tants et historiques que je ne puis pas changer-,
d'ailleurs, ce n'est pas un ouvrage d'érudition
à consulter, et j'aurai atteint mon but, si j'ai pu
distraire utilement, en donnant te désir d'étu-
dier du point de vue catholique la plupart des
&its de l'histoire, si étrangement interprétés
par la généralité de nos écrivains.
a D'autres plus scrupuleux, et k juste titre
peut-être, pourraient me reprocher le sujet de
mon canevas : je serais tenté de leur donner
raison ; mais les circonstances et les lieux me
l'ont fourni , et je ne l'ai pas choisi positive-
ment ; j'ai dû seulement chercher à le présenter
sous une couleur religieuse, afin d'en atténuer
le danger : ai-je réussi? vous en jugerez.
c Enfin, si vous trouvez dans mon récit des
fautes de construction, je voudrais que votre
indulgence put 1rs attribuer : aux idiotismes
que l'on contracte en pays étranger, surtout
LETTRE d'iNTEODCCTION. 543
lorsqu'on y a été élevé ; ou mieux encore au
contact du vieux langage des chroniques que j'ai
dû feuilleter ; l'important pour moi, est que vous
n'y trouviez pas de néologismes. Non quejemé^
prise la science, le génie et le jugement qui ipr
ventent ou établissent des mots nouveaux , car
après la vertu, je crois que le plus précieux orne-
ment de Tesprit humain est la science qui per-
fectionne toutes les facultés naturelles ; mais
aussi de toutes nos facultés , le jugement est le
plus estimable, car cette faculté dirige et gou-
verne les autres ; or, je trouve que depuis long-
temps, on fait en littérature un étrange abu$ de
ces prétentieuses hardiesses , ce qui ne prouve
pas en faveur de la sodété actuelle. Aussi, com»
bien devons-nous comprendre et approuver cette
lutte engagée avec tant de force, d'éloquence et
r
de dignité par notre clergé, avec Tépiscopat à sa
tète, dans la question de renseignement ! Nous
ious catholiques, nous devons ayoir de.3 entrail-
les de mère , pour la jeunesse dont il est néces-
514 CHARLOTTE DR TALOIS. .
saire de former le cœur et le jugement , car alors
Tàme peut contracter l'habitude de se raidir
Contre la paresse naturelle à Thomme, et elle
devîenl capable de comprendre les occupations
utiles et sérieuses.
< Je vous donne tout ce qui précède comme
appendice, puis je continue ma lettre.
€ Vous saurez donc que la belle Diane, qui
avait eu une conduite irréprochable pendant la
vie de son mari, et qui le regretta sincèrement,
en porta le deuil toute sa vie, même lorsque
Henri II était son maître. Il en existe pour moi
iine preuve dans un petit salon qu'elle avait fait
ofner dans son château dTA^nèt, apparienant
aujourd'hui au comte Adolphe de Carâman. En
■>"•■, ■ • . ... - ■ -
homme de goût éclairé, il fait restaurer ce qui
peut rêiré, au milieu de ces ruines magnifiques;
il a fait rétablir les omémerits de ce salott, dont
les peintures des caissons du plafond sont sur
ifcnd noir, avec les ornenients aor et d'argent,
iàTif lès côutèurà nâtiitélîès dû bbis et celles des
LETTRK D* INTRODUCTION. 5l5
armoiries ; on sait que pour les rois, les princes
el les grands, Tor, Targenl et le noir formaient
ledeuîl.
c Je ne sais si on a remarqué ailleurs que
Diane était arrière-pelite-fille de Louis XI, par
sa grand'mère Marie, fille de ce prince et de
Marguerite de Sassenage, qui avait épousé A.y-
mar de Poitiers, seigneur de Saint- Vallièr, et
que cette petilc-fille a épousé un petit-fils de
Charles VII, Louis de Brézé, fils dé Charlotte
dont vous venez de lire l'histoire.
€ En passant devant Téglise d'Anet, on ne
peut trop regretter qu*Albéroni, qui en avait été
nommé curé, ait trouvé cette charge au-dessous
du fils d'un sonneur d'alise ; nous n'eussions
pas vu peut-être tous les' bouleversements poli-
. tiques que cet ambitieux ministre à oc(5âsi6héà
dans son temps.
€ Vous savez que c'est à La Roniée (^lie je vous
écris tout ceci, dans cette ferme où Qiâriotte,
• . ...
ditron, vint boire du lait, avmit d'aH«ir I S<]^,
3(6 CHARLOTTE DE TâLOlS.
en passant par la Veotroûillerie; que c'est après
avoir vu les ruines de ces châteaux. 11 reste peu
de ruines à Sorel ; cependant la porte d'entrée
après les fossés, qui paraîtrait dater de la Re-
naissance, mériterait d'être couserrée précieu-
sement ou d'ê^ transportée ailleui^.
c Vous saurez encore que La Ronce est de-
venu une aimable et bonne retraite, où LuIU,
qui l'a habité, a sans doute composé de beaux
motets pour Saint-Cyr, sur la demande de ma-
dame de Maintenon ; c'est là peut-être qu'il a
écrit celui qu'on y a chanté jusqu'en ^90 : il
GOimnençait par ces paroles : < Dieu! sauve te
roi!... > Et les Àn^ais, comme de beaucoup de
choses [dus graves, s'en sont approprié la ma-
nque , en y appliquant leur « God! save the
king!... > et ils souUennent encore que c'est un
air national. C'est ici que, depuis, madame la
vicomtesse de Sourches a ramené la vertu et le
bonheur pour ceux qui rappro(dient ; elle y a
bit séjounier d'autres illustrations : NK . SS. les
LKTTRE d'|NTRO«)UCTIOW. 547
cardinaux de La Farre et de Latil^les évéques
de Gand, de Chartres, d'Hermopolis, et d au*
très encore ; \e dernier, encore abbé, y a écrit
certainement quelques-unes de ses admirables
conférences, que j*y ai lues dans un exemplaire
donné par l'auteur.
4
€ L'auguste fille de Marie-Antoinette, la digne
petite-fille de Marie-Thérèse, et Marie-Thérèse
' ' ■ . " .' .
elle-même, plus illustre par ses vertus et ses
malheurs incomparables que par sa haute nais*^
sance, étant dauphine, y est venue déjeuner en
avril>l828.
c Hier, 24 septembre 1845, une aimable et
nombreuse couvée de neveux et de nièces est
venue déjeuner dans le parc, au même lieu, et
tous semblent participer à la douce influence
dès qualités supérieures , et gaies en même
temps, de l'excellente châtelaine.
c Notre ami Ernest est ici ; sa galté juvénile,
et franche, amuse. A la campagne, un en&nt
> •
devient une distractibn souvent ùtitè; soii g6fit
5t8 cHjkALorrE de valois.
pour la musique , la douceur de son caractèref
lui font pardonner facilement ce que son naturel
peut avoir quelquefois d'un peu abrapte; on
veut bien traiter avec indulgence sa jeune inex-
périence. Eu voici une preuve : notre pieuse et
zélée châtelaine a bien voulu accueillir avec em-
pressement l'idée qu'il lui a donnée de placer
' dans son salon, à la campagne, un tronc pour
l'œuvre si admirable de la propagation de (a
foi; elle est trop peu connue dans le grand
monde, et cependant elle est Vœuvre par excel-
lence, puisqu'elle est la continuation ^ç la mis-
sion de Jésus-Christ (h).
■ Demain je partirai à regret, et quitterai ce
calme séjour ; il fout laisser la place à d'autres,
on attend la famille de Saint-Priest, qui doit ve-
nir prendre sa partdës bontés de la chère tante.
Le vicomte de Sjiint-Priest , duc d'AImazan,
dont un des ancêtres a épousé Isabeuu de Va-
lois, fille léf^timée de Louis XI, est en ce mor
LEtTRE d'iNTRODUCTIOW. 549
ment à Berlin, où d'augustes volontés lont ap-
. . - • ■ >
pelé, et où il se trouve en royale compagnie ; on
y compte, dit-on, sept têtes couronnées, vingt-
sept princes souverains de la confédération ger-
manique, et soixante-dix autres princes leurs
agnats ; c'est une espèce de congrès. Dieu veuille
bénir les instruments de ses volontés miséri*
cordieuses sur nous ; mais j'aurai toujours bien
de la peine à croire que ce soit avec des élé-
ments scbismatiques et hérétiques que sa Pro-
vidence nous manifestera ses grâces, ses bien-
faits, ses faveurs, et bénira nos espérances.
« Mais, me direz-vous, au sujet de ces der-
nièrcs lignes, comment cela finira-t-il? Je vous
répondrai •: par l'imprévu.
« Tout ce que nous pouvons faire, ce sem«
ble, c'est de ne compter point sur les choses ou
les hommes qui sont naturellement, ou qui se
mettent en avant; confions-nous en Dieu seul;
demandon&-lui que son règne arrive; son règne
c'est l'ordre : l'ordre amène l'ordre ; et de là, ce
520 CHAhLOTtE l)K VALOIS.
qui est dans l'ordre tous m'entendez bien.
i< Quant aux moyens, Dieu ne nous a donné
que des lumières excessivement bornées, et il
nous étonne à tout instant par des coups inat-
tendus, imprévus. Quoi de plus imprévu, en ef-
fet, que la catastrophe du >i3 juillet de Tannée
dernière? Les hommes y ont-ils été pour quoi
que ce soit? Et cependant que de calculs ren-
verses ••••••
c Je vous avouerai donc qu'après ma profes-
sion de foi religieuse, mon système pour Fave-
nir de ce monde ne s'appuie que sur l'imprévu ;
ce qui ne le sera point pour vous, c'est Tassu-»
rance de mon amitié. 9
U BMMe, tS septonbr» ISIS.
r
NOTES.
NOTES.
(a) Rouvres. , . . . . pag. 22.
Voici ce que l'on trouve dans la géogra{^ie de jBau4r0^j
édition de 1682, au mot :
« RoBim, RouviiES: vicus gallige, in Belsia provincia ad ve-
« geriam amnem? aliasque oppidulum carnutum satis cultum
V et anl;iquum, ubi Druidoe sacrificia habebaat, vi|^ diaiidia
« leuca distat ab Aneto Castro ; in eo obiit aniio 1476. Cargb
.0 Qlia naturaiis Garoli VU francoruui régis. »
«l)m>€0ii,&iUA0CÂBUS,DKOGiEouJ9A0Cii:, Dreux;
.M Ju.ei4Giis ^ Car^to. Fùere etiani magi seu sa^^dotes g^i$
3 gui ^aecipue inter caruutes degebant et %dt!gmvm siicrt-
« fici^i ^^4il>dbaat iu fioboribue sacrig iu antiqua tradiUooe;
.j> pf^JL ^uttç vicus de Boboribuê dictus Roun^eê vulgo, si4
« vegram amnem »
La MAiiTWipiUE, édition de 1768, a l'air ;de traduire un de
j)fi^ passages à \ 'article :
fi Rpe|i^BSj^, lieu de France dans \^ Be^ce, diqi^ 4k
« Chartres, élection de Dreux \ il est situé sur la Vesgr.'», à
524 NOTES.
• une demi-lieue Cm château d'Anet. C'ûlaitancienDemenlun
■ grot bourg des Caniulis, l'on croit que c'était le lien ou
« les Druides fai-iaiciil Icur^ sacrifices. »
Andhë dd Cresne, dans ses descriptions des villes et cbl-
■eaux de France, H'\l ■.
n . . . . Ceux qui veulent tirer le mot Dreux ds Druyie
■ ou Dryt, qui signilii; un chêne., à cause de
« Ils furent ap|>e!és drtiydes du mot grec qui signifie chet'
Il est constant que les druides avaient un grand nombre
d'auleb et d'établissements dans !es Cainules, le principal
était situé entre Chartres et Dreux, dans un lieu appelé au-
jourd'hui la Garenne ûe Po'svillierg; cl leur souverain
pontife avait son siège au lieu appelé les Gouliires.
Au mot Rouvnïs-soB-VEcnEs, dans le nouveau dictioa-
nairc complet de la France, par Brîaud de Vcrze, revu par
Vérin-Thierry (IS15), on lit que c'était jadis le séjour re-
marquable des préires druidiques, et que c'était aussi un lieu
considérable où les rois de la seconde race avaieal un châ-
teau dans lequel mourut une Tdlc de Charles le-Chauve.
Boudol, dans son dictionnaire latin au mot Robdk, l'ex-
plique ainsi :
- Le Rotivnt, c'est une csp'ce de chêne plus petit, plus
■ dur, plus noueux, sur lequel croit facilement le gny. «
Le Dictionnaire dt i'Jeadémie donne la même déBniti<Hi
aux mois Rogtre ou RoiiaE.
II résulte cl.iiiement pour moi de ce qni précède, que le
vil'agc de Rouvres a pour origine un bois de chênes dus le-
quel les druides se retiraient pour leurs sacrifices. On sait
qu'il y en avait beaucoup dans le pays des Carnules, qui ha-
bitaient cette partie de h Gaule eelli<tiic, qu'on a appelée depuis
le pays Charirain, et que Jules-César eût lanl de pttoe à rt-
duirc.
Il existe aussi en Lorraine et eu Bretagne des lienx de ce
nom, qui ont eerlainoment la même origine; car la Gaote v-
moricaine surtout, a liHigtemps cooserré le colle de U tnzw
NOTES. 525
dirigé par les druides. Les druides étaient eux-mêmes parta-*
gés en cinq classes.
Les vacîes pour les prières et les sacrifices.
Les séronides pour les sciences et l'instruction.
Les bardes y poètes et musiciens, pour encourager aux
combats et à la vertu.
Les euhages pour la science divinatoire et prophétique,
tirée des sacrifices, des astres , etc.
Et les causidîques pour rendre la justice.
Les druidesses étaient aussi divisées en trois classes.
Un de mes parents possède, près de Dinan, le château de
Rouvres qui est encore entouré de bois de chênes.
Ce qui doit confirme^ noire opinion, c'est qu'on sait que
dans le midi de W France, et surtout en Espagne, la lettre h
se prononce indifféremment 6 ou d, et que l'ctymologie de
beaucoup de noms propres ou de mots s'appuie sur cette al-
tération dimS la prononciation 11 n'est pas étonnant que de
semblables, et mêmie de plus graves altérations, aient eu
lieu à une époque où la science d'écrire était une exception.
A l'appui de ce que nous venons d'émettre, nous citerons
encore deux noms de famille qui prétendent à la même ori-
gine, et qui portent des armoiries semblables, qu'on appelait
parlantes, parce qu'elles rappelaient le nom de ceux qui les
portaient; c'est en Italie l'illustre famille deZ/a Rovere dont
étaient les papes Sixîe IV et Jules H, qui ont fourni un grand
nombre de cardinaux, les ducs d'Urbin et les princes de Ci>
merino. En France la famille Grimoard du Uoure : elles ont
toutes deux pour armoiries un chêne noueux dessiné de la
même manière, on les blasonne ainsi : d'argent, au chêne
de sinoplCy englanté d'or.
Quoiqu'il en soit et malgré mes recherches, il m'a été im-
possible de découvrir l'origine plus récente du château-fort
quia existé dans ce lieu, ni l'époque précise de sa destruc-
lion ; toutefois son existence ne peut être révoquée en doute.
La tradition du pays est constante à cet égard, et il en reste
encore quelques légères traces.
526 NOTES.
Quant à la ferme de la Cnuronne, il en osist« tonjoun
«ne de ee nom, probablement au niAnie endroîtoà ét^t i'an^
Ire, car noiis n'avons pas la prétention d'affirmeT que eé
soient les mêmes constructions.
(b) Caftes pag. 84.
C'est une erreur assez généralement répandue que l'inveik
tion des cartes date de Charles VI, pour qui on les aurait
imaginées afln de distraire ce malheureui roi dans ses accte
de mélancolie. Les caries nous viennent d'Asie et nous sont
parvenues an retour des Croisé,-^, sans qu'on sache précisé-
ment chez quelle nation elles ont pris naissance. Ce qu'il j ■
oe certain, c'est qu'avant d'élre (îtiécs communément au
nombre de cinquante-deux poui' chaque jeu, elles avaient
souvent subi des modifications, soit pour les figures, soit pour
la quantité, soit jiour la grandeur, il existe encore en Espa-
gne, en Allemagne, en Suisse et en Pologne, à noire connais*
sânce, des caries qui ne sont point fjites comine les uâlres, et
dont tes personnages ainsi que les figures dessinées dilféreni-
inent ne portent, ni les mêmes noms ni les mêmes conteurs.
Oa peut se procurer en France des cartes de T'arot, qui sout
au nombre de soixante dix-liuit pour rhaque jeu, el dont leg
figures et les images n'ont pas de rapport avec celles dont
nous nous servons Iiabiluellenieni ^ on en fabrique i llesiui-
çon. Alais il est vrai que cetwlJacqutmin Gringonneur,
peintre de la cour, qui, lu Giroita: ou le Susse de l'époque,
donna aux ijcrsonnages et atn Rgmat dt« caries, une enlumi-
nure moins gi'ussîêre qu'aiant; i\e plus, le nom d'un per-
sonnage célèbre tut nliribué à rhaqun figure. Jacque-
min Oriugonueur les itrésenta au roi qui eu Ht son amuse-
ineiil ; de là cette vogue des jeux de caries qui n'a bit qoç
s'accroître depuis, pr ties combinaisons muliiifliées, sous
différents noms, et qui font le délassement ou malbeurou-
senient l'occupatiuii de tant de monde.
[c)De IiiiitaHonc J.-C \v.\%.\%'t.
■ Kout avons suivi dans cette chrmiique r<^inion commnnet
WtoiU 4^tle époque^ et nous ne prét^dops en aucune m^
nière décider la quesUoa si souveat et si savaminebt agitée^*
de savoir quel est le véritable auteur de ce livr? admiraSle^
Ceux qui Font attribué au moine Gersen, ce sont évidenih
ment trompés par U ecliifusionqu^ ont Mtê t1#ê téilfAfdu
siqimt «t pieux Gerson, chanoine et^chaneeKerd^ VégUm 0e
Paris ; ii ce n'est pte Teeuvre de ce dociê pmooM§i, eU» m-
pwiétre attribuée qo^au saint moine à Eempia.
Aujourilhui la question parait élre solidement étabKfk pvr
\m Mraf (tf qui eit font hoAneii^ au cbaRoeUef CieiMii. La
cnpéqflODce k plu» profitable que Ton poisae ^tirar dt V'm^.
OiVtitiûieoù ott a été si longtemps â Mt é^m^ «'eat qiio M
dinrin oavnl^e est le fruit des médilatioBë préfoodia dolliii»!
n^lité la mieux éserrée^ puisipio TaiMif n'y a paaméwt at*[
taché son nom de son vivant. . j
* On peut aofisulter les deroièras dteserlaliaiis iHMîéiaMr
oia important ouvrage et notamoRDt la TÎodu ehtfKtUoff Qmr,
son, par Onésyme Leroy.
t (4) Preoiier livrt imprimé à ^am« • • • •>
Go donnant ici ropiuion de (kibriel Nau^é daus sou ad-
4i$0Br à rhistoire de Louis XU i^ous sommes loin d'atermêr
c^ qm nous réjj^tons aprèii liû.
Tout le monde sait, que c'est Jean Guttemberg quia inveut4
rimprimerie V mais des savants prouvent ai^ourd'bul que (es
frères Ulrich ou Udalriçh m sont pas les premiers impri*
meurs de Pané; ce serait, suivant eui^^ Michftl fHbiir^ier»
Udalriçh Quering, et M.irtin Rrantz, qui s'étaBfirent rue
Siiii6»Jaeqiie« ou à la SorboifUe. Leé perenkita 0i leralcA
cuÉiooie» dt lire une dis^rtation décbive et «rtévossante à ce
sujet, doivent se prociirer le Mi$nmi hiHaH^im. âê Hniro-
duiUon de l imprimerie à Parli, par AI. À- Taillandier ;
ou le trouve en efitier dans le treianême volume des Mir^
328 ROTES-
itt an tîquairtt it Flranee. D'afirëi G«L'aii(eur, le ^eHlvm
tUa humanœ serait le diziÈme ouvrage fmprimé 1 Pirn, et
non le premier.
{«) Vierge mère pag. 150.
Pour des chrétiens insiniits, le doa de prophétie^ ne iu^
pose pas nécessairement la sainteté dans celui qui m est bo-
nne ; la foi même ne peut que s'afTennir du témoignage d'iu
eanemi.
San* parler des sybilles dont les auteurs sacrés et profimet
Ibnt mention, nous Toyons dans l'Ancien-TestanMit : ^
Uaam , enchanteur de la gentilité, prophétise la nainninfr de
reoTant Jésus ; dans le Nouveau -Testament nous liMni:i]ae
le grand prêtre Calphe proj^lise qu'il Fallut que Jésos-
Cbrist mourût pour le salut de lous.
Le récit des anteurs {««ranes sur les àntidttut de Char-
tre*, peut donc avoir un certain d^ré de véracité que nous
nous garderons bien de révoquer en doute.
Ce que nous avons lu, il y a peu d'années dons les annales
àe^Projiaga^ondtla Foi, sur la sauvage pnphétesse des
^et Ganibier, du nom de Toapifi, viendrait au besoin i
l'ai^ui de ce que nous avançons ; les taits dont nous parlons
Bunt curieux et ont tant de rapport avec ce qui nous a occupé
dans cette citaliffli, que nousne pouvons réàsteràla tentation
de les metire sous les yeui des lecteurs qui pourraient en
élre curieux.
C'est l'extrait d'une Ictlre qui se iroute dans les Àntinle»
dt la Propagation di la Foi^ tom. 14, pag. sss et suîv.,
années I84S, nimiéro 83.
Extrait d'une Iel(r« du n. p Lmal, miinoMotr* dt ta
iociêté d» Picjmi, à un P. de la même communauté,
en date dei tlea Gaadner, le 31 mnra 1840.
«Je veux maintenant vous parler, mon R. P.,
d'un persoimage drat le nun est on ne peut pins célêtoe dans
no« lte>. 11 y a des cbosM ai singulières datu sa rk, t^ft
NOTES. S29
crois devoir vous les (Communiquer, ne fût-ce que pour vous
prier de nous en donner votre avis.
« Il s'agit de la prophétesse Toapéré. J'ai déjà parlé de
cette femme; mais, au cas que mes précédentes lettres se
soient égarées, je vais répéter ici les mêmes détails, en y joi-
gnant les nouveaux documents que j'ai pu recueillir sur ses
prédictions. Ce n'est pas un témoin seulement, c'est la popu-
lation entière de Vile AkamarUj ou plutôt ce sont quatre
îles qui attestent que tout ce que je vais vous raconter de
Toapéré est réellement ce qu'elle a dit cent fois en public et
devant quiconque a voulu l'entendre. J'ai interrogé une foule
de personnes -en particulier ; et en comparant leurs déposi-
tions, je les ai toujours trouvées conformes. J'ai exigé parti-
culièrement et j'ai reçu par écrit celle du chef à'Ahvfnaru^
parce qu'il a vécu dans la confiance particulière de Toapéré;^
en sa double qualité de Taûra (prêtre des idoles) et de pa-
rent de la prophétesse. Je crois donc avoir des renseigpe*
ments très certains, eu égard au grand nombre et à la sincé-
rité des témoins oculaires, et aux précautions que j|'ai prises
pour ne pas être irompé. Après ces préliminaires, je viens
à mon récit.
« Toapéré était de la classe du simple [>euple, et ce ne fut
que vers l'âge de trente-cinq à quarante ans, tandis qu'elle
vivait dans son ménage occupée à élever sa famille, qu'elle
commença à se dire inspirée des dieux. C'était sous le régne
de Mapururé^ grand-père du roi actuel. Durant qudque
temps, elle ne différa pas des autres prêtres ou prétresses
qui abusaient le peuple avant sa conversion . Elle poussait
comme eux des cris inarticulés et finissait, selon l'usage, par
demander des fêtes ou des présents, au nom du dieu dont
elle prétendait être possédée. Mais bientôt après, la scène
changea. Toapéré se mit à parler distinctement, et les i^e-
mières paroles qu'elle prononça surprirent étrangement les
naturels. Je traduis ses expressions telles que je les ai re-
cueillies : « Nos dieux sont vaincus, s'écria-t-dle. Voici le
«Dieu de l'étraDger; oette terre va bientôt passer sous sa
^30 K0|ES«
« puissance. Encore un peu de temps, et des hommes bons
^ \6ni arriver ici. Je l'ai vu, ce Dieu, mais qu'il est grand t
« il remplit lès ténèbres et la luiiiière : je lai vu, sa ièvré su-
« pérîèufe touche au ciel, et sa lèvre inférieure descend jus-
'^ qu*aux abîmes. Nos dieut ne sont rien auprès de ce grand
« WeuT «
. « £Ue' ajouta que cet événement devait élre précédé de
Varrivée de quelques navires dans le port de Gambier ç cai^
les insulaires n'en avaient encore vu que de loin. * Ces étra»*
• géfs, disait Toapéré^ ne sont pas tous bons ; iU auront des
(K dcmdiés avec les habitants de Tlle. Mais après enx, il vien^
« ëra un Tailseau de la partie de la terre qui est en bas, an-
« dessous de nos pieds. C'est ce navire qui tous apportera
r des homm'es bons ; il Vous enseigneront une iioovelle pa^
f rôle, celle que l'on enseigne au bas de la terre. Le peuple
« les écoutera, et se soumettra à leur grand Dieu ; mais voua
« devez easuyer auparavant une grande mortalité, et il n'y
» aura cfué les forts qui verront ces étrangers. «
a Toapéré alla jusqu'à désigner précisément le lieu où ils
devaient aborder : «^ Ils descendront là où je suis, ils vîen-
ff dront commencer leurs prédications à Jkainaru ; ce ne
« sera que plus tard qu'ils passeront à la grande lie. » EnJQn
die annonça, contre toute apparence, la royauté future dé.
Maputéoà^ le roi actuel : » Tu verras ces changements, lui
« diîsàit-elle à lui-même ; et alors ce ne sera point Matua^ ce
^ né sera point Makopunuiy ce ne sera point... (ici elle citait
•< un troisième nom que je ne retrouve pas), ce sera toi,
« Maptitéoa^ qui régneras ! »» Elle avait aussi prévu sa pro-
pre mort, et elle l'a mille fois prédite en public. ' Que vous
« serei heureux avec ces nouveaux venus, mes petits en-
<« fants ! car vous qui' ôles jeums, vous verrez toutes ces
« choses j mais moi, je iio les verrai pas. Je dois mourir au-
*• t>dfavanf, ainsi que h» roi Maiwurè, » Elle ajoutait :
« Voici une marque de U vérité tle ce que j'aïmonce : lorsque
« je serai morie, C« w^ êlorji que ces étrangers, arriveront,
NOTES. 93 i
*■ pour se fixer parmi vous, et bientôt vous rendrez témoi-
« gnage ^ ma parole. »
« D'après mes renseignements, toutes ces choses ont été
dites avant que les événements pussent élre prévus, et les fiaK
turels prennent plaisir ticore aujourd'hui à me faire observa*
^'elies se sont vérifiées à la lettre.
« J'oubliais une circonstance de la prophétie de Toapêré.
EHe avait annoncé que ces hommes venus des antipodest ift-'
Produiraient dans les îles de nouvelles plantes alimentaires d
det animaux inconnus, qui remuent les feuilles sèches et lâf
poussière t c'est ainsi qu'elle les désignait.
« J'ai déjà dit qu'à l'Ipoque où notre sibylle rendait se^
oracles, aucun navire n'était encore entré dans le port âë
Gambier. Depuis, il en vint plusieurs à différentes époqtie^^
èit souvent les équipages maltraitèrent les naturels ou en fiK
frirt maltraités. A la vue de ces vaisseaux, on courait yéts
Tùapéré, pour lui demander si c'étaient là les hommes bon^
ctont die avait promis l'arrivée. " Quoi, ces gens-eî? répon-
* dait-elle, non, non, ne vous mêlez point avec eux, ce èotd
«r des hommes mauvais. Et ptiis, siiis-je morte pouf qtté fei^
«/hommes bons puissent arrivet? » Une fois, dans tm accè^
d*enthoirsiasme, elle s'écria au milieu du peuple : « fvBp^Hti
« vos toga, frap|)ez vos réréki, prenez vo* plus beHut or-*
M nementsï Le voilà, ce navit^, il vient, il arrive? les voilà,
»» ces hommes bons, qui doivent enseigner ici une ndovell^
» parole, et vous renchre tous heureux ! » Oo prit ces pardié
à la lettre, on se prépara comme pour une fête ; pui9 on tîM
demander à Toapéré où était donc le navire qu'elfe^ anndrt'*
(ait. « Attendez que je sois morte , répondit-elle encete ; at^
« tendez ; il est sur le point de venir, le voilà, il arrive sansi
« aucun obstacle. »
« Enfin, Toapéré mourut à l'époque de la mortalité qu'elle
avait elle-même prédite. Hlle pouvait élre âgée alor* de
soixante à soixante-cinq ans. Lé vieux roi Mapururé décéda
«ussi dans la même année, ou du moins peu de temps après,
e'eit-lHlffe ve» 1809. TàiMaara, aon fik^ était mèrt a? (M
552 KOTbS.
lui, dévoré par un requin, cl Maputéoa, son petit «fils, de-
vint ainsi héritier de la couroime. Mais il ne se trouvait rien
moins qu^assuré de régner, parce que Maiua, qui avait élé
chargé, du gouvernemait i)eudant la minorité du nouveau
roi, et qui jouissait en outre de beaucoup d'autorité, par sa
qualité de grand-prétre et par retendue de ses domaines,
comptait bien pi*ofiter de tous ces avantages pour se substi-
tuer à ta place de son neveu, dont le parti n'était pas en état
de «'opposer à rusurpateui*. Le jeune Maputéoa allait 'donc
infailliblement succomber, à la première occasion, lorsque la
Péruviana cn\m dans le port, et n<nis déposa, le R. P. Caret
et moi, sur le rivage de Tilc Jkamaru, le 7 août 1854. Ce
fut à jikamaru que nous commençâmes nos instructions re-
ligieuses, et nous ne portâmes la parole du salut à la grande
lie, que quelques mois après. Le premier effet de notre arri-
vée fut de suspendre Texécution des projets ambitieux que
tramait Matua, et enfin de les lui faire abandonner, lôrs de
sa conversion au Christianisme. Nous avons procuré aux
habitants , sans <x)mpter beaucoup de fruits et de plantes
étrangères y des pigeons, des poules, des canards, des din-
dons, des clièvres, des moutons, des porcs et même des
chats. D'autres leur ont apporté des chiens.
<< De tout cela , faut il conclure que Dieu, afm de préparer
ce peuple à la réception de l'Évangile, a réellement inspiré
k prétressic Toapéré9 Je n'en sais rien , et nos Pères ne sa-
vant non plus ce qu'il faut en penser ; mais le fuit est que les
événements présentent une conformité bien singulière avec
k prophétie, si l'on peut toutefois appeler de ce nom les
oracles dont je viens de donner la traduction fidèle.
« Je me iccommande à vos prières.
« F. HoNoné Laval, Miss, apost, »
(/*)R:' cluse jjag. ICI.
Nous sommes entrés à dessein dans de longs détails sur
eècte réclusion \ ou n'a qu'à les comparer aux faits exposés
dans un trq[) fameux roman, et qu'on juge de la boniie foi
NOTES. 555
avec laquelle ils sont rendus ! Est-il probable qu'on eiH en-
fermé dans le réclusoir de la tour Roland une espèce de folle,
sans ravoir éprouvée et connue, ainsi que le prescrivait rigou-
reusement la règle à cet égard ? L'évéque seul pouvait re-
clure, et cela ne s'est jamais fait légèrement. C'est à tort éga-
lement qu'il l'appelle sachetie ; l'ordre mendiant des sachets
et des sachettes n'existait plus, il avait été supprimé depuis
plus de deux siècles par le concile de Lyon. Si on devait juger
de la vérité des récits deTépoquechoisie par cet écrivain célè-
bre sur ce qu'il dit au sujet de sa récluse, on ))ourrait crain-
dre qu'il n'eût singulièrement altéré la vérité pour la faire
plier dans un but qu'il ne m'est pas donné de qualifier, mais
qu'il regrettera sans 'doute un jour, car il n'a pas toujours
présenté des tableaux aussi perfides contre la religion et l'au-
torité. Quel regret de voir profaner un si beau talent, oii le
génie étincelle quelquefois, et qui eût pu se faire louer sans
restriction, par tout ce qui est estimable.
[g) L'avent pag. 189.
Ce fut sous Charlemagne que le temps de la préparation au
grand avènement de V enfant sauveur fut réduit à quatre
semaines -, cependant quelques églises ont conservé les six se-
maines de préparations, l'église de Milan, l'église de Tolède
sont de ce nombre ; le schisme grec a conservé aussi toute la
rigueur de l'ancienne discipline à cet égard, on fait maigre
et on jeûne tous les jours depuis le 12 novembre jusqu'au
24 décembre ; on y commence également le grand carême au
lundi de la septuagésime.
(A) La Propagation de la foi, .^ . . pag. 5<7.
Nous croyons utile à nos lecteurs (si nous en avons), de
leur donner une notice ou aperçu de VOEwsre de la Pnjf-
pagcUion de la Foi, pour le cas où ils auraient le malhetff
de ne pas la connaître, et celui de ne pas y contribuer.
Cette Œuvre, comme son titre Tannonce, a pour bat de
53-1 NOTES.
^[Mropager la Foi, la Foi catholique, jusqu'aux &(irèu^\é» do
poûde. Cette Foi divine rencontre des obstacles de toi|t
^enre: ignorance profonde, stupide indifférence, bo^p^
déclarée^ absence des choses les plus indispensables, pasd'À-
;^ises, pas de prêtres, pas d'écoles, pas ëe livre», pas méqie
l'Èvangilê; et dans certaines contrées, de sanglantes pç^-
^tions qi|i rappellent les trois presiiers sièdes du Cbiisti^
jûsine, et par la cruauté des bourreaux, et par rhéroujine 4||^
■lartyrs.^— L'OEuvre de la Propagation de la Foi est, AepM^
^us de âjL ans, le ppncipal moyen par lequel il a plu à Dieu
de pourvoir dans le monde entier aux divers he^ins de s/k
Sainte Religion, de soulager toutes Les misères jdes chrétioa^,
de soutenir et d'eacourager les efforts de nos intr^ides fioûi-
inonnaires : OEuvre d'autant plyis agréajde au Pôi:e /QO^uuub
de tous les hommes, que, née dans le cœur des plus buml;|l^
servantes de Jésus-Christ, et bieotôtsecondée par d'éniij;ienjts
personnages, elle appartient aux pauvres copame aux riches,
et qu'il n'y a pas un cœur catholique qui ne puisse, au moyen
d'un léger sacrifice, participer aux glorieuses victoires que
ia Foi remporte dans les différent^ régions de l'univers,
servv ainsi d'instrument à la miséricorde infinie du Dieii
Sauveur et Rédempteur, et mériter les grâces spirituelles que
ies Souverains Pontifes ont attadbées à ces simples et conso-
lantes pratiques :
Cette OËuvre qui a été plusieurs fois l'objet d'une recom-
mandation pressante du Saint-Siège, a pour but d'assister les
'Missiotis étrangères dans les deux mondes. Pour être membr;e
de rOEuvre, il ne faut que deux choses bien simples : 1<» Ap-
pliquer une fois pour toutes, à son intention , le p(Uefr et
Vave de la prière du matin ou du soir de chaque jour, et y
joindre<Jti;;iquefois cetteinvocation : SaifU' François JCamer^
priez pomr n^uê! ^° Bot^m en aumikMi pour ks JUissioils
gm.êmpMr $efBMLine,
Les; souverains Pontifes J^ie Vil, L^n Xil, Ke YIM, /et
^r^ife.XV^ par /res<^U des i<y m^^ 18^^, Ai »Lm 1324,
18 septembre lSi9, ^ septembre 1851, 15 novembre lS&8
isoTES. 555
1M tS janvier i88T, ontaecordé à tous les Membres àeV Œu-
vre de la Propagation de la Foi dans les diocèses qù die
féru érigée da consentement des ordinaires, tant en Fraoïfîfs
que dans tous les lieux unis à IXDuvrc de France, çpnune
•ttz personnes de toutes les nations qui concourent à ceU^
OEavre par leui*s aumônes.
1* Indulgence plénière^ aux fêtes de Tlnvenition de }fL
Mute Croix et de Saint François Xavier, et une fois par inoi^
le jour au choix âe chaque associé, pourvu qull ait récijté
tous les jours de ce mois les prières indiquées. Pour f^àgjaief
eetteindiigence, il faut, étant vraiment pénitent et 4x>nfessé|
et ayant reçu la Sainte Communion, visiter dévotement Té-
glise ou l'oratoire de TOEuvre, si elle en a, sinon sa propre
église paroissiale, et y adresser à Dieu de ferventes prières
pour la prospérité de l'Église et selon les intentions du Sou-
verain Pontife. Les personnes qui sont en voyage ou qui ha-
bitent des lieux où l'Œuvre n'est pas établie, sont autorisées
à substituer à leur propre église paroissiale toute autre église
ou chapelle approuvée. Les personnes cloîtrées, les malades
ou infirmes, les prisonniers, les navigateurs et les individus
empêchés par une cau%e quelconque de visiter, soit l'église
paroissiale, soit même une autre église ou chapelle approu-
vée, peuvent gagner ladite indulgence en priant une demi-
heure aux intentions du souverain Pontife, et en remplissant
d'ailleurs selon leur pouvoir et l'avis prudent de leur confes-
seur, les autres conditions requises.
L'indulgence accordée aux deux fêtes de l'Invention delà
Sainte Croix et de ^aint Françx)is Xavier, peut, au choix de
chaque associé, se gagner en accomplissant les conditions
prcscrifes, ou dans ces fêîcs niêmes, ou Tun dos jours de
leur octave, ou enfin soit le jour auquel les ordinaires de
chaque diocèse en auront fixé la célébration, soit un des jours
de l'octave de la fête ainsi transférée.
2" Une indulgence de cent jours, cliaqiie fois qu'on réci-
tera, étant au moins contrit de cœur, les prières prescrites,
qu'on donnera quelque aumône en fav'ur des Missions, ou
536 NOTES.
qu'on exercera toute autre œuvre quelconque de piété ou de
charité.
^ Ces indulgences pourront être apf^quées, par voie de suf-
frages, aux âmes du purgatoire.
Ceux qui voudraient connaître les résultats de ces légeis
sacrifices, n'ont qu'à se procurer les Annales de la Propa-
gatian de la Foi^ qui font suite aux Lettres Édifiantes ; les
récits qu'elles contiennent les intéresseront au plus haut de-
gré, elles sont curieuses même pour ceux qui n'y voudraient
chercher que des distractions variées ; il en paratt un cahier
tous les deux mois qui forment un volume au bout de l'an-
née. —Le 16* tome commence à paraître.
FIN ftCS NOTES.
TABLE.
bêl»ICÂCB. k » i
I^ETTBB D'lllTROIMl€TIO:« ti
LIVRE PREMIER
f «HAHmE Pbbmibb. — GoBMBeBt à SBB BvèBenMBt l€ roi
Loolii XI fie meure en prison Pierre de Brésé* — Four
«oels motifs, fondés sur sa fldéllié et son affieetlon bu
bon roi feu Charles sepUème.— U était selgnear du cbas-
lel de BouYres. — Sa eoura^nse et vdnéraMe fenune» • 1<)
Chap^ m. — Ott Ton îiéerlt les I nsig nes cl les Ine— para- '
Mes richesses de la chapelle hasilIcBlc , hfttic ponr le
prienré de Rouvres, par on ancêtre de Pierre de Brésé ,
à son retour de Terrc-Salntc ' 9i
VMkw. m. — Oft Ton contlnoc * décrire la chapelle hasl-
llcaie do Bonvres , «uant au portail extéricnr* 7(S
I^HAP. IV. - Oft l'on TOlt tous les no mh ren» enflams du
ren roi Gharies ¥II. *- la rencontre dn fNmphln avec
Charlotte. — Les maUdem et satanels pr — sdes d*nne
hohémienne. — Les causas prohahles des allures supers-
558 TAhLE.
UCleaseti de Louis \l. ~~ 1^ roi s'aperçoli de riuciluatlon
de Charlotte pour JacqneH de Bréze , et de la reeipro-
€li« de celol-el , qui s'eu était confié A son frère de lait. :S9
Cbap. V. — Ott l'on fait connaître le prieur, connu en reli-
gion sous le nom de Père Donatien. -- S^s tendres soins
pour les deux lïrères de lait, et le caractère de cenx-cl.
— Leurs occupations au cltûtean de Eonvres. — Roèsles
de Jacques de Laver^ne • • . • . 41
Chap. VI. — Comment eut Heu la séparation et des recom-
mandations faites avant le départ. •— Le portrait des
deux amis. — Gomment le roi Lonls XI profita de l'Incli-
nation de Charlotte , ponr laft^ de« propositions d'élar*
ffissement à Pierre de Bréxé'. — Celui-ci finit par Ich
accepter, par amour paternel iz
Chap. Vit. — Comment le roi est satisfait. — De la dot qnll
donne A Charlotte. — Comment se firent les grandes
cérémonies des fiançailles. — Du nouveau titre donné
an roi. —De la brillante parure dont Charlotte était
revêtue. — l>ons du Eol, de la Reine dooairlère , et de la
duchesse de Savoye, Yolande de France 7i
Chap. VIII. — Où l'on volt les riches présents de noces que
fit Pierre de Bréxé à sa fnture bru, en y comprenifiit le
château de Rouvres pour son fils ; le ètlstiilti» de ce dé-
nier pour la cérémonie. — L'accident arrivé à la coUtare
de Charlotte et pronostict fàcheu qu'en tire Laversne.
— L'efDet Inexplicable de l'entrevue de Charlotte avec
Jacques de Laversne. — Les fêtes brillantes de la noce,
avec ies|é«Riir«IM^tM et lea d a w wi qnl gftt ilc« *
cette e c c aslm • ^. ..«•... ^ ••» 79
Chap. p^. — Comnieni le rof Lonls U tat parrain du se-
cond fila de Gharlolte; Il choisit piMfr marraine |a,vl-
dame de Chartres, tante paternelle èe l'enfant. ^ C:a- '
racf«M •«» 1» |««ul# «afliëtfe WéÉCi^-flUrntalIles dta4' »
vres dca pcflMnva ccvMM^ea qnv swicnc cem. ^ 87
i •■
Gbap. X. — Comment Pierre de BréÉé «lant rentré en
srftce, fht charsé de divereca «rissions de confiance. —
Sa dWMRMt nUteély . '-^<tà reenwiiinMUMIÉtotfe^oÉ-ftis
à Jean de JLhilHieliélbventfMi. -^ VtH de M ébMe-A»
htavtwmu >~ C a i p ntRl l«éHW ÇA r ia R pa t , dnc de,Be- . .
■iamra,d<1lf Chiait — .— i|Lft>tt «i Mto avn< lp,pmiL — ,
Jof«Mai«af4a«fhl4e,.T: CMiçl»4^ ne l«l c^ pa^/ipit|f>
Chap. V. ^ 4;wmcM[^ 10 mtrtekAl !■■<«■ ém MobAMvob
étaU •srrslK du étm é^ Iftniiir». «^ LtalMHi Aeai irol» Al*^
leottk.-* iifs mwn d'wmomr.'-- ijevsn dauber»» -^La da-
chefse ilit HfVMNirs. -^ mmfiHH •■ Hiillai ftas pinatiiM
noMifereMe*. — Craindre m reamic A la wddie. • •• • . • loi
Chap. xn. — .Çpninieiit le doc «|e IVemoors s'y prit à I**-
g:ard da comte de Man|((vrler poor mlem cacher son
Jeu. — Mécontentement de voir de vjls . si^ets revijfttQS
de hauts emplois. — Le pape donne la pourpre aux
cardi— 1. *- Le enndlnnl lean Balae. • «^ • ^ . ^ • • . ^ fil
<*«HAp. Xlil. — dominent L^ver^ne s*aperçolÉ d^'lnAdéA- "
tés de Charlotte. —L*airfrtlssemênti%ù*ll a le courage
de lui donner* —Il vent' quitter Paris pour retourner ^
Ronwjrfffk. *-« l»mnn de Pr<a6 fcn vent ei p è c i g r. -^ét»- .<
biisMo^Mt dfi lu poste, -r» Adienx des Ab«e mmH^'^f^x ,
vim^tMilm-ét tém^-^^rhu — lie Flmprlaiffie. . •.p..,>.in
Chap. tlV. — Gonhnent le haron de LaMciiefottcanlA
donnai dé boAs avis à lacqùés de Brété. - Projiet de lii'
conférence de' iPéi'ofine, ^mhattne par Ie6 mêmbreé M-'
fluents ûà €onselr-Rbydl. — Loûàrs de La frémonie, lean'
de iMbntiBorelney, Gantier dé Pê^ns^e, seigneur d'Rscars,
Jekn ' Aê Ijirochéftoitcanltf , êlotènês volontairement et
par déirodt de c^ Éint rà jjtobsaN. — iaciinés de Bréz«
accompagrne Louis \i à lM*onne. — fean Haine mis en' '
r9Ke.^.UBiuiv9$9étJM»im'm49i^9omtM de ManHvrlcrf^ . . ier>
• . . ■ • - ■•.!,.'
LIVRE DEUXIÈME.
C'iHAP. XV. — Ckimmept il s'est établi de bons rapports
enMre le Prlepr et lacqnes dé Laverprue. — Celnl-cl re-
çoit nné'iettre qui le trouble. — Il consulte le P. Bonà- '
tien— Louis XI» Instruit des menées de laci|nes de BrCzé, '
rexlle à ftouvres. — De l'ordre de SaInt-iRlèhel. — De là
naissance du Dauphin. —Souvenir de la Motchlgar. -= Ar- '
riv6e du e^mjle û^Mmuléyrltr à son chAteau de Rouvres. IM
Chap. XVi. — Ctommeiit le eon^e de Màuié^rler tat re^ ft
son «hftiean de Rouvres. — Compliment dn P. prlenrà •
la comtesse de Manléirlêr. — Installation. — Plaisir que
Chai^lotie trouvait ft faire de la mvsUine. -^ Sons elfcts
des prédications et dos prières dn P Donatien. '• .'.-. i^i
540 TAnLE.
pas.
Chat. XVa.— Go — i ci •■ M le prnfet «e vtaMer l«i «a-
CB CMMMMÇMlt pM* Hl p^ifri—ji A NMre-
I #e flkartrcft. — Des sjrMIlcs payeuMs «al proplie-
liMlCBl ta yitrf'Mèrê, Hkw mm t t mat rtècle annrt ta
■BlfMUMC #e N. 8. J.-CU — Pes prciBicri apôtres cavayês
ë«M le paya 4ct Gamatca. — De l'^vé^ne Respaalt a»Il-
llers» «al esface le eomte et ta eamteise tfeMaaWviicr
A AeBMarer «nel^aet Joars A Giuirtres panr être t«-
«'nae r«clastoB. HT
XVm. — O* roB raeaate ta vaeattaa eatradrtltaali a
4'nae 4eaMlseUe aakle «e ta imillle Tleanot «e Taa-
Maac, avec les céréaMiiles synbolHiae» et cwriewea
«al acconpagBèreat sa réclofliaB ^ . . to.%
GiiAP. XDL — «tMMMBt le eamte et ta coiteMe <e Malê»
vricr flreat jtfe grantfea g^aéraaltés avaac #e «altler lear
«évatleu pèlerlMife. » i/tavitatlaa «a^s flreat A l'««
vê«ae #e venir l'an salvaat en JulbUi aa pricar« tfe Boa-
vret , poar le séeatalre analvertalre tfe ta déëlcaee #e
ta ckapelle baslllcale. —La visite «es «oiaalnet.— Belles
réeeptlOBS partant.— RéMlflcaUoB tfe Téffllse tfe l'ab-
Baye tfe GoolomB» on fat fondée ta sépnltnre 4n comte
et tfe ta comtesse tfe Manlévrler. — GBarlotte reprené
sa >elle Bnmenr. — Laverirne l'accompagne «nel^nefSols,
et 11 fait tfe la masl«ae avec elle 163
Ghap. W, — Gomment le F. Bonatien r e no n v e l leses Bons
conseils an Jeane commanëant. — il rengage A visiter
les Sf luts lleax, oa d'aller A RBodes. — De Jean de Las-
tic, de Jean des l^lns, de Pierre d*AnBasson et d'B-
mery d'AmBolse. — Combats dans le cœnr et dans l'Ame
de Lavergne. — GomBats dllKrents cBex GBarlotte. • . vei^
Ghap. XXL — Gomment Dlea envole des éprenves poar
«a'on revienne A Inl. — Mort da fils aîné dn comte de
Maalévrler. — Le prêtre est tonfoars le premier conso-
lateur dans l'affliction, et le pins ntlle- — La mort s'on-
Blle vite.. . 179
Ghap. XXII. •— Gonunent l'évétne de CBartres annonce les
favenrs splrlinelles de notre àalnt-Père ta pape.— Ses
protêts de visite épiscopale A Bouvres. — Les préparatifs
de réception. — Des cAatrterf. —De l'oie de ta Salnt-Mar-
fta «ni se mange avant le saint temps de Vadta^nl. — Bc>
traite précBée . . • ^^^^
TABLE 344
Chap. XXm. — Oft roM voll les belles et Itonorables récep-
tions faites «a seltnenr évé^ne deCtoartres.— Gommeiit
Il ofliele pour la fête séculaire de la Bédlcace.— La béné-
diction papale donnée du liant de la cbapelle du prienré.
— Henreuses Impressions données ans populations, à la
suite des pieuses prédications. — lélexlons populaires. iOi
Chap. XXIV. — Comment II est plus dlfliclle aux riches de
suivre les maximes de l'évangile. —Charlotte et lacunes
de Lavergne partent pour une promenade. — La Bonce,
la VentroOUlerle, oft la comtesse de Manlévrler ré-
pand ses Menfislts. — Pmiet de construire un pavillon
prés de la forêt , ta*on veut appeler Sorel â()i
Chap. \\V. -- Gomment la comtesse de Manlévrler rentre
tard.— Intulétodes du comte de Manlévrler. — TrouMes
de Lavergne. — lacunes de Brézé consent aux proposi-
tions ^ne lui fait sa femme. — Cruels combats dans
ràmc de Lavergne. — Inquiétudes de la comtesse de
Manlévrler à la vue du calme apparent de liavergne. . â()9
Chap ULVl. — O* l'on volt la dantereuse maladie dans la-
quelle Laveryne est tombé. -«Les soins dn comte et de
la comtesse de Manlévrler. — Les bons avis renouvelés
du p. Donatien demeurés Infimctueux. — Chute hon-
teuse de Lavergne .^ âi7
Chap. XX¥IL — Conunent on peut définir les coupables
adultères. — Ferme de la couronne. — Peines et In^ulé*
tudes féndées du prieur. — Tourments Infemanx «ne
sooflk*e La%ersne dans son âme et dans son ciBur*— Af-
fectueux épanchemeuts du comte de Manlévrler. —
Prières IneHlcaces du coupable. . ^^>
Chap. HWIU. — Oti l'on volt la continuation des Hammes
Infernales tourmenter l'âme de Laverirne. ^- IHflérence
entre les Joies de ce monde et la paix spirituelle. —
Comment le duc de Savoie, le bienheureux Amédée
meurt. — Ses miracles. — Titre de rot' très chrétien dé-
volu aux rois de France. — Le comte et la comtesse déd-
dent que Laveryne Ira porter au roi et a la reine leurs
condoléances. — Invitations du P. Ikmatlen et doulou-
reux adieux que lui fait Laverguc â±)
Chap. X\I\. — Comment le roi établissait la première ma-
nufacture de soieries' A Tours.— Dès obstacles que Char
lotte voulait opposer au départ de Lavergne — Son
DC 106.0 .V34AM1BU
Chvlott* de Valois M JacquM
!tan(ord Univaratty Llt>rarlM
3 6105 039 313 833
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DATE DUE
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STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES
STANFORD, CALIFORNIA
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